La place

Saint-Etienne


Les Archives proposent ici un dossier complet sur la place Saint-Etienne, son histoire, son architecture et ses lieux emblématiques. Bonne visite ! Ce dossier est réalisé en partenariat avec la Région Midi-Pyrénées.

LA PREFECTURE


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Aile est, façade sur jardin - Photographie L.-E. Friquart, L. Krispin, 2007 ©Ville de Toulouse, ©Inventaire général Région Midi-Pyrénées.
Aile est, façade sur jardin - Photographie L.-E. Friquart, L. Krispin, 2007. Ville de Toulouse, Inventaire général Région Midi-Pyrénées.

La demeure de l’évêque


La préfecture est installée dans l'ancien logis de l'évêque de Toulouse, dont les premiers bâtiments, encore peu connus, se situent probablement dès le Ve siècle au sud de la place Saint-Étienne.

La première mention de l'existence d'une demeure réservée à l'évêque de Toulouse date de la fin du VIe siècle. Seule la présence d'un puits à l'intérieur de l'enclos de l'évêché, où vont boire les mules de l'évêque Foulque (1206-1232), est mentionnée à la fin du XIIe siècle.
Des travaux importants sont menés sous l'épiscopat de Pierre du Moulin (1439-1451). Celui-ci agrandit le palais par la construction d'une habitation sur la place Saint-Étienne. Son successeur Bernard de Rousergue ajoute un bâtiment sur la cour. Il fait bâtir une salle d'apparat au plafond orné de roses (ce sont ses armes), dans laquelle seront longtemps logés les rois lors de leurs visites à Toulouse.

Dalle gravée de Pierre du Moulin - photographie Daniel Martin. Ville de Toulouse, Musée des Augustins, Ra 414.

Au début du XVIe siècle, Jean d'Orléans fait édifier à l'entrée de son palais une porte monumentale ornée de ses armes. Nous savons que sa demeure possède déjà une cour, un jardin et plusieurs dépendances, notamment les prisons et leur chapelle, des étables, des écuries et deux puits.

Plan Jouvin de Rochefort - Ville de Toulouse, Musée Paul-Dupuy. Bien que tous les corps de bâtiments de l'évêché ne soient pas représentés, ce plan donne une idée de la situation de l'évêché par rapport à la cathédrale. L'ensemble, organisé autour d'une cour et d'un jardin, est assez vaste.

A la fin du XVIe siècle le cardinal de Joyeuse fait agrandir une petite galerie vers l'est pour relier l'archevêché à une maison dans laquelle seront logés quelques prêtres. Il s'occupe de faire aménager ses appartements privés et fait construire au-dessus de la grande salle une bibliothèque. Il aménage ensuite une remise à carrosse dans les écuries.

Croquis de la bibliothèque - Archives départementales de la Haute-Garonne, 1 G 935 n° 22.

Le cardinal de Joyeuse fait également des travaux dans la maison de la chapellenie, qui borde la place Saint-Étienne. Le mur de façade est réparé et agrémenté d'une « gélousie », sorte de pavillon en pierre qui donne à ce bâtiment le nom de « maison du balcon ». Celle-ci est rénovée et agrandie vers l'ouest au début du XVIIe siècle par l'archevêque Louis de Nogaret de Lavalette dans le but d'être louée.
Charles de Montchal (1628-1651) détruit les constructions devant l'archevêché et fait élever un long bâtiment sur le jardin pour s'isoler des voisins. La façade percée de grandes fenêtres en alternance brique et pierre est probablement construite pendant son épiscopat.

Certains éléments du logis du XVe siècle ont été conservés dans le bâtiment actuel. Des pans de murs entiers, reconnaissables par leur épaisseur, subsistent au niveau de l'aile sur jardin et de l'aile est de la préfecture. En 1856, sous le parquet du petit salon de réception, le pavage de l'ancienne chapelle en carreaux emmaillés verts et blancs est retrouvé. Il s'agit d'un carrelage de la fin du XIIIe siècle.
Il semble que le logis épiscopal se présentait donc à la fin du XVIIe siècle comme un ensemble architectural disparate mais d'une grande richesse. Il se composait de plusieurs bâtiments d'époques différentes aménagés autour d'une cour et d'un jardin.

