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LES FONDS DOCUMENTAIRES


Se repérer dans les fonds d'archives, savoir comment chercher dans la base de données et trouver les notices documentaires décrivant les documents dont on a besoin.

Dans les bas-fonds


Autour des procédures criminelles de 1670 à 1790
Ce mois-ci les Bas-Fonds vous emmènent à l'affachoir. Le prochain dossier sera mis en ligne fin novembre, et verra la publication d'une version française de Complaints, exaggeration and inventions : the written accounts of violence in the archives of a local French justice, Toulouse, 1670-1750, communication présentée en juillet 2017 à l'université de Reading (colloque annuel des Early Modern Studies), avant que décembre ne nous plonge sans ménagement dans un dossier thématique entièrement consacré au... grand soulagement !

Règlements de comptes à l'affachoir


n° 22 - octobre 2017

Affachoir, écorchoir, tuerie, puis abattoir, le ton est donné : le sang va couler !
Mais ici, nous ne nous intéresserons que très peu au sort des malheureuses bêtes qu'on y mène pour les égorger et débiter. Ce sont les hommes et les femmes qui hantent ces lieux qui vont surtout fixer notre attention.

Ivres de sangs et de tripes, les bouchers, les chevrotiers et égorgeurs de cochons, les tripiers et autres hôtes de ces lieux seraient-il plus enclin à la violence ici qu'ailleurs ?
Au regard du nombre élevé de procédures criminelles liées aux rixes dans les affachoirs, on pourrait en effet être tenté d'en conclure que l'endroit est effectivement propice à tous les excès.
Mais si le sang coule des plaies des uns et des autres, il n'est que bien rarement causé par les "armes" attendues ici ; en effet, les couteaux et hachoirs semblent rester sagement sur les étals, les belligérants leur préférant l'usage des poings ou bien d'instruments pour le moins... étonnants !

Au travers de ces bagarres (plus souvent tragi-comiques que réellement dangereuses), l'affachoir nous permet surtout de découvrir une variété de métiers, d'activités et de personnages surprenants. Il se dévoile finalement comme un lieu débordant de vie, de cris, de pleurs, mais aussi de rires.
L'affachoir ne serait-il pas le vrai cœur de la ville ? Sa source de vie ?

téléchargez ici le dossier complet sur les rixes et querelles à l'affachoir

L'homicide de soi-même


n° 21 - septembre 2017

L'homicide de soi-même, progressivement remplacé sur la fin du XVIIIe siècle par le terme nouveau de suicide, est un crime atroce : il n'est rien de moins qu'un geste sacrilège porté contre l'ordre divin, couplé d'un meurtre sur la personne d'un sujet du roi.
Les lois et ordonnances du royaume imposent de juger sévèrement le suicidé. Reconnu coupable, son châtiment est double : une peine infamante qui vise à effacer la mémoire du suicidé, et une peine afflictive qui va exposer à la vue de tous le corps  déjà mort, puis le traîner ignominieusement dans les rues et carrefours de la ville, avant de le jeter en pâture aux chiens et bêtes sauvages.

Toutefois, en y regardant de plus près, on relève un fait assez étrange : si l'on assiste effectivement à quelques rares procès et exécutions de ce genre dans la ville, cela ne semble pourtant concerner que des personnes qui étaient étrangères (non résidentes).
Les toulousains ne se suicideraient-ils donc jamais ? Ne faut-il pas plutôt voir là la preuve d'une certaine complaisance de la part de la justice des capitouls qui, en fermant les yeux, voudrait respecter les sensibilités et protéger l'honneur des familles déjà cruellement affectées par le geste fatal de l'être perdu ?

téléchargez ici le dossier complet sur l'homicide de soi-même

 

Le trésor des quatre spectres


n° 20 - août 2017

Et si effectivement, hors les murs de Toulouse, dans le quartier du faubourg Saint-Michel, les lieux étaient autrefois hantés par non pas un mais bien quatre spectres, probablement les esprits des anciens propriétaires de la maison de la veuve Bounemaison...
Ne seraient-ils pas les gardiens d'un fabuleux trésor enterré là, quelque part dans la maison ou dans le jardin attenant ?

Du tintamare, il en font assez pour être entendus par la veuve Bounemaison qui en devient singulièrement perturbée, voire dérangée.
Mais, non contents de cela, ces quatre revenants (le défunt mari de la Bounemaison serait de la partie et reviendrait ainsi la hanter), pourraient aussi être des esprits farceurs et frappeurs, c'est en tout cas ce que le jeune et troublant abbé Dupont voudrait nous faire croire lorsqu'il se fait prétendument agresser par eux et s'en retourne "noir comme un charbon" !

Seriez-vous prêt à vous lancer dans cette chasse au trésor ? Alors, faites comme la veuve et l'abbé : munissez vous de cierges bénits, d'un bon crucifix, lancez quelques incantations à la volée et plongez-vous dans la lecture des pièces qui composent cette étonnante procédure criminelle qui vous fera remonter dans le temps, jusqu'en janvier 1738 précisément.

téléchargez ici la procédure criminelle de l'été (août)

Honey trap, le piège de l'amour


n° 19 - juillet 2017

Cette première procédure de l'été, on pourrait la chantonner à la manière d'une nursery rhyme pour adultes. Si, en ce mois d'août 1768, nous n'avons pas la chance de pénétrer dans la chambre de Catherine Dubois, nous entendons tout de même de l'extérieur le cliquetis des épées, les cris, les menaces et le fracas de la vaisselle.

[scène de débauche au bordel], dessin à l'encre sur papier, Nicolaes Knüpfer, XVIIe siècle. Rijk Museum, Amsterdam, RP-T-1898-A-3687.
Ah, la triste ballade !
Pour faire boucan y avait là des irlandais,
Y avait p't-être aussi des anglais ;
Or, Catin ne sachant plus à quel saint se vouer,
Prétendit incontinent les chasser.
Las, en guise de baiser,
Ils voulurent l'embrocher, la rosser,
Et la payer d'une copieuse salade !


