CHOUX


mars 2021

DANS LES ARCANES DE


Chèvres rue de Metz, vers 1910 - Longi-Bechel (éditeur) - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi6340.

Mélanger la chèvre et le chou


mars 2021

Mesdemoiselles, un peu de shopping ça vous dit ? Si on allait rue de Metz découvrir les dernières nouveautés arrivées tout droit de Paris ? Je chausse mes sabots, enfile mon manteau de poils et j’arrive ! Regarde cette salle à manger ! Bof, c’est pour les vieilles biques... Allons plutôt rejoindre la marchande de choux !Maquette de la partie centrale de la ville de Toulouse, 1935-1950 – Henri Desaigue et Gabriel Franc (auteurs). Mairie de Toulouse, Archives municipales, 2Obj91 (détail).

Plutôt cocasse comme vision, que celle-ci ! Des chèvres en plein centre de Toulouse ! Elle rappelle une époque, pas si lointaine, où l’urbanisation de la ville était beaucoup plus limitée que celle que nous connaissons aujourd’hui. Il suffit de comparer les plans de la ville en 1904 et en 1950 pour visualiser le maillage, de plus en plus dense, des rues. Ou encore, de jeter un œil à la maquette de la ville, réalisée entre 1935 et 1950. La voir dans son entier, en salle de lecture, est encore plus édifiant !

Malgré la présence de nombreux champs, aucun chou n’y est représenté ! Encore moins ceux de Martin, puisqu’ils ont été volés ! Qui est à l’origine de cette disparition ? Les chèvres ? Les pro bouts de chou ? Henri Rachou ? Vous le saurez en lisant notre feuille de chou.

ZOOM SUR


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Fin 19e siècle. Portrait en pied d'un bébé, il porte une robe blanche et est assis dans un nid. Au dos : "Henry Delgay. Toulouse. 42, allées Lafayette". Henri Delgay – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi2151.

Choupinette


mars 2021

Un enfant dans un nid : pourquoi pas dans un chou ou une rose, tant qu’on y est ! Celui-ci est en robe de baptême ; ne lui manque qu’un ruban sur le crâne, et nous voilà avec un bel œuf pascal. Songez-y, parents, cette pauvre diablesse n’a rien demandé, et la voici pour la postérité, posant, le regard incrédule, mains sur les hanches et doigts de pieds en éventail. Ce bébé-là est habillé, mais à cet âge ils sont souvent représentés nus, ce qui est le cas depuis au moins le Moyen Âge si vous regardez bien. Il faut donc concevoir la nudité comme une incarnation* de la pureté, de la naïveté ou de innocence. Soit. Mais les choux, nids et autres rosiers, de quoi sont-ils l’expression ?

*Cet enfant n’est pas nu et je lui ai attribué le terme d’incarnation. Le coussin dans lequel il est calé forme deux petites ailes derrière lui, qui font de lui un ange. C’est une référence à l’Annonciation, qui, dès l’iconographie médiévale, marque l’incarnation divine.

DANS LES FONDS DE


Pot-chou. Porcelaine de la manufacture de Meissen, attribuée à Johann Joachim Kändler, 1769. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° BK-1973-190.

