ARCANES, la lettre

Dans les arcanes de


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archive ou de ressources en ligne. Retrouvez ici une petite compilation des articles de la rubrique "Dans les arcanes", des édito détonnants pour présenter le thème du mois.

DANS LES ARCANES DE


Muséum d'histoire naturelle. Grande salle de zoologie. Avril 1933. Zèbre attaqué par des Léopards. Groupe de M. Lacomme nouvellement installé. Augustin Pujol – Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi280.

Sur le fil


avril 2017

Pourquoi une lettre d'information sur le fil ? Et pourquoi pas ! Peut-être parce qu'en avril… ou alors parce que nous sommes tous un peu sur le fil du rasoir... Tentons de ne pas vous raser et de vous apporter une petite bouffée d'air frais en partageant avec vous nos pépites !

Mais y a-t-il quelqu'un au bout du fil ?

Je vais essayer de le renouer sans m'enterrer dans les arcanes des idées farfelues des contributeurs. Je me déplace sur un fil et dans tous les cas cette lettre me donne du fil à retordre. Ah… quand les hommes filaient la quenouille. Quel rapport ? Faites une pause et lisez nos petites chroniques ou billets d'histoire toulousaine avant de reprendre le cours de votre vie.

 

 

 

Commencez par parcourir une petite sélection d'images d'avril à Toulouse remontant le temps.

Un florilège sans queue ni tête issu de notre base de données en ligne mêlant images récentes et anciennes, célébration et catastrophe, et qui permet de découvrir des images de Toulouse méconnues.

 

Original du mémoire remis par Malvaisin aux capitouls le 17 octobre 1703. La justice ordonnera ensuite qu'il soit biffé, bâtonné et lacéré. Ville de Toulouse, Archives municipales, FF747 (en cours de classement), procédure # 088, du 19 octobre 1703.

Biffé, bâtonné, lacéré : bref, censuré


mars 2017

En 1703, Jean-Jacques Malvaisin n'est encore qu'un petit greffier de l'hôtel de ville.
Fougue de la jeunesse ? Idéalisme exalté ? Mauvais calcul ? Il va s'attaquer à François Dandrieu, un ancien capitoul ayant toujours un pied à l'hôtel de ville ; et quel pied, puisqu'il est assesseur des capitouls, c'est à dire qu'il les assiste dans l'exercice de la justice. Inutile de vous dire qu'il a le bras long.
Le 19 octobre 1703, Jean-Jacques Malvaisin transmet aux capitouls un mémoire dans lequel il détaille les malversations de François Dandrieu.
Las, Jean-Jacques est encore un peu tendre, son mémoire lui revient en pleine face : il se retrouve lui-même attaqué en justice pour diffamation et fausse accusation. Pot de terre contre le pot de fer, son adversaire est autrement plus puissant qu'il n'imaginait.
En conséquence, le 9 novembre une sentence est rendue par les capitouls et Jean-Jacques se voit condamné à faire des excuses publiques, suspendu de son office de greffier (pour 8 jours seulement) : en outre, son mémoire sera rayé, biffé et lacéré. Bref, il est censuré.
Le petit greffier a probablement appris de ses erreurs, car plusieurs années plus tard, il est à son tour nommé capitoul.

Les capitouls de 1709, ici le capitoul Guillaume-Hyacinthe Pradines de Ciron (fils de Jean-Joseph de Pradines – chez les Pradines, on est capitoul de père en fils), peinture sur parchemin, par Antoine Rivalz. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB282, p. 421-i (détail). Notons à droite partie du portrait de Lanoy de Méricourt, autre capitoul blanchy (noirci en fait).

Blanchy !


février 2017

Pourquoi pas blanchi ? Tout simplement car nous vous emmenons sous l'Ancien Régime, là où l'orthographe telle que nous l'imaginons n'était pas vraiment de mise. D'ailleurs, le sens que l'on donne aux mots a aussi varié depuis...

Tenez, pour en revenir à notre blanchy.
Lorsqu'un capitoul était blanchy cela ne signifiait certainement pas qu'il avait prouvé victorieusement son innocence (affaire de mœurs, de détournement de fonds publics, ou autre encore), ni qu'il était maquillé à outrance, ni même qu'il s'était fait enfariner ou entarter par un contestataire facétieux. Non, c'était tout simplement que ce capitoul avait certainement accompli une action si vilaine que ses pairs avaient décidé que son portrait serait blanchy, c'est à dire effacé des tableaux de l'hôtel de ville ainsi que du registre des Annales manuscrites.
Vous imaginez l'arrivée au purgatoire d'un homme politique actuel, dûment blanchi par la justice dans une affaire quelconque (de blanchiment d'argent par exemple), rencontrant ses homologues de l'Ancien Régime et se gargarisant d'avoir été blanchi. Stupeur et incompréhension des premiers face à cet individu hilare qui, pour eux, se vante d'avoir été reconnu coupable.
Jusqu'aux commis du purgatoire (ont-ils un nom ceux-là ?) qui, ne maîtrisant certainement pas les subtilités de l'évolution de la langue française, pourraient bien rediriger le nouvel arrivant vers les enfers.

Revenons maintenant à nos capitouls.
En 1715, Jean-Joseph de Pradines, (capitoul en 1694, puis de 1705 à 1708), est condamné pour crime de concussion et malversation. L'arrêt du parlement (AA27, n° 156) déclare qu'il sera pendu (par effigie, car il a tout de même pris la précaution de filer) et la chronique des Annales manuscrites (BB283, p. 4) précise qu'il sera blanchy des tableaux et des livres de l'Histoire de l'hôtel de ville ; le peintre Escoubé, sera chargé de cette opération (CC2733, n° 42).
Ce qui est un peu cocasse, c'est que, d'un côté on paie un peintre pour blanchir son portrait, et de l'autre, on commissionne quelqu'un (peut-être encore Escoubé) pour faire le portrait du même personnage, afin de pouvoir le suspendre à la potence lors de sa pendaison par effigie !
(s'il y en a qui ne savent toujours pas en quoi consiste une exécution par effigie, ils auront la réponse en téléchargeant le dossier des Bas-Fonds d'avril 2016).

Pour tout vous dire, si Jean-Joseph de Pradines a effectivement été blanchy, il aura certainement aussi été blanchi par la suite puisqu'on le retrouve à Toulouse en 1733, alors qu'il rédige son testament (Archives départementales de la Haute-Garonne, 3E6095, f° 2423-2425, Payan, notaire), dans lequel, apparemment blanc comme neige, il se dit ancien capitoul. Revêtu d'une nouvelle virginité, il s'éteindra finalement le 9 février 1739, à l'âge de 80 ans (GG714, f° 30).
Alors, est-il monté au Purgatoire ou en Enfer ? Qui saurait dire...

Jean-Joseph Pradines, le capitoul aux 50 nuances de blanc ?

Modèle du chariot de la Justice réalisé par Jean Vidal, charron. Ville de Toulouse, Archives municipales, CC2625, n° 102.
Modèle du chariot de la Justice réalisé par Jean Vidal, charron, 7 septembre 1624. Ville de Toulouse, Archives municipales, CC2625, n° 102.

Un aller simple sur le chariot de la Justice


janvier 2017

Imaginez un omnibus qui vous promène nonchalamment dans les rues anciennes de Toulouse, faisant station devant les principales églises et monuments de la ville, le temps de se dégourdir les jambes et admirer l'architecture.
Si vous vous croyez déjà dans le petit train touristique qui sillonne la ville aux beaux jours, vous n'y êtes pas du tout, car nous allons vous parler ici du chariot de la Justice.

Celui-ci faisait partie intégrante du processus de la justice, souvent lié à une condamnation à mort ou afflictive, dans cet acte préalable à l'application de la peine connu sous le nom « d'amende honorable ».

Le condamné (s'applique aussi au féminin) était ainsi promené dans la ville, en chemise, la hart au col, s'arrêtant devant telle ou telle église, un flambeau à la main, faisant pénitence en demandant pardon à Dieu, au roi et à la Justice ; puis la marche reprenait vers d'autres stations. On pouvait aussi s'arrêter devant la maison de la victime (dans le cas d'un meurtre ou d'un vol). Une fois l'amende honorable accomplie, le condamné revêtu d'une toute nouvelle virginité pouvait alors subir la peine fixée par la Justice. Ainsi le chariot, tel la barque d'Achéron des antiques, l'avait transporté jusqu'au pied du gibet (ou bûcher ou roue, c'est selon) dressé pour son passage vers l'au-delà.

Ce chariot de la Justice n'est probablement qu'un vulgaire tombereau qui, en temps normal, doit servir au ramassage des boues (ordures) ; toutefois, en 1624, la ville fait une commande spécifique au charron Jean Vidal d'un « charriot à quatre roues, en forme de carosse, pour apourter les pouvres patiens condempnnés à mort… ainsi qu'est demonstré par le modelle qu'est icy attaché » (CC2625, n° 101-102).