Puis, nous assistons enfin au départ précipité de ces quatre étudiants originaires des îles britanniques, venus ce soir-là chez Catherine pour y goûter à des fruits qui, à leur grande surprise, leur furent pourtant défendus.
D'une joute amoureuse déçue à une joute bien réelle, l'épée à la main, le tout se terminera par une passionnante joute entre avocats, seuls gagnants dans cette affaire.

téléchargez ici la procédure criminelle de l'été (juillet)

Mignonne, allons voir si la rose


n° 18 - juin 2017

Qui eut pensé qu'on puisse conter fleurette dans les archives ? Ou plutôt y compter les fleurettes.
L'idée même d'aller rechercher des fleurs dans les documents anciens d'une ville ou d'une institution quelconque paraîtra certainement incongrue à certains.

Et si pourtant on en trouvait par brassées entières dans les registres de délibérations, dans les livres de comptes ? Et pourquoi pas même au sein des procédures criminelles ? Et si les archives de la justice ne se révélaient-elles pas une autre de ces sources complémentaires, utile à l'observation de la flore dans la ville ? Des fleurs en particulier ?

Fleurs offertes à la belle, guirlandes accrochées en l'honneur d'un hôte d'importance, bouquets composés achetés dans la rue, plantes en pots sur un balcon, nombreuses sont les fleurs qui peuvent se cueillir au gré d'une plainte, au détour de la déposition d'un témoin.
D'autres fleurs encore s'offrent plus particulièrement à notre regard lorsqu'elles sont au cœur même du conflit qui sera porté devant la justice des capitouls. On y trouvera par exemple un bretteur qui, de nuit, garde jalousement son jasmin, l'épée à la main. On sera ému devant le désespoir de cette malheureuse jardinière qui se fait enlever tous ses plants d'œillets et de violettes.

Mais ces fleurs, elles ne s'offrent pas si facilement ; il faut les chercher, les traquer même, pour quelquefois n'en pouvoir débusquer qu'une seule après une longue journée passée à herboriser dans les archives. Qu'importe, quel bonheur de l'avoir trouvée, éclatante, si vive après toutes ces années.

téléchargez ici le dossier complet sur les fleurs dans la ville

Couvrez cette marque que je ne saurais voir


n° 17 - mai 2017

La marque ou flétrissure au fer rouge orne les épaules de nombreux criminels condamnés à des peines autres que celle de la mort.

Synonyme de douleur immédiate et d'infamie à vie, la marque gravée dans les chairs de ces condamnés est en principe indélébile. Peu importe que le criminel (repenti ou pas) ait fini son temps d'incarcération, de galères ou de bannissement, la flétrissure reste sur son épaule et le signale à tous comme un être suspicieux, voire dangereux, un récidiviste potentiel.

Une personne ainsi flétrie ne peut plus échapper à son destin, à moins que... À moins qu'elle n'arrive à la supprimer. Pour cela elle devra s'infliger elle-même un supplice supplémentaire en s'arrachant la peau, en la brûlant et la scarifiant afin d'effacer, masquer ou brouiller le signe d'infamie. Un tel résultat peut s'obtenir par l'utilisation de pierres à cautère, d'emplâtres vésicatoires ou d'emplâtres corrosifs.

Et ça marche ! En effet, les médecins et chirurgiens appelés par les capitouls pour contrôler ceux suspectés d'être des repris de justice sont souvent en proie au doute devant les cicatrices étranges et illisibles qu'ils découvrent sur les épaules de certains d'entre eux.
Et lorsque ces experts ne savent être formels, le suspect ne peut donc pas être considéré comme un récidiviste.

téléchargez ici le dossier complet sur la flétrissure dénaturée

Votez pour moi !


n° 16 - avril 2017

On dit que pouvoir voter, c'est pouvoir faire entendre sa voix.
Hé bien ! déjà sous l'Ancien Régime, les nombreuses élections et réunions au sein des corporations de métiers, des diverses confréries, des assemblées paroissiales et même des capitouls, donnaient effectivement l'occasion de faire entendre sa voix.Elections législatives [1914, rixe près des panneaux d'affichage électoraux], photographie de presse, agence Rol, numérisation d'un cliché négatif sur plaque de verre (13 x 18 cm). Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST EI-13 (349)

Mais à l'époque, les voix étaient réelles : puissantes, enflammées, vindicatives.
Des chapelets de jurons, des insultes bien senties, bref, tout ce qui donnait du piquant à ces assemblées, tout ce qui causait du trouble, était ensuite porté devant la justice des capitouls.

Ces procédures criminelles nous invitent à pénétrer dans certaines de ces assemblées (nous avons choisi de n'évoquer que celles des métiers), à observer les manigances de certains, à participer de loin aux troubles qui pouvaient quelquefois agiter ces groupes, et enfin à nous délecter des mots bien sentis envoyés à tel ou tel candidat ou bayle élu.
D'ailleurs, en annexe, un petit glossaire des insultes les plus en vue est ainsi proposé pour le ravissement et instruction du lecteur...

Le dossier présente enfin le fac-similé intégral d'une procédure de l'année 1771, où le tapage et scandale causés par un des membres obligera même le corps des boulangers à suspendre l'élection de leurs bayles.

téléchargez ici le dossier complet sur les troubles lors des élections

Aux bigames : les quenouilles


n° 15 - mars 2017

En 1776, le chroniqueur toulousain Pierre Barthès commente l'exécution du nommé Jean Bertier et rappelle un cas similaire arrivé « il y a plus de cent ans, qu'un homme du Bas Languedoc, convaincu de bigamie fut condamné à faire amende honnorable en tenant deux quenouilles, une à chaque main ».Nicolas-Edmé Restif de la Bretonne, Les Contemporaines ou Aventures des plus jolies femmes de l'âge présent. Dessin de Louis Binet, gravé par Berthet et Pépin. BnF-Impr. microfilm R.21014-21018, R21734-21739, R 23879-23884 (ici : Vol. XIV. 81e nouvelle. p. 534 : « Le bigame ». La jeune paysanne vient d'épouser le bigame. En rentrant, ce dernier voit le portrait de son épouse, que son valet a fait peindre exprès pour lui donner un objet de comparaison et dit : "C'est le portrait de ma femme!")

