L'image du moi(s)


Chaque mois, petit billet d'humeur et d'humour à partir d'images conservées aux Archives. Forcément décalé !

Image du moi(s) - année 2018


Dessin de costumes pour des personnages de l'opéra "Le joueur" de Sergeï Prokofiev, d'après Fiodor Dostoïevski créé au Théâtre du Capitole les 25, 27, 30 mars et 2 avril 1966, gouache sur papier, 25 x 33 cm, Juvenal Sanso – Ville de Toulouse, Archives municipales, 45Fi380

avril 2018


Avril la guigne

Le saviez-vous ? En mars et avril 1966 fut créé pour la première fois en France l'opéra de Sergeï Prokofiev Le Joueur, d'après le roman de Fiodor Dostoïevski. Ces représentations eurent lieu à Toulouse, au Théâtre du Capitole, sous la direction musicale du chef d'orchestre Jean Périsson. Les costumes et décors étaient signés par l'artiste hispano-philippin Juvenal Sanso, et la mise en scène par Georges Douking. Ce nom ne vous dit peut être rien mais son visage en lame de couteau a hanté le cinéma français des années 1930 aux années 1970.
Il apparaît dans nombre de films tels Le dernier tournant (1936) de Pierre Chenal, La Main du Diable (1942) de Maurice Tourneur, Le Bossu (1959) d'André Hunebelle, mais aussi L'arbre de Noël (1969) de Terrence Young et même Les bidasses s'en vont en guerre (1974) de Claude Zidi. Homme de théâtre, metteur en scène, peintre, décorateur, il expliquait, lors d'une interview, avoir tiré le choix décisif de sa carrière à pile ou face. Il fut ainsi engagé dans la troupe de Gaston Baty au lieu de partir en Afrique dans un comptoir à caoutchouc du haut Niger. La personne qui y prit sa place fut trucidée par les locaux.
Le destin d'Alexeï Ivanovitch, héros du roman de Dostoïevski, est plus funeste. Précepteur désargenté fraîchement arrivé dans une ville d'eau allemande au service d'une famille ruinée qui attend l'héritage d'une riche tante, il voit sa chance à la roulette provoquer son malheur sentimental. A la suite de ce dépit amoureux, il s'installe à Paris avec une demi-mondaine où il est peu à peu rongé par le démon du jeu qui le pousse inéluctablement vers une faillite morale et financière.

 

Incendie du magasin « Au Printemps », 47 rue d'Alsace-Lorraine, 11 mars 1964, négatif N et B, 6 x 6 cm, André Cros – Ville de Toulouse, Archives municipales, 53Fi3177

mars 2018


Pas de Printemps pour mamie

Il paraît que Les mois d'avril sont meurtriers ; les statistiques, elles, affirment qu'il s'agirait plutôt des mois de janvier. Ainsi, comme titré ci-dessus, nombre de nos aînées ne voient malheureusement jamais venir la fin de l'hiver. Je voudrait parler ici de l'une d'elle qui, bien que disparue, est toujours présente dans mes pensées : ma grand-mère personnelle.
Pour une raison qui m'échappe la première image qui me vient à l'esprit en l'évoquant, c'est une silhouette frêle, enveloppée dans un manteau, marchant dans la rue par temps pluvieux, un cabas à roulette à la main. Sur la tête, elle porte un curieux foulard-capuche en plastique transparent. Il est difficile de comprendre l'engouement que ce type de coiffe a suscité dans la seconde moitié du 20e siècle, tant il s'avère disgracieux. Certes, je conçois que l'on souhaite se protéger des intempéries, mais pourquoi utiliser un vêtement transparent ? Pour que l'on puisse admirer une mise en pli ou mini vague sous vide ? Cela reste pour moi un mystère.
Je l'imagine donc, attifée de la sorte, au mois de mars 1964, aller faire ses courses au magasin Printafix de la rue d'Alsace-Lorraine où elle avait ses habitudes. Je me figure sa surprise en voyant la rue entièrement bloquée par des camions de pompiers et la fumée s'échapper des fenêtre des établissements « Au Printemps » où elle faisait ses emplettes de tissu. Il faut dire qu'en ce 11 mars 1964, le Printemps avait pris feu et ne verrait, lui aussi, jamais venir la fin de l'hiver.