À ceux qui voudraient découvrir des gravures du chariot de la Justice en mouvement, une visite de l'exposition virtuelle, le rituel de l'exécution, présentée sur le site Criminocorpus s'impose.
À ceux enfin qui s'étonnent que nul dossier sur le sujet n'ait encore été livré dans la rubrique Dans les Bas-Fonds des Archives municipales, patience... votre tour viendra !

Inauguration Club 3e âge - Pique-nique à la Ramée. 21 juin 1975. Base de sports et de loisirs de la Ramée, 95 chemin de Larramet, Tournefeuille, Haute-Garonne. Reportage en présence de Pierre Baudis, maire de Toulouse, et de ses adjoints André Brouat et Antoine Osète. Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi143/4.

Pierre Baudis, maire de Toulouse (1971-1983)


décembre 2016

A l'occasion du centenaire de la naissance de Pierre Baudis, la ville de Toulouse a souhaité rendre hommage à celui qui en fut le premier magistrat de 1971 à 1983. A travers de nombreux documents iconographiques et audiovisuels, cette évocation permet aux Toulousains de rencontrer un homme, dont l'action politique débutée en 1958 ne s'acheva qu'avec son décès en 1997. Elle donne aussi à voir une ville où les grandes mutations urbaines et démographiques côtoient les vestiges du passé et les nécessités de la vie quotidienne.

Réalisée par les Archives municipales de Toulouse, cette évocation témoigne de la richesse des fonds photographiques conservés par cette institution, notamment celui de la direction de la Communication de la ville. A voir au Capitole du 16 décembre au 15 janvier.
La plongée dans ces reportages photographiques procure de savoureuses sensations car ils regorgent de pépites sur les transformations toulousaines des années 1970. En outre, Pierre Baudis prenait part aux diverses manifestations officielles et festives, avec beaucoup de bonhomie. La preuve en images grâce à celle du moi(s) de décembre.

Quel rapport entre cet hommage et la thématique de la lettre ? Tout simplement ce cliché, extrait d'un reportage daté de 1975 sur un pique-nique à La Ramée à l'occasion de l'inauguration d'un club de 3e âge, qui pourrait s'intituler Grille-party à la Ramée !

Cartel destiné à la punition d'une maquerelle. Placard imprimé sur papier (34 × 44 cm), 14 juillet 1775. Ville de Toulouse, Archives municipales, AA306/65.

Sous les arches du pont, Digue don-don, Sous les arches du pont on y trempe la maquerelle, Digue don-daine...


novembre 2016

En fredonnant les paroles données dans le titre, sur l'air de ..., chacun pourrait se voir transporté en tribune sur le pont couvert de la Daurade, ou le Pont-Neuf (selon les époques), en train d'assister à la punition aquatique d'une vilaine maquerelle.
Oui, car celles qui étaient reconnues coupables étaient trempées par trois fois dans l'eau de la Garonne, avant de subir la suite de leur châtiment (bannissement ou enfermement).

Comment s'y prenait-on ? Le système était relativement simple : tout commence par un petit tour en barque en compagnie de l'exécuteur de la haute justice (le bourreau). Il vogue ainsi avec la dame vers une pile de l'ancien pont (celui de la reine Pédauque). Là, se dresse la cage de fer avec sa poulie. La maquerelle est enfermée dans la cage, et notre bourreau actionne la poulie. Après trois « ploufs » successifs, l'appareilleuse est ramenée sur la rive, et la suite de sa peine peut prendre place. Celles encore grelottantes après une telle baignade virent-elles comme un soulagement la séance de fustigation qui les attendait ? On peut en douter.

Bref, à ceux qui voudraient en savoir plus sur cette pratique, nous leur conseillons vivement d'aller découvrir le dossier Haro sur la maquerelle, disponible et téléchargeable sur notre page des Bas-Fonds.

Vue panoramique de la Garonne avec le dôme de l'hôpital de la Grave. Cliché noir et blanc, sur plaque de verre positive, 8,5 × 10 cm. Auteur inconnu, début du 20e siècle. Ville de Toulouse, Archives municipales, 5Fi29.

Poudre d'escampette à l'espagnole


octobre 2016

Un petit saut en arrière nous emmène en 1642. En mars, les troupes françaises, commandées par le comte de la Mothe-Houdancourt remportent une bataille contre l'armée espagnole qui marchait au secours de la ville de Collioure.
On transfère 194 prisonniers de guerre afin de les enfermer à l'hôpital de la Grave. La suite nous est contée dans la chronique des Annales manuscrites de la ville de cette année-là (BB 279, chronique n° 314, p. 329-330) :
« Cella donna de grandes peines ausd[its] sieurs capitouls parce que il falut les nourrir pendant toute l'année aux despans de la ville […] mais de plus il falut les faire garder jour et nuict pour empescher qu'ils n'évadassent, et pour ce fere lesd[its] sieurs capitouls ne treuvèrent point de meilleur moyen que de les fere garder par les habitans de la ville […]. De sorte que entroint en garde tous les soirs avec le tambour battant cent hommes arméz ou plus, qui dem[e]uroint en garde vin[g]t-quatre heures, qui ne fut pas une petite espargne po[ur] la ville parce que si on eust faict garder ces prisoniers par de[s] soldats gagés, la ville se fut consumée en frais ».
Sauf que voilà, la nuit du 24 mai 1642 « qui fut fort obscure et venteuse, lesdits soldats prisoniers qui estoint dans la grand sale aiants percé la muraille du costé de la rivière au-dessoubs des fenestres où elle estoit moings espoisse et plus foible, quelques uns dessendirent bas dans la rivière avec une corde qu'ils avoint faict en partie de la toille de leurs chemises, laquelle attachèrent à la grille de fer desd[ites] fenestres, et ainsin s'en sauvèrent à la nage, de quoy ceux de la garde ny les sentinelles ne s'aperceurent point jusques au landemain matin qu'on void lad[ite] corde pendue ausdictes fenestres et le trou qui avoit esté fait au-dessoubs d'icelles. A cela leur aida l'obscurité de la nuict et le bruit tant de la paissière du molin du Basacle qui est là proche, que du vent d'Autan qui souffloict lors avec grand violence. Lesdicts capitouls en aiant eu advis, se rendirent incontinant dans led[it] hostel, vériffièrent le lieu, firent sortir tous les soldats qui estoint dans lad[ite] sale et firent remettre dans la basse-cour, firent tout fouiller et trouvèrent quelques petites barres de fer q[ue] lesdits prisoniers avoint caché soubs la paille de leurs licts. Et aiants veriffié le tout en informés du faict, treuverent que ceux qui s'estoint sauvéz avoint percé la muraille avec lesdits barres de fer qu'ils avoint esmoulé d'un bout avec quelque pierre du bastiment, et q[u]'aiants fait une ouverture assès grande pour passer, se confiants en ce qu'ils auroint attaché sur leurs testes avec des ficelles qu'ils tenoint avec leurs dents, et ainsin seroint dessendus bas dans la rivière l'un après l'autre et se seroint sauvéz ».

¡ Adios para siempre !

QVID NOVI ?


septembre 2016

Rémy Verdo, directeur des Archives municipales de Toulouse, septembre 2016. Cliché Julie Bonenfant. Ville de Toulouse, Archives municipales.

Quid novi ? Eh bien la réponse est toute trouvée : au 1er septembre, un conservateur tout neuf est arrivé pour prendre la direction des Archives municipales de Toulouse.

Tout neuf… en fait, pas tout à fait. Il a déjà servi au ministère des Affaires étrangères. Et qu'y faisait-il ? Eh bien, il pilotait des projets numériques, jonglant avec le record management, la GED, les métadonnées, le knowledge management, etc. Oups, ces termes ne vous disent rien et vous pensez que je vous parle latin ?

Bon, alors, reprenons. Rémy Verdo (puisque c'est son nom), est conservateur d'État, il est diplômé de l'École des chartes et de l'Institut national du patrimoine.
Attendez, je ne vous ai pas encore donné le titre de sa thèse : La reconfiguration du latin mérovingien sous les Carolingiens. Étude sociolinguistique des diplômes royaux et des réécritures hagiographiques (VIIe-IXe siècle). Là, je suis désolé, mais on va indubitablement parler latin... et encore, peut-être pas celui du Gaffiot de notre enfance studieuse.

Bref, en deux mots, Rémy Verdo est désormais à la tête des Archives de Toulouse, et il est aussi à l'aise avec le parler mérovingien que celui des informaticiens. Les jaloux voudront peut-être tester ses connaissances en occitan, mais comme il est originaire de Carcassonne, ça risque d'être difficile de le prendre en défaut là aussi.

Plan dressé suite à l'accident de la circulation survenu à l'angle des rues Pargaminières et du Coin du Sac. Dressé par Troy, féodiste. Ville de Toulouse, Archives municipales, FF 808, procédure # 112, du 31 août 1764.

Les voies de la justice vous sont désormais ouvertes


juillet-août 2016

Vous recherchez une maquerelle ? Vous êtes las des banales insultes entre automobilistes, et souhaiteriez en découvrir de plus tranchantes ou savoureuses ? Les brebis de votre voisin viennent sans cesse croquer vos laitues ? Votre épouse s'est faite traiter de gourmande, de truchande ? Et vous de fat, coquin et cartouchien ? Votre employé de maison a filé à l'anglaise avec deux mouchoirs ? Votre calvitie naissante vous fait balancer entre des implants, un traitement coûteux ou une perruque à l'espagnole ? Vous trouvez votre avocat décidément un peu mou de la manche dans l'affaire qui vous oppose à cette vieille tante aigrie ?