À lire les Mémoires de Barthès, on serait tenté de croire que la justice toulousaine n'a guère eu l'occasion de traiter le crime de bigamie.
En effet, rares sont les hommes qui convolent en justes noces avec deux femmes à la fois : l'exercice est difficile, voire périlleux, et nécessite une bonne dose d'audace et de tromperie, non seulement envers les "épouses", mais encore plus particulièrement vis-à-vis de l'église qui doit fournir les certificats nécessaire aux unions.
D'ailleurs, n'était-il pas plus simple (et même quelquefois même de bon ton) d'avoir une épouse légitime et une maîtresse, voire plusieurs si affinité ?
Ces bigames qui, par malheur, se font prendre, risquent gros : la pendaison jusqu'au début du XVIIIe siècle, puis, les moeurs se radoucissant par la suite : le bannissement, voire les galères.
Mais, comme les châtiments de l'Ancien Régime ne se limitent pas à une seule peine, ces hommes indignes sont tout d'abord exposés au public, équipés d'attributs infamants qui indiquent clairement leur statut de bigame : des quenouilles !

Les cas de bigamie restent effectivement très rares, pourtant Jean Bertier n'aura toutefois pas été le seul toulousain à se retrouver devant la justice des capitouls pour répondre d'un tel crime...

téléchargez ici le dossier complet sur les bigames et leur châtiment

Je vous écris mon amour éternel


n° 14 - février 2017

Aurait-on pensé que les fonds de justice puissent aussi receler des pièces de correspondance intime ? C'est pourtant là que l'on retrouve parfois de telles traces d'amours vécus, rêvés, exaltés, contrariés, quelquefois brisés et désormais oubliés.The Love Letter [La lettre d'amour], huile sur toile (détail), François Boucher, 1750. Washington, National Gallery of Art - Timken Collection - inv. 1960.6.3

Lettres enflammées, billets doux, petits poèmes, rendez-vous secrets : ces mots posés sur le papier sont les vestiges des rêves et des frissons de nos aînés.

Tous ont été écrits par des hommes à l'être aimé.
Mais il arrive un jour où la belle tombe enceinte. Alors, lasse des promesses non tenues, pressée par une grossesse qu'elle ne peut plus cacher, la jeune femme se voit obligée d'entamer une procédure de justice contre l'indécis, l'indifférent ou le goujat.
Les lettres tendrement conservées, deviennent une arme et sont finalement remises entre les mains de la justice ; elles serviront désormais de pièces à conviction. Ainsi, le galant pourra difficilement nier les serments d'amour éternel faits dans l'intimité et se trouvera souvent condamné à dédommager la demoiselle, voire à l'épouser « si mieux il n'ayme ».

Ces lettres offrent de précieux témoignages des sentiments (ou de l'expression des sentiments) envers l'être aimé. Qu'elles soient naïves, mièvres, poétiques ou très pragmatiques, sincères ou pas, elles se révèlent d'autant plus émouvantes qu'elles nous renvoient peut-être à nos propres battements de cœur pour l'être que nous aimons.

téléchargez ici le dossier complet sur la correspondance amoureuse

Les fourches patibulaires


n° 13 - janvier 2017

On les appelle salades à Toulouse, gibets (celui de Montfaucon reste le plus célèbre), fourches patibulaires et encore ailleurs simplement les Justices. De nos jours, ces lieux dédiés à l'exposition du corps des suppliciés nourrissent une certaine part de fantasme où se mêle sans doute de l'effroi.[trois pendus], bois gravé extrait de "Le Grant testament Villon et le petit", de François Villon, éd. à Paris chez Pierre Levet, 1489. Bibliothèque nationale de France, Res Ye 245/Microfilm R 727 (détail de la fig. folio g iii).

Encore remarquablement présents dans la toponymie, en France comme dans l'Europe entière, les fourches patibulaires attirent désormais le regard des chercheurs de nombreuses disciplines.

Celles de Toulouse, au nombre de deux, étaient situées : l'une au sud (la salade de Saint-Roch) et l'autre au nord (la salade des Minimes). Elles étaient destinées à "donner de la terreur aux méchants", en laissant là se décomposer les corps des pendus et de ceux rompus lors du supplice de la roue. Elles servaient à envoyer un signal fort à l'ensemble des justiciables. Mais, petit à petit, les mentalités changèrent et on se mit à les prendre en aversion, jusqu'à finalement les démolir à la toute fin de l'Ancien Régime.

Le dossier téléchargeable ci-dessous s'intéresse d'abord à ces sites en tant que constructions spécifiques et leur place dans le paysage toulousain. Il s'interroge ensuite sur le devenir des corps des suppliciés exposés aux éléments et à la vue de tous. Enfin, nous pourrons assister à certaines pratiques liées aux fourches, révélatrices de croyances solidement ancrées tant dans la culture juridique que populaire du 16e au 18e siècle.

téléchargez ici le dossier complet sur les fourches patibulaires

La comédie interrompue


n° 12 - décembre 2016

Depuis son inauguration en 1737, le théâtre du Capitole est devenu la salle officielle des spectacles donnés à Toulouse, éclipsant ainsi l'ancien opéra du Pré Montardy (ce dernier sera la proie des flammes en 1748, avant de renaître pour être reconverti en salle de concert).[La Comédie française, vue d'intérieur], aquarelle, par Antoine Meunier, [18e siècle], Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Réserve FOL-VE-53 (G).
Désormais située dans l'enceinte même de l'hôtel de ville, la surveillance de la salle et de ses abords est ainsi accrue par la proximité immédiate des capitouls, du poste de garde et des prisons de la ville.

Les troubles au spectacle rapportés dans les verbaux de la justice des capitouls nous permettent de pénétrer dans ce lieu et nous permettent de découvrir un parterre souvent bruyant : sifflets, huées, interruptions des représentations sont monnaie courante. La fougue de certains peut même avoir des conséquences tragiques, comme en 1738, lorsque le jeune Pordéac trouve la mort en s'opposant à l'arrestation d'un camarade. On assiste même à quelques spectaculaires frondes du public, orchestrées par les étudiants.