Un palais digne de la fonction d’archevêque


Monseigneur Colbert, cousin du ministre de Louis XIV, est nommé archevêque par le roi en 1687 et reste à ce poste jusqu'à sa mort en 1710. Homme de cour, il connaît l'art de Versailles et vit dans un hôtel place Royale à Paris. Sa nomination à Toulouse est prestigieuse car la ville est à l'époque un centre religieux très important. L'archevêque est cependant confronté à la méfiance du parlement et des capitouls qui cherchent à l'écarter de leurs affaires.

Colbert s'installe à Toulouse quelques mois après l'incendie partiel du logis épiscopal survenu en 1689. Soucieux de loger dans un cadre à la hauteur de son rang et de sa fonction, il entreprend dès son arrivée en 1690 de faire reconstruire le palais. Il semble qu'il confie le suivi de l'ensemble du projet au Toulousain Nicolas Buterne.
Le chantier commence en 1690 par la démolition des bâtiments au fond de la cour de l'archevêché. Le maçon-entrepreneur Jacques Pamiès est choisi pour mener à bien les travaux. Un nouvel édifice est construit au sud. En 1691, le tailleur de pierre Jean Pujos est chargé de la construction de l'escalier d'honneur.

Bâtiment en fond de cour. - Photographie L.-E. Friquart, L. Krispin, 2007 Ville de Toulouse, Inventaire général Région Midi-Pyrénées. Tout l'espace central de la nouvelle demeure de l'archevêque est occupé par l'escalier monumental.

Le projet connaît une deuxième étape avec la venue d'Augustin-Charles d'Aviler en 1693. Issu de la prestigieuse agence parisienne de Jules Hardouin Mansart, il est architecte de la province de Languedoc. Ses indications, qui seront peu suivies, portent essentiellement sur les écuries, le grand portail d'entrée et le jardin inspiré de Versailles.

Plan de l'archevêché de Toulouse, Archives départementales de la Haute-Garonne, PA228, par Augustin Charles d'Aviler, signé et daté de 1693. - Le tracé en rouge correspond au projet de l'architecte.

Colbert harmonise la cour et lui donne un caractère monumental en faisant modifier les façades est et ouest. On pénètre maintenant dans l'archevêché par un majestueux portail, orné d'une tête d'Hercule coiffé de sa peau de lion, ouvrant sur la cour d'honneur. Le vaste jardin témoigne de la mode du monde artificiel et des grottes d'eau. Le nouveau palais de l'archevêque devient l'un des plus somptueux de la ville et son grand escalier est immédiatement admiré à Toulouse.
Les aménagements intérieurs ont presque tous disparus. On sait que le dessin d'une cheminée de marbre garnie de trophées et du buste de Louis XIV a été commandé à Marc Arcis, sculpteur du roi ; cependant sa réalisation reste incertaine.

Portail - photographie L.E. Friquart, L. Krispin, 2011 Ville de Toulouse, Inventaire général Région Midi-Pyrénées. Le grand portail est dans Toulouse le signe distinctif d'une présence aristocratique. Son format imposant est dû à la mode du carrosse.

La « maison du balcon », bordant la place Saint-Étienne, est reconstruite autour de 1700. L'aile sur jardin, à gauche de la cour d'honneur, date probablement de l'épiscopat de Colbert. Avec son décor de tables rectangulaires alternées avec les fenêtres, elle s'harmonise avec la façade sur jardin de Charles de Montchal.
Le successeur de Colbert, Charles Loménie de Brienne, participe également aux embellissements du palais. Ses appartements privés ainsi que les pièces de réception sont aménagés par l'architecte Jean-Arnaud Raymond. Le nouvel archevêque choisit un décor néoclassique, « à la grecque ». Le même architecte est chargé d'édifier le corps de bâtiment abritant la nouvelle bibliothèque du clergé, au fond de l'impasse de la Préfecture, desservit par un bel escalier à rampe en fer forgé encore en place aujourd'hui. Une inscription gravée conserve le souvenir de la construction de la bibliothèque et la date de 1775 y figure. L'année suivante, Jean-Arnaud Raymond construit un bâtiment le long de la rue Saint-Jacques à la demande de l'archevêque. Les travaux entraînent la destruction de la grotte du jardin.