Nous vous avons compris ! Pour vous, il n'y a désormais qu'une seule voie à prendre : celle de la justice !

Détail d'un libelle diffamatoire (et anonyme) contre la nommée Jeanne Douat. Placard manuscrit sur papier. Ville de Toulouse, Archives municipales, FF 811 (en cours de classement), procédure du 23 décembre 1767.Afin de faire face efficacement et de pouvoir réagir à tous les problèmes qui vous assaillent, il vous faut absolument venir consulter les archives de la justice criminelle des capitouls. Vous y trouverez des réponses à toutes vos questions existentielles (perruque ou implants), des solutions à vos querelles de voisinage (rapport aux brebis de l'autre), un somptueux catalogue d'insultes (sur les routes encombrées des vacances), des idées et exemples pour une plaidoirie efficace (l'affaire de la vieille tante) ; bref, la liste des possibles semble infinie…

A ceux qui se trouveraient empêchés pendant ces deux mois de congés payés à la Grande-Motte, (ou dans la maison de famille - dont la vieille tante est usufruitière pour moitié), pas de panique.
Les archives criminelles viennent aussi à vous via Internet ; pour cela il suffit de se connecter à la page Dans les bas-fonds, d'où l'on peut télécharger tous les inventaires détaillés déjà disponibles, les dossiers thématiques, ainsi que certains fac-similés de procédures criminelles. De quoi vous occuper jusqu'à la rentrée avant de reprendre gaiement la route de vos archives préférées.

 

Usine d'incinération des ordures ménagères du Mirail, détail machinerie. Ville de Toulouse, Archives municipales, 15 Fi 2130/14.

Poussière, tu redeviendras poussière


juin 2016

Le centre de tri des déchets ménagers et assimilés de la ville de Toulouse, plus connu sous le doux nom d'« incinérateur du Mirail », participe à sa manière à inscrire les Archives dans le cercle vertueux du recyclage. Nous avions vu précédemment (Arcanes, mars 2016) que les documents produits par la collectivité n'ont pas tous vocation à être conservés pour l'éternité. Pour ceux qui n'auront pas l'illustre honneur d'intégrer les « greniers de l'histoire », après avoir constitué des années durant « l'arsenal de l'administration », un sort bien plus funeste les attend : la chaleur infernale des fours de l'usine. Par ce sacrifice vertueux, les archives honnies contribuent au chauffage de 10 000 logements toulousains et à l'autonomie électrique de l'usine, ça, c'est du développement durable ! Et c'est ainsi que d'année en année, des centaines de mètres linéaires d'archives produites par les services de la mairie de Toulouse sont détruites, sous le regard approbateur des Archives départementales, mais ceci est une autre histoire...

Coutume du Poitou, registre manuscrit, fin 15e siècle. Ville de Toulouse, Archives municipales, ii 695 (détail du premier feuillet).

Et si l'administration toulousaine était née dans une ferme du Poitou...


mai 2016

A parcourir l'inventaire de la série ii, vous y trouverez en toute fin un document bien étonnant : un recueil manuscrit des coutumes du Poitou, entièrement rédigé en français, et que l'on peut dater de la fin du 15e siècle.

Des cinq manuscrits de la coutume du Poitou encore existants et recensés en 1956, le plus beau, illustré de nombreuses vignettes, se trouve à Niort, un autre à Poitiers, deux encore à la BnF ; et notre exemplaire toulousain complète fièrement le quintet (quoique un peu surpris de se retrouver là).
En effet, que vient faire une incongruité pareille sur les rayonnages des Archives de Toulouse ? Qui s'est avisé de le déposer parmi des collections bien de chez nous ? Un farceur ? Un descendant de poitevin inexplicablement échoué à Toulouse ? Un ancien archiviste indéniablement plus féru de paléographie qu'il ne l'était de géographie ?

Et si nous passions du coq à l'âne ? Ou peut-être pas tant que ça... Intéressons-nous un instant à Guillaume de Podio. Celui-là les Toulousains peuvent dire qu'il était des leurs : notaire institué par les capitouls en décembre 1504, greffier du consistoire de la maison commune de 1510 jusqu'à son décès en 1522, l'homme œuvre donc pour la modernisation du fonctionnement des institutions de la ville et précède Pierre Salamonis, qui sera considéré comme le grand réformateur de l'administration toulousaine.

Alors, revenons-en au Poitou : voilà qu'on découvre, en fin de notre exemplaire du coutumier, les signatures de « G. de Podio » griffonnées sur deux pages vierges successives. Mince alors, ce volume aurait donc fait partie des collections de la ville depuis le début du 16e siècle ! Et si nous poussions le raisonnement un peu plus loin : pourquoi ne pas imaginer que Podio ait obtenu copie d'un tel document justement afin de pouvoir s'inspirer des sages préceptes poitevins dans sa réforme projetée de l'administration de la ville... Réforme qu'il ne put conduire à terme, mais que son successeur aura su exploiter et faire adopter.
Coïncidence heureuse : les 9 et 10 juin 2016, le Centre Toulousain d'Histoire du Droit va accueillir un grand colloque sur le thème de La coutume et les décisionnaires (XIIIe-XVIIIe siècles), ce qui offrira peut-être l'opportunité aux chercheurs de se pencher sur cet éventuel lignage intellectuel entre le Poitou et le Toulousain, et de trouver, dans l'organisation administrative de la ville depuis le 16e siècle, des traces, adaptations ou interprétations de certains chapitres ; bref, une influence de la coutume poitevine sous le soleil méridional.
En attendant notre coutumier va prendre le chemin de l'atelier de restauration afin de retrouver un peu de sa splendeur passée avant qu'il ne soit numérisé et mis à disposition des chercheurs (même des Poitevins) via Internet.

Eau d'arquebuse. Etiquette pour l'élixir curatif eau d'arquebuse des distilleries Benoît-Serres, sans date [début 20e siècle]. Ville de Toulouse, Archives municipales, 14 Fi 105 (détail).

J'ai huit secondes pour vous dire que...


avril 2016

A lire les verbaux dressés par les chirurgiens des 17 et 18e siècles au chevet de patients victimes d'accidents ou de coups et blessures, on s'attend à découvrir un véritable catalogue des potions prescrites pour soigner et soulager. Or il n'en n'est rien ! Si la formule « nous lui avons indiqué les remèdes indiqués en pareil cas » revient régulièrement, elle nous éclaire peu sur les drogues utilisées. Dans les cas de traumatologie crânienne, on note bien plusieurs mentions du « poumon de mouton » à appliquer sur la tête afin de calmer les douleurs et prévenir des accidents éventuels, le bouillon et le régime sont souvent prescrits, les saignées ne se comptent plus, mais de médication spécifique il n'en n'est qu'une qui soit clairement énoncée : l'eau de Suisse, ou vulnéraire de Suisse, ou encore l'eau d'arquebusade. Autant vous dire que le produit fait l'unanimité parmi les gens du métier, peut-être parce qu'il peut être utilisé à toutes les sauces : en infusion, « à la manière du thé », appliqué imbibé sur des compresses, ou encore en friction.

Bref, le vulnéraire de Suisse c'était de la Dynamite !

Et si l'on veut bien croire que ce sont les Suisses qui l'ont inventé, tous se mirent bientôt les imiter afin de produire une eau vulnéraire ; la distillerie toulousaine Benoît Serres, pourtant plus versée dans les apéritifs et autres boissons grisantes et euphorisantes, ne faisant pas exception à la règle.

Avatar de François Bordes, directeur des Archives municipales de Toulouse de 1998 à 2016. Dessin Inconito, 2013. Ville de Toulouse, Archives municipales.

Sonne l’heure de la promotion verticale


mars 2016

Après dix-huit années passées à la tête des Archives municipales de Toulouse, François Bordes est appelé à Paris où il va rejoindre le corps prestigieux des inspecteurs généraux des archives au sein du ministère de la Culture.

Des Landes natales à la prépa Chartes au lycée Fermat (Toulouse) ; de l'école des Chartes (rue de Richelieu, Paris IIe) à un premier poste de conservateur aux Archives d'Outre-Mer (Aix-en-Provence) ; une parenthèse sous les drapeaux de la nation (Aix-en-Provence toujours), portant l'élégant uniforme de l'aviation ; puis de la direction des Archives départementales de la Dordogne (Périgueux) à celles de Toulouse (rue des Archives), la carte des déplacements de François Bordes montre plus d'allées et venues du modèle horizontal ou latéral d'ouest en est et vice-versa, que de mouvements verticaux vers le versant nord des rives de la Loire.