Si les capitouls et leur main-forte ont quelquefois fort à faire pour calmer les ardeurs du public, ils doivent aussi prendre en compte les écarts des acteurs : entre les contrats non honorés qui laissent le directeur dans l'incapacité de présenter son programme, les querelles d'ego entre comédiens (quelquefois sanglantes), les insultes faites au public et les scandales causés par certaines actrices, la gestion des troupes de spectacle peut s'avérer délicate.

téléchargez ici le dossier complet sur les troubles au spectacle

Au bonheur des chirurgiens


n° 11 - novembre 2016

Accident, coups de bâton ou d'épée, rixe, bagarre rangée, meurtre crapuleux...Interior with a surgeon operating on a man's back, par Gerrit Lundens. Huile sur panneau de bois, XVIIe siècle. Wellcome Library, Londres, no. 44996i (détail)

Depuis la simple bosse, la griffure d'ongles, jusqu'à la plaie ouverte, sans oublier le cadavre qu'il faut examiner (puis éventuellement autopsier), plaignants et magistrats font appel à un chirurgien pour décrire les plaies et en juger des causes, prodiguer des soins si nécessaire, mais aussi prévoir les conséquences possibles des blessures. En outre, s'il y a lieu, il estimera le temps nécessaire à la guérison et les moyens d'y parvenir.
Les interventions de cet homme de l'art sont toujours suivies de la rédaction d'un verbal et/ou d'une relation d'expertise, ensuite remis aux magistrats et joints à la procédure.
Quelques docteurs en médecine viennent aussi participer à la fête, principalement comme co-experts lors d'autopsies. On notera aussi dans les pièces des procès la présence de certificats délivrés par des sage-femmes et, dans certains cas, le témoignage d'opérateurs ou rebouteux, ou autres ayant prodigués les premiers soins.

Le billet s'intéresse aux compétences des uns et des autres, ainsi qu'aux limites de leur action dans le déroulement des procédures criminelles. Quant au fac-similé, il reproduit et trancrit l'intégralité des pièces "médico-légales" conservées au sein des procédures instruites par les capitouls tout au long de l'année 1761.

téléchargez ici le dossier complet sur les chirurgiens et la justice

Haro sur la maquerelle !


n° 10 - octobre 2016

Trois circonstances sont nécessaires pour faire d'une suspecte une maquerelle convaincue : en premier lieu, avoir favorisé la débauche et prostitution de jeunes femmes ; puis d'en avoir retiré un bénéficeCartel destiné à la punition d'une maquerelle. Placard imprimé sur papier (34 × 44 cm), 14 juillet 1775. Ville de Toulouse, Archives municipales, AA 306/65. financier ou en nature ; enfin, les juges auront reconnu que la maquerelle, par son commerce, aura été la cause de graves troubles à l'ordre public (allées et venues d'hommes à toute heure du jour et de la nuit, cris, rixes devant sa porte, etc.).

Condamnées, les maquerelles doivent subir certaines peines infamantes, voire afflictives. Celles qui leur sont spécifiquement réservées sont sans nul doute les plus originales et semblent, à certains égards, plus proches des anciens rites populaires que des châtiments traditionnels. À Toulouse, les coupables sont mouillées ou trempées, c'est à dire placées dans une cage que l'on trempe par trois fois dans la Garonne. Ce supplice non mortel, dit de la Gabio, fait place vers 1760 à celui de l'asinade, qui consiste en une course ou promenade infamante de la maquerelle à travers les rues de la ville, coiffée d'un couvre chef grotesque, juchée sur une ânesse, la tête tournée vers la queue de l'animal.
Leur peine ne se limite toutefois pas à ces "spectacles", qui n'en sont qu'une simple composante, car les maquerelles sont ensuite bien souvent exposées au pilori, fustigées, bannies de la ville ou enfermées (à vie ou à temps) au quartier de force de l'hôpital de la Grave pour y demeurer en pénitence.

téléchargez ici le dossier complet sur la punition des maquerelles

Le temps des maquerelles


n° 9 - septembre 2016

Depuis la suppression du bordel public (connu sous les noms successifs de Grande abbaye, Château Vert et Public) en 1550, la prostitution toulousaine, pour répondre à la demande de la clientèle, a été contrainte de se développer différemment et d'investir d'autres lieux. Mais elle devenait désormais illégale, tolérée dans le meilleur des cas, punie sévèrement la plupart du temps.Ruffiana venetiana [maquerelle vénitienne], in "Recueil de costumes étrangers...", ancienne collection J.-J. Boissard, 1581. Bibliothèque nationale de France, OB-26-4 (détail, folio 6)

Au XVIIIe siècle, les procédures criminelles abondent en actions menées contre les prostituées, mais la justice des capitouls préfère, lorsqu'elle le peut, concentrer ses efforts en la poursuite des maquerelles, ces femmes honnies qui incitent non seulement les jeunes filles à la débauche en leur procurant clients et lieux de rencontre, mais encore perçoivent ou exigent une partie du gain de ces amours éphémères.

À partir de ces sources judiciaires, en ignorant à dessein l'aspect illégal et les conséquences judiciaires dont sont passibles de telles femmes, ce billet nous entraîne à la découverte du quotidien de ces entremetteuses.

C'est au fil des dénonces, enquêtes sommaires, cahiers d'inquisition et interrogatoires que la maquerelle nous apparaît dans les divers aspects de son commerce des corps : elle se montre tout d'abord séductrice et rusée pour attirer à elle des filles jeunes, mais aussi menaçante afin de les faire plier à ses volontés et celles des hommes. Puis, la maquerelle doit aussi être capable de satisfaire aux besoins et caprices de sa clientèle, non seulement en leur présentant des filles agréables, saines et dociles, mais encore en organisant les goûters et soupers qui accompagnent invariablement les ébats. Enfin, la maquerelle doit faire preuve d'une vigilance extrême, autant afin d'échapper à la justice sous la menace de laquelle elle vit constamment, que pour contrôler les allées et venues des clients qui hantent son logis ou attendent impatiemment devant sa porte.

téléchargez ici le dossier complet sur les maquerelles

Le devin Baron


n° 8 - août 2016

Des bouteilles de vin d'Alicante qui disparaissent mystérieusement de la maison d'un particulier ;[le devin et sa baguette], gravure, Jac[ques] de Favarine, fecit, pleine page in "Histoire critique des pratiques superstitieuses…", par un prêtre de l'Oratoire [Pierre Lebrun], 2e édition augmentée [par J. Bellon de Saint-Quentin], tome 2 (planche non paginée, entre pages 324 et 325).
un domestique bien embarrassé qui ne sait visiblement qui suspecter ;
un devin et sa baguette quelque peu dégradée...

Les Bas-Fonds de ce mois d'août nous transportent en 1775.

Nous y fraierons avec des domestiques crédules, des maçons ainsi que leurs manœuvres et... Joseph Baron, un devin-sourcier octogénaire - qui tient plus du pauvre bougre que du mystérieux vieillard. Ce dernier se trouvera accusé. Son crime ? La divination à l'aide d'une baguette afin de retrouver les coupables du vol de bouteilles de vin. À moins que ce ne soit la déception et l'abus de confiance...