Martin et ses 32 choux


mars 2021

Monsieur Martin est marchand de soie à Toulouse ; il a une petite campagne à Saint-Martin-du-Touch, dans le gardiage et, là, dans un enclos, s'ébattent gaiement poiriers, vignes et carrés de choux.
Déjà, durant l'automne 1712, on lui a pillé ses poires et raisins : mais voilà qu'en décembre on s'attaque à ses choux. Ce n'est peut-être pas le casse du siècle, mais cette fois les voleurs sont tout de même repartis avec pas moins de 32 choux sonnants et trébuchants1 – je ne sais pas si vous suivez le cours du chou, mais le butin n'est pas négligeable.
Bon, le dizenier de Saint-Martin-du-Touch mène l'enquête et va déjà retrouver 9 de ces choux fourrés dans un sac dissimulé dans le jardin du nommé C. Puis, chez M., le pot aux roses est caché dans une barrique. Là, 12 choux. On va ensuite comparer les choux saisis à ceux qui restent dans les carreaux du jardin de Martin (il a de quoi voir venir, car il en a planté l'équivalent de deux charretées entières). Aucun doute possible : ce sont les mêmes. Toujours est-il qu'il manque encore 11 choux à l'appel, et là... on fait chou-blanc ! Le reste du butin a certainement été discrètement écoulé ou cuisiné dans des marmites sans odeur.
Si Martin pleure ses choux (car un chou est un chou, on ne rigole pas avec çha), il n'est pas le seul. Et quand ce ne sont pas les voleurs, voilà que les animaux s'en mêlent. Ainsi, chèvres, ânes, bœufs2 ou autres qui divaguent dans les jardins s'attaquent volontiers aux choux qu'ils mordillent délicatement ou déplument carrément.
Peut-être pensez-vous que nous devrions nous arrêter là : on semble effectivement avoir fait le tour du chou. Et pourtant, non, car la grande famille des brassicaceae a plus d'un tour dans son bouquet : dans sa grande versatilité, voilà notre chou devenu une arme du crime. Une agression en 1732 commence par le jet d'un trognon de chou sur le jeune Imbert3. On connaît tous les malheurs de Perrette et son pot de lait, mais, comme si cela ne suffisait pas, la voilà maintenant attaquée par la nommée Couchère, qui « prit un gros chou dont elle luy donna un grand coup sur la tête »4.
Enfin, lorsque les cafés, bars et tripots rouvriront leurs portes, vous pourrez peut-être vous essayer à un petit jeu bête comme chou : celui « du chou, de la chèvre et du loup ». Il faut trois gobelets (l'histoire ne dit pas s'ils sont pleins) et, vous l'avez deviné, la chèvre mange le chou, le loup mange la chèvre. Malheureusement, celui qui nous conte cette partie endiablée n'a pas le loisir de nous donner plus de détails, car il est soudain entraîné dans une querelle, devenue rixe générale en plein cabaret, et un coup de bâton sur le crâne l'envoie vite dans les choux5.

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1 FF 756/2, procédure # 075, du 13 décembre 1712.
2 FF 812/9, procédure # 232, du 6 décembre 1768.
3 FF 776/4, procédure # 136, du 16 août 1732.
4 FF 792/3, procédure # 077, du 18 août 1748.
5 FF 799/2, procédure # 039, du 2 mars 1755.

LES COULISSES


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Jeunes femmes en train de danser un « cancan » au Ramier le 14 juillet 1956 (détail). Emile Godefroy. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 19Fi2204.

Les deux choux de l’Histoire


mars 2021

Les Archives sont à l’Histoire ce que les jupons sont aux robes des dames.

C’est la base, la trame qui sous-tendra vos écrits et donnera du corps à vos propos.

Il est vain de se rendre dans un service d’archives en demandant : « Je veux tout savoir sur l’hygiénisme au XIXe siècle » ou encore « Je m’intéresse à mon quartier. Qu’avez vous à ce sujet ? ». C’est comme confondre un agent immobilier et un magasin de bricolage. On ne fait pas visiter des maisons, on fournit les matériaux pour la construire !

Alors si vous voulez continuer à tirer le fil de cette histoire, venez aux Archives municipales, c’est bête comme chou !

DANS MA RUE


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Portail de l’église cathédrale Saint-Étienne, détail du gâble orné du motif de choux frisés. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle.

Choux frisés et autres décors de feuillage


mars 2021

Il n'aura échappé à personne que les différentes familles de cette brassicacée anciennement appelé crucifère (chou frisé, rave, fleur, chinois, brocolis, de Bruxelles…) sont très tendance dans la cuisine actuelle. Mais, à l'époque médiévale, le chou était également un élément de décor très prisé.
C'est un motif qui vient orner les chapiteaux, les couronnements (rampants des gâbles et pignons, pinacles), les frises, les appuis de fenêtres…tous les éléments d'architecture pouvant recevoir un décor.
Sa représentation évolue au fil du temps : de simple crochet - sorte de bourgeon d'où quelques feuilles s'échappent enroulées sur elles-mêmes -, le motif se déploie en groupes de feuilles larges et épaisses aux tiges côtelées. D'autres types de feuilles viennent se glisser parmi ces décors : plus lisses, telles les feuilles d'eau, ou de géranium, ou encore plus découpées, comme celles du chardon.

Le 15e siècle est la période où le cPortail de l'Hôtel de Bernuy, détail du couronnement. Phot. Sophie Fradier (c) Toulouse Métropole.hou frisé prend de l'ampleur, créant des jeux de lumière et d'ombre animant les façades. Il disparaît peu à peu, remplacé à la Renaissance par de nouveaux éléments décoratifs issus de la redécouverte de l'Antiquité.
À Toulouse, le flâneur attentif découvrira cet ornement essentiellement sur les façades des églises médiévales, rampant le long des gables, ces couronnements de forme triangulaire, qui coiffent les portails et dont le pinacle parachève la composition. Notre-Dame-du-Taur en présente un exemple caractéristique tout comme celui, plus animé de la cathédrale Saint-Etienne où les feuilles de choux sculptées en abondance se redressent et s'affirment sur de nombreux éléments.
Certains portails d'hôtels particuliers, tel celui de Bernuy, bien que tardif, présentent encore ce motif - ici aux enroulements très souples - à côté de la sculpture très antiquisante des médaillons à bustes. Les tours d'escalier, les encadrements des baies offrent également ces sculptures de feuilles épanouies ou recroquevillées, plus ou moins ciselées, souvent de grande qualité.
Il réapparaît au 19e siècle avec les courants néogothique et éclectique (Maison Seube, Castel Gesta…) avant que l'Art nouveau ne s'empare pleinement du végétal, puisant dans la nature une source d'inspiration infinie.