Qu'en conclure ? Rien, si ce n'est que cette carte interactive va bientôt être complètement chamboulée, car on sait qu'un inspecteur général est appelé à arpenter le territoire, allant de bureaux de ministères en service d'archives, de halls de gares en tables d'hôtes d'auberges de campagne…
Quant à l'avatar qui ornait le compte Facebook des Archives de Toulouse, il est désormais mis en berne et remplacé par un logo.

Seringue-clystère, vers 18e siècle. Champlitte ; Musée Départemental Albert Demard. [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons.

Le joujou qui pourrait vous empoisonner la vie...


décembre 2015

Décembre s'avère être un véritable casse-tête pour les parents, grands-parents, parrains et vieilles tantes de tout poil. Il leur faudra trouver le joujou qui fera non seulement plaisir à l'enfant-roi, qui soit aussi dans la ligne de l'éthique familiale prônée par ses géniteurs, mais encore qui serve à son bon développement psychologique, physique, et autres aspects aussi s'il en existe.
Une recherche frénétique d'une idée de joujou dans nos fonds d'archives anciennes a bien failli se solder par un échec, et ce n'est qu'in-extremis que nous avons pu trouver trace d'un jouet d'enfant. Il y a fort à parier que l'objet plairait toujours à vos rejetons ou à ceux de vos enfants, mais gageons que peu d'adultes en feront l'acquisition ce Noël-ci.
A la fin de l'Ancien Régime, ce jouet – le seul qui apparaisse au détour des documents – est une « seringue », seringue à eau s'entend. Quelques enfants plus farceurs ou plus habiles que d'autres auront réussi à s'attirer ainsi les foudres de leurs congénères puisque deux procédures de justice criminelle ont pour origine l'usage malencontreux de ces ancêtres des pistolets à eau de notre enfance.
En août 1755 une aubergiste témoigne avoir vu le nommé Royer prendre de l'eau avec une petite seringue dans un pot de terre où elle faisoit rafraichir les liqueurs. Le chenapan va ensuite asperger l'épouse Descazeaux en accompagnant son geste de quelques insultes pour la bonne mesure (FF 799/6, procédure #160).
En mars 1760, c'est le fils du parfumeur Delongchamp qui se fait remarquer avec son joujou : il commence par asperger les filles d'un boulanger, avec une petite seringue qui ne pouvoit pas contenir plus d'un dé d'eau, plaisir innocent vous en conviendrez, mais le jeune garçon va ensuite invectiver le boulanger avec une rime maison : Mitron mange un étron, avant d'agacer le grand-père avec une badine de roseau. La spirale de la violence dans laquelle le garnement s'est engagé atteindra son paroxysme avec un jet de pierres (FF 804/2, procédure #051).
Seringue toujours, mais version adolescent retardé ou potache cette fois... Revenons en août 1755. Au cours d'une conversation entre compatriotes irlandais, Sullivan, étudiant en médecine, se trouve en désaccord avec MacCarthy, étudiant en théologie. Le premier décide alors de se « venger » et fait envoyer un garçon chirurgien au séminaire des Irlandais, avec mission de demander ledit MacCarthy et de lui appliquer un lavement. On imagine aisément le scandale dans le collège lorsque le chirurgien portant un gros clystère à la main, frappe à toutes les portes en demandant MacCarthy ! (FF 799/6, procédure #168).
Ce facétieux détournement de seringue est à mettre au crédit de la nation irlandaise dont, hélas, on méconnaît encore trop souvent l'humour grinçant.

« Livre des proxenettes », 1756-1790. Registre non folioté. Ville de Toulouse, Archives municipales, HH 97 (détail de la page de garde).

Toute ma vie j'ai rêvé d'être…


novembre 2015

On a tendance à s'imaginer que les archivistes sont des professionnels compétents, des spécialistes des anciens documents administratifs, des fanatiques de la paléographie… et c'est vrai. Mais savez-vous que ces femmes et ces hommes, archivistes par choix et passion bien réelle, ont aussi dans un recoin de leur cœur un feu qui brûle pour un autre métier, une autre vie rêvée ?

Ils vous feront découvrir ce mois-ci ce qu'ils auraient bien pu être si la vie en avait décidé autrement.

Toute ma vie j'ai rêvé d'être… un proxénète !

Depuis l'âge de quinze ans j'ai été attiré par ce métier. Pourquoi, je ne saurais vraiment dire ; ce qui est certain c'est que j'aime particulièrement le contact humain ; et puis il faut reconnaître que le goût des belles choses m'a toujours habité. Une petite boutique confidentielle, bien agencée, deux ou trois assistantes, pas plus. Là j'aurais pu offrir à mes clients un service personnalisé, leur faisant bénéficier de mes conseils avisés.

Aux habitués dont j'aurais connu les goûts particuliers, j'aurais eu cette attention délicate de les prévenir lors d'un arrivage spécial, d'une pièce de collection particulièrement bien tournée… Mon salaire ? Le seul plaisir de voir repartir un client satisfait.

Bref, j'aurais réellement aimé être un proxénète, mais la vie en a décidé autrement, et -sans vouloir le lui imposer- je caresse le doux rêve que ma fille, une fois majeure, embrasse un jour cette belle carrière. G***, 54 ans.
 

PS : Est-il utile de préciser que les « proxenettes » toulousains sous l'Ancien Régime étaient en fait des personnes tout à fait respectables puisque, pour exercer, ils devaient produire un certificat de bonne vie et mœurs ? Car leur métier consistait alors à revendre de vieux vêtements. Des fripiers en quelque sorte.

Charge de pistolet extraite du corps du sieur Cailhol, mars 1786. FF 830 (en cours de classement).

Justice et expertises médico-légales à Toulouse au 18e siècle, une mine qui reste à exploiter.


octobre 2015

On s'imagine bien que les procédures de la justice criminelle renferment les procès-verbaux d'autopsie des malheureux égorgés dans nos ruelles sombres ; cela est vrai, mais leur étude n'apporterait pas grand intérêt tant les cas de meurtres sont rares.

Verbal de blessures dressé par Delpech, maître chirurgien, en faveur de Joseph Tap, garçon chirurgien, 13 novembre 1750. Ville de Toulouse, Archives municipales, FF 794/6, procédure # 199, pièce n° 2 (sur 5).En revanche on ignore trop souvent la présence de centaines de « verbaux de chirurgiens », ces certificats dressés par les hommes de l'art qui décrivent les blessures de leurs patients molestés, les soins et remèdes qu'ils apportent pour les soulager, et où l'on retrouve souvent une estimation du temps nécessaire jusqu'à complète guérison, voire aussi de la durée de l'incapacité de travail de la victime.

Forts de cela, les plaignants versent cette pièce capitale au dossier de la procédure entamée pour coups et blessures, document qui dans leur esprit devra immanquablement faire condamner leur agresseur (et éventuellement leur assurer un coquet dédommagement).

Attention, avant de vous lancer dans la lecture de ces documents, il faudra bien entendu garder à l'esprit que le chirurgien qui rédigeait un tel verbal « en son âme en Dieu » était aussi au service de son patient (qui le payait) et n'hésitait donc pas à faire preuve d'un sens de l'exagération et de la théâtralisation.

L'année 1750 nous offre ainsi pas moins d'une trentaine de pièces rédigées par les chirurgiens, telle celle-ci faite en novembre en faveur de Joseph Tap, garçon chirurgien, victime de coups reçus lors d'une rixe au billard.

 

Visuel de l'exposition Toulouse en vue(s) 1515-2015.

Toulouse en vue(s) 1515-2015


septembre 2015

A compter du 11 septembre, et jusqu'au 10 janvier 2016, les Archives municipales présentent, en collaboration avec le couvent des Jacobins, une superbe exposition : « Toulouse en vue(s), 1515-2015 ». Nous fêtons en effet, et ce n'est pas tous les ans qu'on peut le faire, un 5e centenaire, celui de la première représentation réaliste de notre ville. C'est pour nous l'occasion de présenter au public quelques-uns de nos trésors cartographiques, qu'ils soient manuscrits, gravés ou imprimés, et de réfléchir au sens même de ces représentations. Guide-Souvenir de Toulouse. Dessiné par Ed. Lefranc, Domfront (Orne). Vers 1950. Carte postale N&B, 14 x 9 cm, imprimé. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9 Fi 4671.

Elles ont pris parfois, dans cette longue histoire, une forme un peu particulière, comme ce plan touristique des années 1950 qui fit l'objet d'une carte postale.

Il est vrai qu'à une époque où les moyens de communication n'étaient pas aussi nombreux ni performants qu'aujourd'hui, la carte postale représentait un des meilleurs modes de promotion de la ville. L'originalité de ce « Guide-souvenir » est qu'il est dessiné non pas par un Toulousain mais par un citoyen de Domfront, dans l'Orne, qui a signé son œuvre. L'on y remarque la place privilégiée qu'y tiennent le Capitole et la basilique Saint-Sernin, mais également les deux gares Matabiau et Raynal.

 

 

Série d'emblèmes adhésifs représentant la croix occitane. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9 Fi 4849.

D’une langue vulgaire à l’autre.


juillet-août 2015

Il est amusant de noter que sous l'Ancien Régime le terme de langue vulgaire était couramment utilisé pour qualifier cette langue que nous appellerons maintenant « l'occitan » (ou le « roman » selon nos archivistes de la fin 19e - début 20e).