Bref, les juges ont un peu de mal à définir clairement le "crime" du devin Baron.

Cette procédure, instruite par les capitouls, se découvre comme un simple fait divers. Et si la sentence finale est relativement modérée, c'est, qu'en cette fin d'Ancien Régime, la magie, la sorcellerie, la divination et la nécromancie n'apparaissent plus comme des méfaits atroces qui autrefois étaient punis par des supplices tels que le feu ou l'eau.

téléchargez ici la procédure criminelle de l'été (août)

La rôtisserie du père Varennes


n° 7 - juillet 2016

- Un menu extraordinaire proposant entre autres une tourte des huit pigeons, une dinde farcie aux olives, des godiveaux et truffes, des pommes d'api et un fromage frais au sucre, tout cela généreusement arrosé d'un petit vin local ;Menschelyke beezigheeden : Bestaande in Regeering Konsten en Ambachten na orde van het A. B. C, in honderd figuuren, zinryk uitgebeeld in koper gëest en gefneeden. Met veerzen daartoe passende door. Antoine Schevenhuizen, Harlem, 1695. Détail de la planche 60, le « Pasteinbakker ». Bibliothèque nationale de France, 4-LC-3.
- un pâtissier-rôtisseur qui fait ses emplettes au marché et manque de se faire embrocher ;
- un aristocrate armé d'une canne et de son épée...

Les Bas-Fonds de ce mois de juillet nous transportent en janvier 1725, au marché de la place de la Pierre (Esquirol), et nous font vivre une altercation - d'une violence toute relative. Devant la justice, les voix du rôtisseur (plaignant) et du jeune aristocrate (accusé), ainsi que celles des quatre témoins de la scène, se mêleront et se contrediront.

Cette procédure criminelle, jugée par les capitouls, se découvre comme un simple fait divers. Si elle reste banale, elle n'en permet pas moins d'approcher le cœur de ville, d'offrir une promenade au marché, d'en percevoir presque les bruits, les odeurs, et certainement de tenter les papilles des gourmets.

téléchargez ici la procédure criminelle de l'été (juillet)

... et tombent les perruques


n° 6 - juin 2016

Evoquer la perruque sous l'Ancien Régime à partir de la seule source des procédures criminelles peut sembler surprenant.
Pourtant, au fur et à mesure du classement des archives de la justice des capitouls, il est vite apparu que la perruque y était omniprésente : de celle qui tombe lors d'une rixe, à celle qu'on moque car passée de mode, on découvre peu à peu que nombreux sont les hommes qui la portent, et ce quel que soit leur statut social ; à tel point que lorsque des témoins doivent donner le signalement d'un suspect resté inconnu, ils n'omettront pas de préciser le cas échéant qu'il « portait des cheveux » afin de bien marquer l'absence éventuelle de perruque, presque comme une incongruité.Les capitouls de 1752-1753 : Charles Laganne et Thomas-Casimir de Cès. Huile sur parchemin, par Guillaume Cammas. Ville de Toulouse, Archives municipales, Annales manuscrites de la ville, livre XI, BB 284 (p. 578, détail de la page de droite)

C'est à travers certaines des procédures criminelles, que nous pouvons aussi rencontrer bon nombre d'artisans qui participent à la confection ou au commerce de ces postiches. Du vendeur de cheveux au faiseur de boites à perruques, en passant évidemment par la tresseuse de cheveux et bien entendu les maîtres de corporation des perruquiers, ces gens du métier, y sont trouvés dans leurs boutiques à la faveur d'une plainte, audition ou témoignage, et le greffier des capitouls note alors leurs gestes, dépeint le décor de l'atelier, et nous livre même quelquefois la description minutieuse de pièces d'outils indispensables du métier lorsqu'elles sont devenues accessoires ou armes au service du crime !

Téléchargez ici le dossier complet sur la perruque

L’exécuteur dans ses œuvres


n° 5 - mai 2016

Auxiliaire de la justice, acteur essentiel de l'exécution des peines corporelles et infamantes, le bourreau (Toulouse favorise le terme d'exécuteur de la haute justice) est un personnage qui ne laisse pas insensible.

Les grandes misères de la guerre, n° 14. Eau-forte de Jacques Callot, 1633. Bibliothèque nationale de France, département des estampes, réserve boite ECU-ED-25 (18)Un récent colloque autour de la figure du bourreau, regroupant historiens, historiens de l'art, historiens du droit et historiens de la littérature a contribué à faire émerger de nouvelles questions et une réinterprétation des sources historiques visant à dépasser les clichés réducteurs qui ont fait de ce personnage un simple artisan de la mort, craint et méprisé, considéré comme porteur d'infamie, voire rejeté par la société.
Dans le prolongement de ce colloque, le présent dossier se veut guider les chercheurs comme les curieux au sein de l'abondance de sources manuscrites, en leur livrant de nombreux documents d'archives qui permettront d'aller à la rencontre des exécuteurs de la haute justice de Toulouse entre les XVIe et XVIIIe siècles, tant dans l'exercice de leur fonction officielle que dans l'intimité de leur foyer, tout en essayant de voir si la répulsion qu'inspirait un tel personnage pouvait aller de pair avec une intégration sociale certaine au sein de la communauté urbaine.
À cet égard, le fac-similé annexé au dossier présente une étonnante procédure criminelle opposant l'exécuteur à son prédécesseur ; ce document datant de 1770 permet d'apporter un éclairage nouveau et surprenant sur la sociabilité des bourreaux ainsi que sur leurs activités annexes.

Téléchargez ici le dossier complet sur l'exécuteur de la haute justice

L'exécution par effigie


n° 4 - avril 2016

Au cartel et sous la peinture de l'effigie étoint collé deux écrits imprimés qui contenaient ce qui suit :
"Pierre Bécane, orfèvre de cette ville, condamné à six ans de galères par arrêt du parlement de Toulouse le 7e juillet 1746".
Et dans l'autre au dessous on lisoit :
"Jacques Besset, concierge aux prisons de la conciergerie, condamné à être pendu jusques à ce que mort naturelle s'ensuive, par arrêt du parlement le 7e juillet 1746"
.