 

SOUS LES PAVÉS


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Planche photographique destinée à un article d'Henri Graillot sur les bustes de la villa romaine de Chiragan à Martres-Tolosane conservés au musée de Toulouse, vers 1897-1903. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 11Z462.

Ra ? - chou !


mars 2021

Les amateurs de sculpture ancienne peuvent aujourd'hui avoir accès aux collections des musées toulousains sur le Net. Que ce soit pour le musée Saint-Raymond ou pour le musée des Augustins, de nombreuses œuvres antiques, médiévales ou modernes nous sont ainsi présentées grâce à des photographies et des fiches descriptives. Elles sont bien entendu identifiées par leur numéro d'inventaire, souvent accompagné d'un mystérieux préfixe « Ra ». Qui veut dire ? « Référence abrégée » ? « Recensement achevé » ? « Registre ancien » ? …

Depuis leur constitution pendant la Révolution, les musées de Toulouse ont imprimé des catalogues à différentes époques. Et les numéros d'inventaire ont pu évoluer au gré de ces publications, pour la plupart disponibles en ligne. En les parcourant, on s'apercevra que la numérotation Ra correspond au Catalogue des collections de sculpture et d'épigraphie du Musée de Toulouse, édité en 1912 par un certain Henri Rachou qui fut directeur du musée des Augustins.
Et voilà donc l'explication de ce « Ra », tiré d'un Rachou dont le « chou » a chu.

Il existe dans le fonds de l'éditeur Privat conservé aux archives municipales une série de planches photographiques (11Z 462) apparemment destinée à illustrer un article resté inédit d'Henri Graillot, intitulé Les personnages gallo-romains de Martres-Tolosane. Cette publication des bustes trouvés dans la villa romaine dite de Chiragan et conservés à Toulouse était annoncée dès 1897 et encore en 1903, puis tomba finalement dans les choux. Elle devait être insérée dans le deuxième tome, jamais paru, de l'Album des monuments & de l'art ancien du Midi de la France. Ce projet enterré est manifestement anté-Ra puisque les légendes de ces planches n'utilisent pas la nomenclature du catalogue de 1912, mais des numéros d'inventaire que l'on trouve aussi dans une publication de Léon Joulin de 1901.

 
 
 
 
 

EN LIGNE


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La Dépêche : Journal de la Démocratie, Toulouse, papier à en-tête, années 1930. Mairie de Toulouse, Archives municipales, non coté (détail).

Feuilles de chou


mars 2021
Vous savez peut-être que les Archives conservent dans leur bibliothèque quelques titres de presse. Malheureusement, leur état de conservation n’en permet pas toujours la communication et leur format, souvent peu maniable, n’en facilite pas non plus la consultation. Ces collections sont donc le symbole de notre dilemme : comment partager avec le plus grand nombre des documents dont l’immense richesse n’a d’égale que leur fragilité ?

C’est ici que la numérisation devient un atout : non pas pour gagner de la place et jeter les originaux (sacrilège !), mais pour feuilleter sans s’inquiéter de l’acidité du papier, pour zoomer sans forcer sur une reliure trop serrée, pour rechercher un mot dans toute une collection sans manipuler de nombreux volumes. Autrement dit, beaucoup d’avantages, beaucoup moins d’inconvénients.
Et c’est une démarche collective qui nous permet d’offrir un tel service : grâce à la mise en commun des ressources de plusieurs établissements de conservation, au financement de plusieurs partenaires institutionnels, au travail collaboratif de plusieurs équipes d’archivistes et de bibliothécaires.

Il en va de même pour les revues et les autres périodiques. La principale limite est celle de la date de publication. On ne peut en effet mettre en ligne, à disposition de tous, des numéros publiés il y a moins de 70 ans sans une autorisation spécifique. C’est le délai nécessaire pour que ces documents, considérés comme des œuvres collectives, s’élèvent alors dans le domaine public.

Pour en savoir plus,
Consultez en ligne les titres que nous conservons !