Langue de l'oralité, mais aussi usitée dans des ouvrages de littérature forts estimés, cet occitan n'avait pas droit de cité dans les archives de la commune. En effet, la langue de l'administration était le français. Il est donc très rare pour l'archiviste ou le chercheur de découvrir un texte en langue vulgaire dans nos fonds.

Mais si nous faisons un bond en arrière (disons quelque temps avant l'ordonnance de Villers-Cotterêt), la langue vulgaire n'est plus l'occitan, mais bien le français ! Scribes et greffiers rédigeaient alors leurs actes en latin.

Donc, les fonds anciens d'archives publiques ne devraient receler que des pièces en deux langues : le latin pour les plus anciens d'entre eux, puis le français depuis 1539.

D'où l'intérêt pour l'archiviste d'avoir bien appris ses déclinaisons latines (quoique pas toujours respectées dans les documents rencontrés), ainsi que d'avoir évidemment de solides notions de français ; et tant pis s'il maîtrise aussi parfaitement l'occitan, ça ne lui est quasiment jamais utile au travail.

Les brèves qui vont suivre auront donc été de réelles gageures pour des archivistes qui à priori n'auront jamais eu le bonheur de lire un document en occitan, et dont les seuls moments de rencontre avec la langue chantante se font via les annonces au microphone dans le métro.

11-12.06.68 Mai 68. Nuit d'émeutes. Manif. Barricades. Dégâts. Nuit du 11 au 12 juin 1968. Vue d'ensemble de la constitution d'une barricade : au 1er plan amas de pavés et panneaux de signalisation ; en arrière-plan étudiants en train de décrocher des pavés. Vue de nuit. Cliché pris durant les événements de Mai 68 à Toulouse. André Cros. Négatif N&B, 6 x 6 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 53 Fi 1025.

Je conteste, tu t'opposes, ils pétitionnent...


juin 2015

La contestation ou l'art de savoir dire non au sein des archives n'est pas qu'une question d'opinion c'est aussi un sujet de diplomatique -et là je parle de la science de l'étude des documents officiels et non pas des relations parfois tendues entre États ou personnes !

Le conflit fait souvent l'objet d'une procédure dans nos fonds : contestations de propriétés ou de limites de celles-ci, rejet de ventes ou des modalités de mises en œuvre. Elles sont d'ailleurs abondantes les affaires décrites dans les fonds de la justice et police de l'Ancien Régime (série FF) quelque soit le nom qu'elles portent.

Le mot pétition est peut-être celui que l'on risque de trouver en plus grand nombre dans les archives publiques. Mais attention, il ne s'agit pas toujours de LA pétition, signée par un groupe d'opposants. Ce mot désigne souvent un « écrit signé adressé aux pouvoirs publics, qui exprime une opinion, une demande, une plainte, une protestation, un vœu, d'ordre particulier ou général ». C'est la raison pour laquelle il est fréquemment utilisé pour qualifier les demandes d'autorisation d'urbanisme (plus de 64 000 dossiers dépouillés à ce jour !).

Malgré tout, des pétitions, au sens de la revendication, on en trouve de tout temps et elles ont pu être accompagnées d'actes de rébellion comme lors des manifestations de Mai 1968 et des semaines suivantes par exemple.

N'oublions pas cependant que le refus peut grandir certains hommes. Tout est affaire de contexte ! L'entrée en Résistance qui a permis la Libération de la France en est la preuve. Mais comment l'oublier en 2015, année de célébration du 70e anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale ?

Souris aux Archives, 2015.

Des souris aux archives


mai 2015

Les relations entre les archives et les rongeurs sont à géométrie variable.

Dans le domaine de la conservation dite préventive, lorsque la souris n'empiète pas sur le territoire des hommes, l'archiviste la considère avec beaucoup d'indulgence. En revanche, dès qu'elle pointe le bout de son nez dans l'objectif de grignoter les documents anciens ou récents, elle est pourchassée avec opiniâtreté et sans merci.

Comme sujet d'étude au sein des dossiers d'archives, on en trouvera la trace aussi bien dans les questions relatives à l'hygiène et à la santé que dans les livrets d'opéra, qu'elle soit chauve ou pas, et même dans la description d'un diplôme de l'école des Beaux-Arts de Toulouse.

Si on pourchasse la souris dans les collections iconographiques, on s'aperçoit qu'on lui a taillé un costume, en particulier pour le ballet Cendrillon de Serge Prokofiev. Mais la gredine a aussi laissé la trace de ses quenottes sur quelques cartes postales de la Grande Guerre...

S'il y a en revanche un domaine où la souris dispense autant de joie que d'agacement, c'est celui de l'outil informatique :

- Ah... le bonheur de découvrir, d'un clic, des archives sur le sujet qui nous intéresse !

- Hum, hum... la recherche qui nous oblige à cliquer sans fin avant d'éventuellement parvenir à consulter la référence ou le document numérisé tant espéré.

- Oh... le plaisir de voir des lecteurs satisfaits de leur consultation et des fruits de notre travail !

- Pfff... le public insatisfait car nos 13 800 mètres linéaires ne sont pas tous numérisés... ou lorsque certains refusent de toucher à la petite bête car rien ne vaut le papier ?

Mais à la fin, l'archiviste garde toujours l'espoir qu'elle nous aide à réaliser notre travail de... fourmi pour partager et transmettre un patrimoine commun.

Ordonnance de police portant défenses à toutes sortes de personnes de s'assembler dans ladite ville, ses fauxbourgs & gardiage pour y livrer des combats à coups de pierres, vulgairement appelez campe, a peine du fouët pour la première fois, & des galeres perpetuelles en cas de récidive, etc. Placard imprimé, 24 octobre 1738. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB 165, f° 176 (détails).

"Mens sana in corpore sano", ou un sport bien de chez nous.


avril 2015

Il est des sports où les règles semblent ardues pour les joueurs comme pour les spectateurs, des sports où les subtilités sont difficiles à saisir pour le profane. Je pense particulièrement au cricket outre-Manche et dans l'ancien Empire britannique.
Le méridional de l'ancien temps, le Toulousain plus particulièrement, affectionnait un sport relativement simple, ne nécessitant presque pas d'équipement particulier, et qui pouvait se pratiquer sur tout type de surface et par tout temps.

Présentons ici la campe, sport national toulousain, qui aura passionné la jeunesse quelques siècles durant en notre belle cité.

Le nombre de joueurs ?
Sans importance, deux au minimum, plusieurs centaines si ça vous chante.

Les tenues, casaques, maillots, équipement ?
Inutile. Quoique la possession d'une fronde apporte au joueur un avantage certain.

Le terrain dédié à ce sport, les tribunes pour le public ?
Que nenni, ça se joue où l'on veut ; aussi bien sur les terrains vagues hors les murs que dans les rues de la ville. Quant au public, y assiste qui veut… à ses risques et périls.

Les règles ?
Malheureux ! Il n'y en a pas.

L'arbitre ?
Surtout pas !! Les capitouls et la troupe du guet ont quelquefois voulu jouer les arbitres en intervenant pour faire cesser le "match", avec des bonheurs divers : en 1738, le commis d'un capitoul "ayant voulu de l'ordre de son bourgeois mettre le holà et menacer les campeurs de la part des magistrats eut le vizage gâté de quelques coups de pierre et quelques contusions à la tête pour avoir voulu se mêler à contretemps de ce qui ne le regardoit pas".

Mais alors qu'est-ce donc que la campe ?
La campe est tout simplement un sport où deux partis opposés se jettent des projectiles (en principe des galets) : le vainqueur sera celui qui fera reculer le parti adverse.
Sport viril par excellence, il est la cause d'accidents graves et même mortels (le dernier répertorié fut un joueur en octobre 1741), de dégradations de lanternes publiques, maisons et boutiques.
Rajoutons que ce sport fut régulièrement interdit par les capitouls et le parlement, mais sans réel succès jusqu'au milieu du 18e siècle.

 

Ordonnance de police portant défenses à toutes sortes de personnes de s'assembler dans ladite ville, ses fauxbourgs & gardiage pour y livrer des combats à coups de pierres, vulgairement appelez campe, a peine du fouët pour la première fois, & des galeres perpetuelles en cas de récidive, etc. Placard imprimé, 24 octobre 1738. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB 165, f° 176 (détails).

Ordonnance de police portant défenses à toutes sortes de personnes de s'assembler dans ladite ville, ses fauxbourgs & gardiage pour y livrer des combats à coups de pierres, vulgairement appelez campe, a peine du fouët pour la première fois, & des galeres perpetuelles en cas de récidive, etc. Placard imprimé, 24 octobre 1738. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB 165, f° 176 (détails).

[Réactions aux attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015]. Place du Capitole. 8 janvier 2015. Reportage photographique couvrant l'hommage rendu sur la place par les Toulousains aux victimes et en soutien à la liberté de la presse suite à l'attentat perpétré dans les locaux du journal satirique "Charlie Hebdo" : bougies, témoignages écrits, dessins, projection "Toulouse est Charlie" sur la façade de l'hôtel de ville. 31 clichés. Patrice Nin. Photographies couleur numériques, 5184 x 3456 pixels. Ville de Toulouse, Archives municipales, 15 Fi 11380/7.