Bâtiment de la rue Saint-Jacques - photographie L.-E. Friquart et L. Krispin, 2007 ©Ville de Toulouse, ©Inventaire général Région Midi-Pyrénées.

Le palais et l’administration pendant la Révolution


Suite à la Révolution, le palais archiépiscopal est confisqué au même titre que l'ensemble des biens de l'Eglise. L'évêque quitte définitivement son ancienne demeure, déjà occupée par différents services publics, en 1793.

Une grande partie du mobilier est vendue.
Le gouvernement provisoire révolutionnaire restructure l'administration française. En décembre 1789, quarante-quatre mille municipalités sont créées en France, toutes avec la même organisation, un Maire et des conseillers élus. Cette nouvelle administration remplace à Toulouse le capitoulat. Le territoire français est entièrement redécoupé en départements ; la Haute-Garonne est créée en 1790. Ces départements sont dirigés par un conseil général composé de trente-six membres élus.

Département de la Haute-Garonne. Planche n°64 de l'Atlas national de France de Dumez et Chanlaire. Archives départementales de la Haute-Garonne, 1 Fi 495. - Les départements sont créés par décret de l'Assemblée nationale le 23 janvier 1790. Le nord du département de la Haute-Garonne a été démantelé en 1808.

Les administrations locales sont réorganisées pendant le Directoire. Le département est géré par cinq membres et un commissaire nommé par le gouvernement. Son administration emménage en 1799 dans ce qui deviendra plus tard la Préfecture.
Cette installation dans l'ancien palais archiépiscopal est un symbole fort des temps nouveaux. Elle répond également à un souci d'économie : investir un bâtiment coûte moins cher que d'en construire un nouveau. De plus, la mise à disposition des biens du clergé entraîne la récupération de nombreux bâtiments qu'il faut bien utiliser. Ainsi le musée prend ses quartiers dans l'ancien couvent des Augustins et l'école vétérinaire dans les locaux du cloître des Carmes déchaux.

L’institution préfectorale


Napoléon prend le pouvoir suite au coup d'état du 18 bruMaire. Après la période très mouvementée des troubles révolutionnaires, la population souhaite le retour au calme. Une nouvelle loi réorganise l'administration locale en février 1800. Bonaparte crée le poste de Préfet pour avoir un contrôle direct sur les départements.

Décret de nomination du premier Préfet de la Haute-Garonne - Archives départementales de la Haute-Garonne, 1M64.

Il choisit pour la Haute-Garonne Joseph-Étienne Richard de la Sarthe, qui emménage dans l'ancien palais archiépiscopal. Sa principale mission est de rétablir l'ordre. Il installe le nouvel archevêque, Monseigneur Claude Marie François Primat, dans l'hôtel du premier Président au parlement. Ensemble ils réorganisent le culte dans le département et adoptent un discours à la gloire de l'empereur.

Les joutes sur la Garonne en présence de l'empereur Napoléon Ier, 1808, MA, RO 245. - Photographie D. Martin. Ville de Toulouse, Musée des Augustins. Napoléon Ier entre en grande pompe dans la ville le 24 et des festivités sont organisées toute la durée de son séjour. Il loge avec son épouse dans l'ancien palais de l'archevêque, qui est définitivement affecté à la Préfecture.

Napoléon Ier vient à Toulouse en juillet 1808. Napoléon Ier entre en grande pompe dans la ville le 24 et des festivités sont organisées toute la durée de son séjour. Il loge avec son épouse dans l'ancien palais de l'archevêque, qui est définitivement affecté à la Préfecture.
Le Préfet est le représentant du pouvoir central en province. Il est chargé de faire respecter les lois. Ce poste, très important, n'a jamais été supprimé depuis sa création. Par sa fonction, le Préfet est en première ligne lorsque le peuple est mécontent : lors des émeutes de 1841, la préfecture est attaquée par la foule à coup de pierres. Il participe également à l'évolution urbanistique de la ville. Entre 1859 et 1914, il suit et approuve les dossiers concernant les grandes percées (rue Alsace-Lorraine, rue de Metz, rue Ozenne).
Aujourd'hui, le Préfet dirige l'ensemble des services de l'Etat au niveau du département et, depuis 1941, de la région. Il veille à l'application de la politique du gouvernement et accompagne les réformes des structures mises en place par l'Etat.