La guerre. N° III. Série comique, 1914, carte postale illustrée, 9 x 14 cm, Jan Metteix – Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi5497

février 2018


Février les couleurs du drapeau

On le sait peu, mais la première version de notre drapeau national a été adoptée par la Convention le 15 février 1794. Il s'agissait alors du pavillon de la Marine de guerre française « bleu au mât, blanc au centre, et rouge flottant ». Il devint le drapeau national de France pour la première fois en 1812. La légende veut que ce soit le grand peintre David qui en ait réalisé les travaux préparatoires. Si vous voulez mon avis, à l'instar de Salvador Dali vantant les qualités d'une marque de chocolat, il a fait des trucs mieux dans sa carrière.
De toute façon maintenant, c'est trop tard, on ne peut plus changer, ou alors il faudrait faire une nouvelle révolution, et un étendard national, si laid soit-il, semble un motif bien futile pour entamer un grand chambardement. Par ailleurs, il y a quelque chose de vraiment vexant en matière de vexillologie, c'est le culot des Néerlandais. David ne s'est peut être pas foulé en 1794 mais alors eux ils ont juste fait pivoter notre drapeau de 90 degrés. Et voilà, le tour est joué. On frôle le casus belli !!! C'est vrai qu'elle pourrait être plus belle notre bannière, n'empêche que c'est la nôtre !
S'il faut en venir à la guerre, comment faire l'impasse sur la propagande patriotique qui a usé et abusé de l'étendard tricolore. Cette carte postale éditée à Toulouse durant le conflit 1914-1918 et signée par Jan Metteix, en est un bon exemple. Avec cette singularité d'un prosélytisme ésotérique où le message, au lieu d'être mis en évidence, est dissimulé. Bon, il faut reconnaître que ça ne vole pas très haut : « Merde pour le roi de Prusse ». C'est à peu près du niveau de la cour de récréation. Ah ! c'est sûr que si les Allemands avaient pu déchiffrer ce message, ils auraient été bien attrapés ! Mais reconnaissez qu'on ne leur a pas facilité la tâche ; non seulement c'est écrit en français, mais en plus à l'envers. Ils sont probablement passé à côté, occupés qu'ils étaient à monter la garde au milieu d'un plat de choucroute en tenant un chapelet de saucisses à la main.

 

Vue de Jacqueline du Bief effectuant un saut de patinage artistique à Toulouse en septembre 1953, Négatif N et B, 6 x 6 cm. André Cros – Ville de Toulouse, Archives municipales, 53Fi4971.

janvier 2018


Dans les bras de janvier
Les premiers jours suivant les fêtes de fin d'année sont généralement assez décevants. Premiers accrocs dans les nouvelles résolutions prises 35 minutes auparavant. Cadeaux rigolos offerts par personnes sinistres, revendus sur Internet. Fermetures éclair et boutons à la peine, la tartiflette n'y est pas étrangère, à moins que ce soit le foie gras, ou le chapon ; pourtant la bûche avait l'air légère ! Ce n'est quand même pas le vin chaud ou le champagne...
Je vous le dis tout de suite, cette attitude n'est pas la bonne. C'est déjà pénible d'être bouffi : s'il faut que ce soit en plus de culpabilité, autant renoncer. Prenons exemple sur nos amis animaux : au lieu de s'interroger sur le bien fondé de l'ingurgitation de 150 noisettes ou de questionner la nécessité de dévorer un banc de truites saumonées, une fois rassasiés, ils hibernent.
Et après tout, que va-t-il se passer de vraiment si intéressant d'ici la fin du mois de mars ? Ne pourrions nous pas aussi décider de passer les trois prochains mois au lit et n'en sortir qu'au retour des beaux jours ? Il suffirait pour cela de se munir d'un bon livre, bien épais : tenez, au hasard, le second volume de l'Encyclopédie historique de la photographie à Toulouse (1914-1974) de François Bordes publié voici quelques semaines aux éditions Privat. Vous y trouveriez un article complet consacré à André Cros, auteur de ce magnifique cliché de Jacqueline du Bief, championne du monde de patinage artistique, qui semble se pâmer dans les bras d'un amant invisible.