Où est Charlie... Aux Archives ! Après le recueillement la préservation des témoignages.


fevrier-mars 2015

Au matin du 16 janvier 2015, les Archives de Toulouse, mandatées par Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, ont entrepris le sauvetage des témoignages déposés devant la façade de l'hôtel de ville par les Toulousains en hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo. Sous la pluie, le directeur, une partie de l'équipe Collecte, la restauratrice, la photographe et un agent chargé de la numérisation, ont sélectionnés 511 documents et objets évoquant la solidarité toulousaine envers les victimes des attentats et leurs famille, ainsi que la liberté de la presse nécessaire dans tout pays démocratique. Julie Bonenfant, la photographe, a pris 115 clichés lors de cette collecte exceptionnelle (4 Num 1).

Seuls les documents originaux et ceux qui étaient récupérables après les dégradations subies par les intempéries, notamment, ont été apportés aux Archives, pour y être conditionnés, classés, numérisés et publiés dans la base de données des Archives dans les mois à venir, après avoir fait l'objet d'une restauration.
Mais les photographes de la Direction de la communication ont réalisé plusieurs reportages remarquables sur « Toulouse est Charlie », la marche républicaine du 10 janvier et les rassemblements ou actions suscités par cet événement. Ces clichés numériques ont été traités en lot (15 Fi 11376 à 11387) et sont en partie accessibles en ligne dans la base de données des Archives. En outre, un particulier s'est présenté spontanément pour nous remettre ses photographies des témoignages déposés sur la façade du Capitole (4 Num 1).

Vous pouvez les consulter en ligne notamment par l'index Organismes Charlie Hebdo.

Les documents et les reportages feront certainement l'objet d'études historiques ou sociologiques dans l'avenir. Ils pourront être mis en regard avec les écrits des collectes effectuées par les archivistes des autres collectivités telles que Rennes.

Thermo-hygromètre électronique portatif en veille dans les magasins du fonds ancien des Archives de Toulouse. Cliché Archives de Toulouse, 2015.

Votre archiviste local, un caméléon thermique au service de la préservation de la mémoire de l'humanité.


Janvier 2015 Imaginez-vous passer 24 heures dans la peau d'un archiviste des temps modernes.

Bref, en ce jour de janvier le temps est beau, les températures extérieures annoncées oscillent entre -1° et 15°; de toute façon peu importe en réalité car l'archiviste travaille généralement sous abri.

8h30. A votre arrivée aux Archives, vous vous débarrassez de votre pardessus et cache-nez (ça revient à la mode, l'archiviste n'y est pas insensible) et gardez juste un tricoté maille fine pour marquer la saison ; tout est parfait, la salle de lecture dans laquelle vous allez officier indique 21,5°.

10h00. La chaleur des néons, la foule des lecteurs, l'agitation des neurones des chercheurs ou de leurs ordinateurs, tout cela fait monter la température de la salle de lecture ; le thermomètre indique désormais 22,5°. Une douce torpeur allait éventuellement vous gagner quand une demande précise d'un document iconographique requiert votre présence au magasin 4, celui où sont rangés clichés, bandes sonores et vidéos.
Choc ! Vous pénétrez brusquement dans le Petit Âge Glaciaire ; en effet, derrière la porte de ce magasin ronronne une machine qui pulse l'air à 15°. La maille fine ne suffit pas, et c'est avec soulagement que vous ressortez de la pièce, votre document en main. Las, il ne vous sera pas loisible de retourner près d'un radiateur, votre document doit immédiatement être transféré dans une pièce à 18°c où il passera 48 heures afin de s'acclimater au changement de température.
Les textes réglementaires ne prévoyant rien quant aux chocs climatiques auxquels peuvent être exposés les archivistes, vous quittez incontinent la salle à 18°, et remontez en surface retrouver les 23° d'une salle de lecture où la température ne cesse de grimper.

13h30 Après avoir eu des mots avec un lecteur récalcitrant qui imaginait pouvoir pénétrer en salle de lecture avec un blouson (sacrilège !) et vous être échauffé afin de lui faire comprendre que les règles de sécurité prohibent le port de tout complément vestimentaire, votre température corporelle est montée à 37,5°.

15h00 Les rayons de soleil qui percent le ciel de février inondent la salle de lecture. Vous intervenez aussitôt en fermant les stores de la salle de lecture. Les grognements réprobateurs de certains chercheurs vous laissent insensible ; les documents ne doivent pas être exposés au soleil ! Le thermomètre indique maintenant 23,7°, vous passez en mode de vigilance accrue.

16h00 Vous avez alerté la direction, la barre des 24° est atteinte ; le danger est réel, les documents communiqués en salle de lecture courent un risque. La procédure d'évacuation et d'exfiltrage de toutes les archives vers leurs magasins tempérés à 21° est prête à être mise en place.

16h45 Un lecteur a tenté d'ouvrir une fenêtre de la salle de lecture. Vous êtes sujet à un nouveau coup de sang (votre température corporelle avoisinant les 37,6°) mais votre professionnalisme vous contraint à rester courtois mais ferme : aucune fenêtre ne peut être ouverte en salle de lecture, sécurité oblige !

16h55 La séance publique touche à sa fin, les lecteurs sont invités à restituer les archives qu'ils consultent et rentrer chez eux pour le goûter. Les échanges d'air frais obtenus par les battements de la porte de sortie permettent de faire redescendre la température à 23°.

17h10 La courbe de Fahrenheit démontre qu'une fois les ordinateurs et luminaires éteints la pièce retrouvera dans l'heure une ambiance à 22°, et passera la nuit autour des 21° ; vous pouvez donc quitter la salle de lecture sans crainte pour les documents laissés en réserve, et reprendre votre pardessus et cache-nez afin de rejoindre votre domicile et vous fondre dans la masse des civils insouciants et insensibles aux variations climatiques.

 

Thermo-hygromètre mécanique portatif en veille dans les couloirs des Archives de Toulouse. Cliché Archives de Toulouse, 2015.
MARCONIS, Robert et VIVIER, Julie. 150 ans de transports publics à Toulouse, Toulouse : Éditions Privat, 2010, première de couverture. Archives municipales de Toulouse, 3341.

Circulez, il y a beaucoup de choses à voir !


décembre 2014

Dans un grand territoire urbain comme Toulouse et son agglomération, qui deviendra au 1er janvier prochain une véritable « métropole », la question des transports revêt une importance stratégique.

En effet, sans circulation des biens et des personnes, sans échange, cette entité vivante se paralyse et risque l'asphyxie. Entretenir des voies de communication performantes est ainsi à ne pas négliger, d'autant que Toulouse possède beaucoup d'atouts dans ce domaine : un aéroport, le projet acté d'une ligne TGV, un fleuve « parfois » navigable, des canaux, un tramway, deux (et peut-être bientôt trois) lignes de métro, qui circulent désormais jusqu'à trois heures du matin les vendredis et samedis soirs, un projet de téléphérique urbain et un important réseau d'infrastructures routières qui, il est vrai, commence à montrer ses limites.

C'est donc un sujet riche et passionnant que se propose de vous faire découvrir l'équipe d'Arcanes à travers les collections des Archives municipales.

Et pour vous mettre en appétit à l'approche des fêtes de fin d'année, voici une petite bibliographie non-exhaustive des richesses de notre bibliothèque sur le sujet.

Au plaisir de vous retrouver en 2015 !

Monument aux morts des quartiers Bayard-Matabiau-Concorde-Chalets. La Civilisation protégeant une torche allumée,symbole de la vie. Œuvre du sculpteur Léo Laporte-Blairsy. Cliché et tirage Julie Bonenfant, 2014. Ville de Toulouse, Archives municipales de Toulouse.

Comme un parfum d'immortalité


octobre-novembre 2014

Le 11 novembre a revêtu cette année une connotation un peu particulière puisqu'il y a 100 ans démarrait le premier conflit mondial. Cette guerre qui devait se terminer en quelques mois, va durer au final plus de quatre ans et laisser exsangue toute l'Europe. La France, pour sa part, a perdu plus de 1 500 000 de ses enfants.
Au lendemain du conflit, le besoin de mémoire et de reconnaissance va s'affirmer comme une nécessité. Le mouvement commémoratif qui se développe dans tout le pays n'est pas impulsé par l'État mais naît d'actions locales émanant de la population. Souvent touchées par des deuils multiples, les familles désirent faire revivre les absents pour témoigner de leur sacrifice et leur rendre hommage. Comme partout ailleurs, Toulouse va mettre toute son énergie à se souvenir de ses morts en édifiant plus de 80 monuments commémoratifs à la mémoire de ses enfants tombés pour la France dans les différents quartiers mais aussi dans les églises, les universités, les écoles, les administrations, les casernes, les entreprises... chacun désirant faire graver pour la postérité le nom de ses disparus.