Mémoires de Pierre Barthès, 27 juillet 1746.Placard diffamatoire manuscrit et anonyme avec représentation fantaisiste de l'exécution par effigie du marchand épicier Lougairou [exécution par effigie qui, bien entendu, n'eut jamais lieu], 1774. Ville de Toulouse, Archives municipales, FF 818 (en cours de classement), procédure du 3 juin 1774 [détail].

Sous l'Ancien Régime, le jugement et éventuellement la condamnation d'un accusé absent ne surprendra personne, la contumace est un terme qui renvoie à une pratique toujours d'actualité ; en revanche, le fait de procéder effectivement à l'exécution d'un condamné à mort lorsque ce dernier est absent en étonnera peut-être plus d'un.
Pratique déjà ancienne, confirmée par la grande Ordonnance criminelle d'août 1670, l'exécution par effigie – ou exécution figurative, consiste à exécuter « réellement » la sentence ou arrêt par l'intermédiaire d'un tableau représentant l'absent. Ainsi ce tableau ou effigie était accroché à la vue de tous et subissait la peine de l'absent.
L'état actuel du classement des procédures criminelles des capitouls entre 1670 et 1790 permet déjà d'obtenir un corpus, fort d'une vingtaine de cas, qui nous invite à observer les circonstances et le déroulement de ces procès par contumace, les termes précis des sentences rendues, pour s'attarder sur la matérialité du tableau ainsi que sur le cérémonial même de ces exécutions par effigie.

Téléchargez ici le dossier complet sur l'exécution par effigie

Courent dans la campagne


n° 3 - mars 2016

Sortons de la ville intra-muros, passons-en les portes, traversons vite le secteur du faubourg pour enfin gagner la banlieue ou gardiage où règnent prés, vignes et cultures.
Là se dessine un vaste territoire agricole compris dans les limites de la ville ; là se trouve aussi le théâtre de conflits d'un autre genre où les contrevenants se nomment bien souvent brebis, bœufs, chiens, ânes et cochons, voire même canards et oisons.Vue de l'avion Bréguet 941 stationné dans un champ en bordure de forêt de Bouconne, un troupeau de moutons paissant à côté de l'appareil. Photographie André Cros, 24 mai 1965, ville de Toulouse, Archives municipales, 53 Fi 2251.

Quand les brebis divaguent, rien ne va plus !
Vignes, champs ensemencés, pâturages et autres jardins sont souvent sujets à des dégradations causées par les troupeaux peu respectueux des règles de propriété. Cette dépaissance "sauvage", due à la négligence des pâtres et bouviers, voire à leur malice, est ainsi à l'origine de nombreux conflits dans le gardiage de la ville.

Ceux qui sont portés devant la justice des capitouls apportent un éclairage sur certaines des pratiques rurales de cette marge immédiate de Toulouse et permettent d'entrevoir quel est alors le bétail qui compose les troupeaux, quelles sont les cultures, et comment la coutume semble régler les contestations qui peuvent s'ensuivre, remisant peut-être la justice des capitouls au rang de simple accessoire ou de dernier recours.

Téléchargez ici le dossier complet sur le délit de dépaissance

La marque de l'infamie


n° 2 - février 2016

« Alors la batiste se déchira en laissant à nu les épaules et sur l'une de ces belles épaules rondes et blanches, d'Artagnan avec un saisissement inexprimable, reconnut la fleur de lys, cette marque indélébile qu'imprime la main infamante du bourreau ».
Dans Les trois Mouquetaires, Milady de Winter devient par la plume d'Alexandre Dumas le plus célèbre des personnages flétris de la littérature française.

"Histoire véritable et facécieuse d'un Espaignol, lequel a eu le fouet et la fleur de lis dans la ville de Thoulouze pour avoir dérobé des raves et roigné des doubles". Gravure anonyme à l'eau-forte, 1638. Bibliothèque nationale de France, Estampes, Réserve QB-201 (27)-fol. G 153085. [détail]

Peine à la fois afflictive et infamante à vie, la flétrissure ou marque au fer chaud sur la peau, est réservée à certains criminels, hommes ou femmes, généralement convaincus de vol.
La traditionnelle fleur de lys sera remplacée en 1724 par un jeu de plusieurs lettres : V pour les voleurs, W (ou VV) pour les récidivistes, et GAL pour les hommes seuls, condamnés à servir le roi aux galères.
Cette marque n'est toutefois qu'un des aspects d'une peine en général plus complexe où l'accusé peut aussi être être fouetté, exposé au carcan, banni, enfermé, envoyé aux galères à temps ou à vie.
Le flétri, condamné de fait à porter sa marque jusqu'à la mort, restera sa vie durant un perpétuel suspect aux yeux des hommes et de la Justice, menacé du châtiment capital à la moindre récidive.

Téléchargez ici le dossier complet sur la flétrissure

Morne pierre, la pierre morne


n° 1 - janvier 2016

Que faire lorsqu'un corps sans vie, et de surcroît sans aucun signe qui permette d'établir une identité, est trouvé dans un champ, sur les berges de la rivière ou dans une ruelle sombre ?
Bien entendu la justice se met en branle, une enquête - même sommaire - est ouverte ; un chirurgien va établir ses constatations et livrer ses conclusions : mort naturelle, accidentelle, ou cas avéré de mort violente. Or, au-delà de l'enquête que diligentera la justice, reste une question cruciale : qui est cet inconnu ?
Afin de permettre une identification rapide, l'administration capitulaire a eu recours à la pierre morne.
La procédure est toujours la même, ainsi en février 1748 on amène un corps trouvé sans vie. Il est déposé sur la pierre morne qui se trouve alors dans la première cour de l'hôtel de ville. Le greffier des capitouls de préciser : nous avons fait expozer tout de suitte sur la pierre accoutumée pour être expozé au public à l'effet d'en être fait la reconnaissance. L'homme est "chanceux" car il sera effectivement reconnu.
En août 1753 une nouvelle morne est construite et placée en retrait, sous la galerie de la Maison de ville. La pierre de taille était suffisante pour contenir un corps puisqu'elle faisait dix pans de long, sur trois de large, et en affichait cinq d'épaisseur. Ce lit de pierre reposant lui-même sur un socle de brique foraine, plus large, affin qu'il ayt un empatement pour donner de la solidité requise à l'ouvrage.
Combien de temps expose-t-on le corps sur la pierre morne ? Rouane, en 1748, y est resté une journée. En 1760, un chroniqueur parle de seulement deux heures d'exposition ; puis de deux jours pour un cadavre porté au mois de janvier 1765, et encore d'une journée entière pour un postillon assassiné en mars 1768.
Reste nombre d'autres questions : a-t-on pris des mesures pour éviter une décomposition trop rapide ? Que montre-t-on du corps et que cache-t-on ? Fait-on une criée par les rues pour annoncer l'arrivée d'un nouveau corps sur la morne ? Qui y vient ? Qui garde ou veille la morne et son hôte ? S'en tient-on aux dires du premier qui prétend reconnaître le personnage exposé ?