Aménager et adapter les bâtiments


L'hôtel de préfecture possède deux fonctions. La première, dans la parfaite lignée de l'ancienne demeure de l'évêque, est une fonction résidentielle et de réception. Elle concerne les appartements du Préfet et les salons d'apparat, qui sont finalement peu transformés. La seconde est une fonction administrative : elle comprend l'ensemble des bureaux et nécessite de nombreux aménagements.

Tout comme sous l'Ancien Régime, le palais sert à recevoir les hôtes de marque. Après Napoléon, le Président Sadi Carnot y est logé en 1891. Des réceptions somptueuses sont organisées. Boselli, Préfet de la Haute-Garonne de 1859 à 1866, se distingue particulièrement dans cet exercice. Il prépare avec sa femme des bals très réputés où toute l'élite toulousaine se réunit. Ces évènements sont l'occasion de réparer ou d'embellir le bâtiment.

Voyage du président Sadi Carnot à Toulouse le 20 mai 1891 - Des décors éphémères ont été élevés à Toulouse lors de la visite du président. Cet arc de triomphe a été installé à l'extrémité de la rue Alsace-Lorraine. Archives municipales de Toulouse, 2 Fi 881.

L'hôtel de préfecture a connu différentes campagnes de travaux pour l'installation des services de l'administration. Elles sont dirigées par l'architecte du département, responsable de l'entretien et de la conservation des bâtiments civils de l'Etat et du département ainsi que des nouvelles constructions départementales. Nommé par le Préfet, sa charge est extrêmement honorifique.
Plusieurs chantiers vont être menés entre 1815 et 1870. Un édifice de style néoclassique est construit rue Saint-Jacques en 1835, à côté du bâtiment de Jean-Arnaud Raymond, pour installer une école d'enseignement mutuel. Jacques-Jean Esquié, architecte du département de 1849 à 1867, agrandit les deux ailes de la cour d'honneur. L'hôtel Ducos de la Hitte, situé à l'angle de la place Saint-Étienne et de la rue Fermat, est annexé par la préfecture peu avant 1870. Cette période voit également l'arrivée du télégraphe dans l'aile ouest et l'aménagement de la salle du conseil général et de la salle du conseil de préfecture. Esquié, conscient des problèmes posés par l'installation des services dans ces bâtiments anciens et inadaptés, a pour projet de reconstruire entièrement la préfecture.

Projet de reconstruction de l'hôtel de la préfecture, dressé par Jacques-Jean Esquié le 20 août 1856. - Archives Départementales de la Haute-Garonne, PG1169.

Le développement des services préfectoraux entraîne également des travaux d'agrandissement entre 1870 et 1939. Joseph Thillet est architecte du département de 1887 à 1930. Il alerte fréquemment l'administration sur l'état alarmant des bâtiments de la préfecture mais ne parvient pas à obtenir les crédits nécessaires à une restauration de grande envergure. Sous sa direction les ailes est et ouest de la cour d'honneur sont surélevées en 1925, l'orangerie est construite et la salle Thillet du conseil général (aujourd'hui salle Bidou) est créée.
Dans le second quart du XXe siècle les travaux se concentrent au nord-est de l'édifice. Toujours à la recherche d'espace, la préfecture utilise le Grand-Hôtel et Tivollier, au 31 rue de Metz, comme annexe de 1978 à l'an 2000. Un nouveau bâtiment est finalement édifié à l'angle des rues Saint-Anne et Saint-Jacques. Il est conçu par le cabinet toulousain Gouwy, Grima et Rames, lauréat du concours organisé en 1990.

Le Grand Hôtel et Tivollier, Toulouse.  Archives municipales de Toulouse, 9 Fi 5390.

Cet immeuble a été financé par la Société Immobilière Grenobloise Toulousaine dans les dernières années du XIXe siècle.

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