Dans le cadre de ce centenaire, les Archives ont souhaité évoquer ces événements en proposant diverses manifestations en lien avec les monuments aux morts, hérauts de cette histoire :

  • une exposition L'Art du souvenir, un autre regard sur les monuments aux morts toulousains de la guerre 1914-1918. Photographies de Julie Bonenfant pour redécouvrir ces œuvres : du 01/11/2014 au 04/01/2015 à la Galerie de l'Œil de l'Espace EDF Bazacle ;
  • un ouvrage L'Art du souvenir. Les monuments commémoratifs de la guerre 1914-1918 à Toulouse. Région Midi-Pyrénées - Mairie de Toulouse ;

L'Art du souvenir. Les monuments commémoratifs de la guerre 1914-1918 à Toulouse. Région Midi-Pyrénées - Mairie de Toulouse

  • une carte thématique Sur les traces de 14-18 dans www.urban-hist.toulouse.fr  ;
  • un parcours dans l'appli mobile gratuite Urban-Hist à télécharger sur Google Play et l'AppStore;
  • une table ronde Sur les traces de la Grande Guerre dans la ville, mardi 16 décembre à 18 heures à la Médiathèque José Cabanis, organisée à l'occasion de la sortie de deux ouvrages coédités par les Archives municipales  de Toulouse avec François Bordes, Louise-Emmanuelle Friquart, Cédric Marty et Fabrice Pappola, animée par Olivier Loubès.
La Gabio de Tounis,- Anonyme, XVIIe, 22 x 18 cm, [4]p, Patois de Toulouse, Archives municipales de Toulouse, 5 S 209 (détail)

Pour une rentrée en musique, Arcanes vous emmène faire un petit voyage au pays de la chansonnette.


septembre 2014

Tout le monde sait qu'il y a peu de temps, c'est-à-dire deux ou trois siècles, les chants s'élevaient dans le chœur des églises et retentissaient sur la scène de la salle de spectacle. Donc tout le monde imaginera sans peine les autres lieux où les Toulousains pouvaient également exercer leur organe et faire profiter leurs contemporains de leur justesse dans des mélodies plus profanes ou populaires.
Essayons de traiter là de ces chants, chansonnettes, voire airs que les uns fredonnaient en battant le linge à la rivière, les autres en éclusant un énième uchau de vin au cabaret, d'autres encore en sciant une poutre ou élevant un mur.

Mais voilà, l'imagination a ses limites, et les archives aussi. Où espérer trouver le texte d'une chanson, la mention même qu'on ait chanté ? Les archives publiques sont des archives sérieuses, pleines de documents administratifs. Alors oui on y trouvera de belle pages de comptabilité, des délibérations à foison, encore, mais de chant que nenni.
Pas tout à fait, car il nous reste encore la série FF qui renferme, entre autres, la justice criminelle des capitouls. Là, le lecteur attentif fera des découvertes au hasard d'une audition de témoin, d'un procès verbal d'officier du guet, ou d'interrogatoire de suspect. Petite sélection avant d'inviter à découvrir une chanson de 1700 cachée dans un des articles de ce numéro d'Arcanes.

1780, le nommé Lama (déjà) chante deux ou trois chansons avec des femmes du quartier de Tounis, puis se dit qu'il boirait bien du vin. La suite n'a rien à voir mais on vous le dit quand même : il se bat avec le tavernier et se fait assommer avec « une bouteille de verre anglais ». (FF 824, affaire du 26 septembre).

1780, une femme témoignant dans une affaire de prostitution, tient absolument à raconter ce qu'elle chantait : "quand un pou me chagrine, qu'il trouble mon repos, je le prends par l'échine et lui casse les os". Elle explique au capitoul que c'est là la chanson des Pouilleux, alors que celui-ci aimerait plutôt savoir ce qu'elle a vu ou entendu (FF 824, affaire du 26 septembre).

1735, le 15 août, vers les 10 heures du soir, un témoin se tient près du puits de Pouzonville "chantant une chanson", il doit alors probablement arrêter son chant car il aura été couvert par le flot d'insultes déversé par l'accusé contre le plaignant (FF 779, affaire du 16 août 1735).

1735, un jeune étudiant en médecine regarde les joueurs de billards "en murmurant une chanson" et se fait alors traiter de « fat et de maquereau de plusieurs filles » (FF 779, affaire du 18 novembre 1735)

1755, un homme arrêté pour comportement suspect fait du tapage dans les prisons et dérange ses camarades d'infortune par ses chants continuels de cantiques. Il essaie même de se jeter dans le puits. Alerté, les capitouls entendent le trublion, il leur répond qu'il est « de la famille de la première maison qui a été bâtie à Toulouse », et entonne immédiatement un nouveau cantique. (FF 799, affaire du 20 septembre 1755).

calas, toulouse, protestant, affaire, voltaire
Les Adieux de Calas à sa famille. Jean-Jacques BESTIEU. Peinture à l'huile sur toile, 1776-1800, 70 x 104 cm. Ville de Toulouse, Musée des Augustins, inv. 89 4 1

Mais pourquoi donc Calas ne fait-il pas recette au box office ?


juillet - août 2014
Comment une affaire qui a tant fait couler d'encre depuis plus de deux siècles n'a-t-elle jamais encore été réellement portée à l'écran ?
    Certes, La caméra explore le temps proposa en 1963 une petite reconstitution de l'affaire Calas ; certes j'allais encore oublier que Reusser et Moreau présentèrent en 2007 Voltaire et l'affaire Calas, un téléfilm avec Claude Rich en vedette.

    Mais comment expliquer ces deux seules productions télévisées alors que la bibliographie sur le sujet est vertigineuse, alors que toutes sortes de thèses circulent (ou ont circulé ; car il faut convenir que de nos jours tous semblent s'accorder à reconnaître l'innocence de Jean Calas, sans savoir pourquoi pour autant) ?

Bref, que manque-t-il donc au script pour en faire un « blockbuster » ?

    Un crime pour commencer ? Nous l'avons. Tout au moins un cadavre enveloppé de mystère : suicide, assassinat ?
    Un coupable ? Justement, les ingrédients sont là pour apporter le suspense : personne n'avoue, et le suspect n°1, Jean Calas, revient même sur ses déclarations faites lors de son premier interrogatoire.
    Un enquêteur charismatique ? L'histoire a choisi de ne se souvenir que du capitoul François-Raymond David de Beaudrigue, et lui donne un bien mauvais rôle. Certes, ses « états de service » antérieurs plaident en faveur de l'homme droit, tenace, qui ne recule devant rien pour que justice soit faite. Toutefois son nom serait à changer, « Beaudrigue » suffirait et collerait mieux au personnage d'un détective-magistrat.
    Des experts ? Mais il n'en manque pas ; depuis les légistes qui vont pratiquer l'autopsie, jusqu'au maçon qui expertisera le piton auquel la corde aurait été accrochée.
    Des complications inattendues pour pimenter le script ? Elles ne manquent pas : les tensions protestants/catholiques, avec entre autre l'arrestation puis l'exécution des frères Grenier et du Pasteur Rochette ; un enterrement de la victime solennel, pompeux, frisant le grotesque ; une procédure qui traîne plusieurs mois en appel devant le parlement.
    Un final haletant ? La torture (scènes coupées au montage), suivie de l'exécution à mort de Jean Calas qui continue à clamer son innocence (autres scènes à couper au montage), un bannissement pour le reste de sa famille.

    Voilà, le thriller Calas reste à être filmé, avec ou sans l'intervention remarquée de Voltaire.

    Mais par pitié, mesdames et messieurs les producteurs, ne répétez pas les erreurs grossières des auteurs qui vous ont précédés ! Lisez d'abord attentivement les pièces de la procédure, et si vous avez un stagiaire sous la main, demandez-lui de compulser des ouvrages de droit criminel de l'époque, ses fiches de lecture vous seront utiles.
« Satire contre Marion D... », poésie en alexandrins. Archives municipales de Toulouse, FF 784, n° 34, détail (en cours de traitement).

Poésies interdites


juin 2014

Ville des muses de la poésie, des troubadours Peyre Vidal à Peyre Godoli, de Vestrepain à Victor Hugo (oui, en 1819 le jeune Hugo concourut au Jeux Floraux et reçut pour prix le Lys d'Or), Toulouse a été la patrie, de naissance ou d'adoption, d'un grand nombre de poètes qui se sont exprimés aussi bien en langue d'oc qu'en langue française.
Nous avons choisi de délaisser les Jeux Floraux pour nous tourner vers ce peuple toulousain qui s'est toujours piqué de vers et de belles rimes.

Pour cela, nous sommes allés rechercher les plus beaux exemples dans la série de la justice (FF) qui vient ce mois-ci d'intégrer six nouveaux ensembles de cotes (FF 714, FF 734, FF 754, FF 774, FF 794 et FF 814). Ces dossiers comprennent l'ensemble des procédures criminelles instruites par les capitouls respectivement en 1670, 1690, 1710, 1730, 1750 et 1770.