Téléchargez ici le dossier complet sur la pierre morne

 

Qualifier le crime


Les qualifications des délits et crimes proposées dans les inventaires sont celles en usage sous l'Ancien Régime, et en particulier à Toulouse ; de fait, certains termes nécessitent quelques explications. La liste commentée des qualifications utilisées lors du classement des procédures des capitouls pourra ainsi éclairer ceux qui le désirent.

Inventaires détaillés à télécharger


téléchargez ici les inventaires détaillés des procédures criminelles des années disponibles (ceux en bleu seront publiés au cours de l'année 2018) :

1670 1671 1672 1673 1674
1675 1676 1677 1678 1679
1680 1681 1682 1683 1684
1685 1686 1687 1688 1689
1690 1691 1692 1693 1694
1695 1696 1697 1698 1699
1700 1701 1702 1703 1704
1705 1706 1707 1708 1709
1710 1711 1712 1713 1714
1715 1716 1717 1718 1719
1720 1721 1722 1723 1724
1725 1726 1727 1728 1729
1730 1731 1732 1733 1734
1735 1736 1737 1738 1739
1740 1741 1742 1743 1744
1745 1746 1747 1748 1749
1750 1751 1752 1753 1754
1755 1756 1757 1758 1759
1760 1761 1762 1763 1764
1765 1766 1767 1768 1769
1770 1771 1772 1773 1774
1775 1776 1777 1778 1779
1780 1781 1782 1783 1784
1785 1786 1787 1788 1789
1790        

Pour un meilleur rendu d'impression un paramétrage de votre imprimante au format A3 est recommandé.

 

Abécédaire

A

Abstention (de la ville) : peine assez modérée qu'il ne faut pas confondre avec le bannissement, l'abstention enjoint à une personne de quitter rapidement la ville (avec ou sans restriction de temps)

Affrontement : refus d'obéissance, insolence ou manque de respect envers un représentant de la justice ou tout autre officiel (prêtre, bayle d'une corporation, dizenier) dans le cadre de ses fonctions

Asinade : châtiment réservé aux maquerelles, consistant en parcours infamant à travers la ville, juchées à califourchon sur une ânesse, la tête tournée vers la queue de l'animal et coiffées d'un casque ou bonnet à grelot et plumes

Assassinat : guet-apens, implique une préméditation et un effet de surprise. Peut tout simplement s'accompagner d'insultes, mais aussi de coups (voir Excès), et peut éventuellement mener à un meurtre

Assesseur : officier de justice nommé par les capitouls afin de les assister dans cet exercice ; jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, l'assesseur est souvent un ancien capitoul

B

Bannissement : condamnation exécutée par l'intermédiaire de l'exécuteur de la haute justice, qui chasse une personne de la ville (ou de la sénéchaussée ou du royaume même) et lui interdit d'y revenir pendant une durée précise (ou à vie), est souvent assortie de la peine du fouet et de la marque

Brief intendit : questions préparées à l'avance qu'il faut poser aux témoins, voire aussi à l'accusé ; sont souvent très orientées à charge

C

Cage : châtiment anciennement réservé aux blasphémateurs, puis aux maquerelles, consistant à placer le condamné dans une cage, puis l'immerger brièvement par trois fois dans la Garonne ; la peine de la cage est remplacée par l'asinade au milieu du XVIIIe siècle

Chaise (à porteur) : moyen régulièrement utilisé afin d'ammener devant les juges une personne décrétée de prise de corps ; la chaise permet de préserver l'anonymat du suspect et le garantir de l'infamie

Chariot de la justice : charrette ou simple tombereau utilisé pour transporter (bien en vue du public) le condamné lors des diverses stations de son amende honorable, ou bien jusqu'au lieu de son exécution

Confrontations : après les récolements, l'accusé est mis en présence des témoins ; leurs dépositions lui sont lues. Il peut alors commenter le contenu de leurs témoignages, le préciser, le rejeter, ou y acquiescer. Plusieurs accusés peuvent aussi être confrontés les uns aux autres

Congé : certificat remis à un galérien ayant effectué le temps de sa peine ; celui-ci étant marqué du GAL sur l'épaule droite, ce document lui permet de prouver qu'il n'est pas un évadé des galères

D

Dizenier (dixainier) : personne responsable d'un moulon (îlot en ville, quartier entier dans le gardiage). Souvent choisi parmi les artisans, il est le lien entre les capitouls et le public ; ses fonctions l'amènent à pacifier des conflits, dénoncer les étrangers suspects et personnes mal-vivantes, organiser les secours lors d'incendies, etc.

Décret d'ajournement personnel : ordre donné par les capitouls à un particulier, lui enjoignant de se présenter devant la justice dans les trois jours afin d'être interrogé

Décret de prise de corps : ordre donné par les capitouls pour l'arrestation d'un particulier afin de pouvoir l'interroger

Démence : à la fin du XVIIIe siècle, les cas de folie apparaissent régulièrement dans les procédures des capitouls (signe d'un changement de la règlementation à ce sujet) ; les sujets sont interrogés et soumis à expertise ; s'ils sont reconnus atteints de démence, ils sont envoyés au quartier des fous, jusqu'à résipiscence

E

Effigie : tableau représentant un condamné absent ; par extension, on utilise ce terme pour désigner l'exécution publique dudit condamné par le biais de ce tableau, suspendu à une potence

Excès : coups (et blessures éventuelles) donnés avec le poing, pied ou autre instrument

Excès réels : coups suivis de blessures évidentes et jugées sérieuses

Excuses publiques : l'accusé condamné à cette "peine" devra prononcer des excuses devant le rapporteur du procès, le plaignant et un certain nombre de témoins (à l'appréciation des magistrats)

Exécuteur de la haute justice : officier municipal, le bourreau de la ville est aussi employé pour les exécutions ordonnées par d'autres cours de justice que celle des capitouls

Expert : professionnel choisi par Justice et assermenté ; selon les besoins de la procédure, il sera médecin, chirurgien, notaire, orfèvre, maçon, serrurier, sage-femme, pâtissier, jardinier, etc. Le rapport écrit que remet l'expert est appelé relation

F

Factum : supplique adressée aux juges ; un factum peut être rédigé autant par l'accusé pour sa défense que par le plaignant pour ajouter aux charges. Vers la fin du XVIIIe siècle, le factum est souvent imprimé

Fleur de lys : marque au fer rouge apposée sur l'épaule droite de certains des condamnés ; après 1724, elle est remplacée par les lettres GAL, V ou W

Fourches patibulaires : voir salade

Fustigation : la peine du fouet précède souvent le bannissement ou l'enfermement à l'hôpital ; le/la condamné/e est fouetté publiquement "jusqu'à effusion de sang"

G

Gabio : terme occitan, voir cage

"GAL" : depuis 1724, marque au fer rouge apposée sur l'épaule droite de ceux condamnés aux galères à temps ou à vie

Galères : peine qui envoyait les condamnés ramer sur les galères royales ; à partir de 1748 les galères ne sont plus guère que des chantiers navals où l'on travaille à la construction et l'entretien de la flotte ; les galères préfigurent les travaux forcés des bagnes

Gardiage : troisième couronne de la ville ; après la cité intra-muros, on trouve le faubourg, et enfin le gardiage (le terme banlieue est aussi utilisé)

Géhenne (chambre de la) : salle, au sein de l'hôtel de ville, servant pour la torture. On y dépose aussi les corps des victimes avant leur inhumation

Grossesse (dénonce de) : dénonce faite par toute femme non mariée (ou veuve) de son état de grossesse ; rendue obligatoire pour freiner l'infanticide, cette mesure permet aussi à la femme de poursuivre son séducteur et obtenir compensation, si mieux il n'aime l'épouser

Gravidation : voir dénonce de grossesse

Guet (famille du) : main-forte armée, composée de 40 soldats, sous le commandement d'un capitaine et aux ordres des capitouls

H

Homicide de soi-même : suicide ; un procès accompagne toujours ce crime ; convaincu d'un tel acte, le corps sera traîné dans les rues, attaché sur une claie puis, finalement jeté à la voirie et ainsi privé de sépulture

I

Inquisition (cahier d') : cahier où sont consignés les différents témoignages. Est aussi appelé cahier d'information

J

Joint aux charges (requête de) : supplique adressée aux juges par le plaignant ou l'accusé, servant de défense par écrit ; elle est ensuite signifiée à l'avocat de la partie adverse. Lorsqu'elle devient imprimée, on l'appelle factum

M

Miséricorde : nom donné aux prisons de l'hôtel de ville de Toulouse ; en réalité ne correspond qu'à une des "chambres" de ces prisons (on retrouve aussi une Miséricorde aux prisons du sénéchal)

Monitoire : texte publié par l'autorité ecclésiastique, incitant les témoins d'un crime particulier à venir déposer devant leur confesseur puis devant la justice

Morne (pierre morne) : bloc de pierre à l'hôtel de ville où l'on déposait les corps d'inconnus afin de les exposer à la vue de tous et ainsi permettre leur identification

P

Pignorer : saisir du bétail trouvé dans son champ ou pré, puis le mettre sous séquestre chez un dizenier

Provision : somme allouée au plaignant, victime d'un excès, afin qu'il puisse pourvoir à ses soins en l'attente du jugement définitif

Q

Quenouille : attribut infamant et ridicule dont on affuble l'homme bigame lors de son amende honorable ou exposition au carcan

Question : torture judiciaire ; très encadrée, elle n'est que rarement ordonnée ; sert généralement à tenter d'obtenir des noms de complices

Quartier de force : lieu d'enfermement des femmes malversantes et des maquerelles ; certains vagabonds y sont aussi envoyés ; à la fin du XVIIIe siècle, un quartier spécial y est créé pour accueillir ceux atteints de démence

R

Récolement : relecture faite aux témoins de leurs dépositions respectives, ils doivent les confirmer ou encore les préciser

Récuser : lors des confrontations, l'accusé, s'il présente des arguments valables, a la possibilité de rejeter un témoin et sa déposition. Dans de rares cas, un accusé peut aussi réussir à récuser ses juges et obtenir d'être traduit devant une autre cour de justice.

Relation : rapport et conclusions remis à Justice par tout expert assermenté par les capitouls

Ronde (du guet) : patrouilles régulières, souvent nocturnes, faites par une escouade du guet dans la ville et les faubourgs ; le parcours change régulièrement

S

Salade : fourches patibulaires ; lieu d'exposition des corps des suppliciés (les femmes ne sont pas exposées à la salade) ; il existe deux Salades à Toulouse, l'une au nord de la ville (proche l'église des Récollets), l'autre au sud (près du couvent des Minimes)

Satisfaction (verbal de) : pièce attestant que les excuses publiques ont bien été faites par la personne à ce condamnée, en présence du nombre de témoins requis

Sellette : siège bas sur lequel s'asseyait l'accusé (passible d'une peine afflictive) lors de son dernier interrogatoire avant la sentence

V

"V" : depuis 1724, marque au fer rouge apposée sur l'épaule droite de ceux condamnés pour vol

Verbal (du chirurgien) : rapport écrit par un chirurgien juré décrivant l'état d'un blessé, la nature de ses blessures, ce qui peut en être la cause, et l'estimation du temps nécessaire avant guérison ; un verbal ne doit en aucun cas être confondu avec une relation d'expertise

Viol : terme utilisé dans les inventaires à la fois pour définir un viol, tout comme une tentative de viol restée infructueuse

Voie de fait : poussade, bousculade, soufflet(s) donné(s) la main ouverte ; ce terme peut aussi être utilisé lorsqu'un plaignant reçoit le contenu d'un pot de chambre sur sa tête 

W

"W" : depuis 1724, marque au fer rouge apposée sur l'épaule droite des récidivistes, à nouveau condamnés pour vol (et qui ont le "bonheur" d'échapper à la corde)