Le lien avec la poésie dans tout ça, me direz-vous ?
Parmi ces procédures, on trouve en fait de nombreuses affaires d'insultes et de diffamation, et pour notre plus grand bonheur, on découvre que des chansons rimées ou des poésies (diffamatoires !) pouvaient être à l'origine de ces procès. Et certains de ces textes manuscrits ou imprimés ont heureusement été conservés comme pièces à conviction dans ces procédures.

« A la poumpozo è grosso tailluro de la carriero des Capeliès, qué s'apélo M... D... », poésie en langue d'Oc. Archives municipales de Toulouse, FF 784, n° 56 (en cours de traitement).

 

« A Marie de ja... Soup.., cabaretiere à l'afrechoir d'Arnaud-Bernard », chanson-poésie manuscrite. Archives municipales de Toulouse, FF 793 (en cours de traitement).

En-tête d'une chanson diffamatoire contre Marie…, dite Marion l'édentée, cabaretière, mars 1749. Archives municipales de Toulouse, FF non coté (ancien 101 B 225).

Où sont les femmes ? Ou, comment briser l'étrange silence de nos sources d'archives sur les femmes sous l'Ancien Régime.


mai 2014

C'est un fait : le champ d'étude des femmes dans les archives anciennes de la ville est extrêmement restreint. Les actes de l'administration font peu état du beau sexe.
On tendrait presque à l'oublier, mais les hommes tenaient tous les offices de l'administration et, par conséquent, aussi la plume. La majorité des textes anciens dans nos archives ne fait exister les femmes que parce qu'elles sont « les filles de », « épouses de », ou « veuves de ».

Alors quelle place tenaient donc ces femmes dans le Toulouse d'Ancien Régime ?
Quelles sources pourraient effectivement nous permettre de les situer, de les voir vivre, travailler (oui monsieur, car elles travaillaient), et même de les entendre ?

Un fond d'archives va bientôt être mis à disposition de nos aimables lecteurs. Ce fonds, d'une richesse exceptionnelle, nous a été remis en 2007 par les Archives départementales de la Haute-Garonne. Il contient les procédures de la justice des capitouls entre 1670 et 1790. L'étude de ces actions menées en justice nous permet enfin de découvrir les femmes sous toutes les coutures : autopsies pour les plus infortunées, verbaux de chirurgiens pour celles voulant se plaindre d'agressions, lettres d'amours jointes au procédures pour les jeunes filles délaissées par des amants volages, témoignages divers de femmes ayant assisté à une agression, etc., jusqu'aux insultes des femmes, véritable lexique d'un langage fleuri et particulièrement inventif malheureusement passé de mode.

Avouez qu'après cette énumération vous en avez l'eau à la bouche.
Vous souhaitez désormais entreprendre des recherches sur la condition de femmes, les relations amoureuses, les costumes, les métiers ou ouvrages des femmes, les jurons féminins, la violence entre femmes… il vous faudra encore patienter jusqu'à la prochaine livraison d'Arcanes, celle du mois de juin qui vous ouvrira les portes de ce monde merveilleux.

En attendant, il ne vous reste plus qu'à lire le numéro actuel d'Arcanes, entièrement consacré au "beau sexe".

En-tête d'une chanson diffamatoire contre Marie…, dite Marion l'édentée, cabaretière, mars 1749. Archives municipales de Toulouse, FF non coté (ancien 101 B 225).

Plainte de Guillemette Marchand et Françoise-Hypolite Loubeau, mère et fille, 10 août 1780. Archives municipales de Toulouse, FF non coté (ancien 101 B 341).

Explosion de la Poudrerie en 1816 (gravure sur bois), dans le Bulletin municipal de la ville de Toulouse, décembre 1939, p. 696. Archives municipales de Toulouse, PO1/1939.

C'est le retour du printemps ! Brûlons donc Monsieur Carnaval, rallumons barbecues et planchas, et entretenons la flamme du savoir...


avril 2014

Vaste programme, me direz-vous.... C'est vrai que je me suis peut-être un peu « enflammée », et que cette lettre d'informations ne vous donnera ni conseils en déguisement, ni recettes de grillades. Pourtant, depuis toujours, Toulouse aime jouer avec le feu... et ce nouveau numéro d'Arcanes va vous en apporter la preuve.

Saviez-vous par exemple qu'en 1463, près des trois-quarts de la ville médiévale furent réduits en cendres par un grand incendie ? Ou que la Poudrerie royale de Toulouse, créée au 17e siècle, a connu deux siècles plus tard au moins six explosions (qui nous sont relatées par Fernand Pifteau dans le Bulletin municipal de la ville de Toulouse 1/2 2/2 ?

Feux d'artifices, canons, mousquets, magasins à poudre, fours ou forges : on peut dire que cette fois-ci nous avons fait feu de tout bois... Espérons que vous ne nous en tiendrez pas rigueur et même que vous apprécierez notre baptême du feu !

2 rue de la Pomme, détail d'un médaillon, 2008. Photographie Nathalie Le Barbier, retouchée. Archives municipales de Toulouse, IVC31555_20143100262NUCA.

En mars 2014, les Archives sont dans le Rouge !


mars 2014

Pour la seconde édition de la Biennale Passage(s) Design, Arts & Transmission ayant pour thématique la couleur Rouge, les Archives participent à deux événements :

- le samedi 22 mars présentation de « L'inflation des Branes », installation immersive qui propose au visiteur un voyage à la vitesse de la lumière, à travers un espace-temps mouvant jusqu'aux régions « décalées vers le rouge » : vers la lumière la plus ancienne, provenant de l'horizon cosmologique. Œuvre réalisée par les étudiants de l'option animation de l'IUP Couleur Image Design, en collaboration avec Ludwig, artiste plasticien.
Archives municipales de Toulouse, de 10 h à 20 h (à 18 h rencontre avec les artistes).
Pour en savoir plus...


- le mercredi 26 mars à 15h : « Terres Cuites », promenade dans Toulouse « La céramique architecturale : un ornement en terre cuite dissimulé ». Présentation sur le terrain, en avant-première, du parcours virtuel proposé sur le site Urban-Hist et sur son application mobile avec la participation de Laure Krispin, chargée de l'Inventaire du patrimoine de la ville de Toulouse et de Pierre Gastou, responsable de l'iconothèque des Archives.
Visite sur inscription (contact.passages@gmail.com), RDV devant le Donjon du Capitole.
 

Huile Couder. 28, rue Saint-Rome. Toulouse. La meilleure des huiles de table. Portrait en couleurs, d'une jeune fille assise tenant une rose. Petit calendrier mois de décembre 1914. Calendrier, Sirven, B (imprimerie), Toulouse-Paris, 1914, gouache, 39 x 24 cm. Archives municipales de Toulouse, 45 Fi 456.

Ciel mon calendrier ! Ou de la nécessité de suivre une formation "Savoir gérer son temps au regard de ses objectifs" ?


février 2014

Parfois l'archiviste, tel le lapin blanc d'Alice - celle qui vivait au pays des merveilles - ne cesse de courir après le temps. Ah l'époque (bénie ?) où l'archiviste mettait dix ans pour décrire pièce à pièce quelques documents et savourait la victoire d'y être parvenu avant son départ à la retraite !

Aujourd'hui, nous sommes dans le temps qui fuit trop vite. Celui où l'on vous demande sans cesse de répondre à des questions pour hier ; où l'on s'étonne qu'avec l'informatique et la numérisation tous les documents ne soient pas accessibles directement en appuyant sur un bouton... Et non, les documents ne sortent pas des boîtes tous seuls pour être scannés. Ils ne se nomment pas sans aide et ne s'organisent pas magiquement dans de beaux dossiers structurés en arborescence cohérente. Ils ne se décrivent pas non plus automatiquement pour alimenter les bases de données dont nous disposons. Pas de magie sans magicien !

Gérer son temps, le mesurer, le perdre, le gaspiller, en gagner, l'observer, en accorder, le partager... donner de son temps, être de son temps, avoir le temps surtout. En fait, il faut peut-être juste prendre le temps, non ? Oui, inscrire de prendre du temps dans le calendrier avant le mois de décembre...

Quinquina Calisia. Suprême régénérateur. Anti dépérditeur. Guerre 1914-1918. Affiche publicitaire pour le quinquina Calisia fabriqué par Albert Cadon à Léré (Cher), reproduisant le dessin d'un poilu et d'un tommy (soldat anglais) trinquant ensemble. Texte : « A ta santé Tommy, la victoire est certaine, d'puis qu'on boit « Calisia », on peut la dire prochaine! ». Mention en bas à gauche : « Affiches Géo Desains, 35, rue Laffitte, Paris ». Timbre affiche en bas à droite et n° de visa 7826. Affiche, Géo Desain (dessinateur), Affiches Géo Desains, Paris, lithographie, 121 x 79 cm. Archives municipales de Toulouse, 11 Fi 40.

Il y a les inconditionnels des vœux du nouvel an.


janvier 2014

Il y a ceux qui vous souhaitent les vœux parce que ça fait maintenant onze mois qu'ils attendent cela (oui, rappelez-vous l'an passé ils l'ont fait du 1er au 31 janvier), puis ceux qui le font parce qu'il faut le faire.
Parmi les inconditionnels des vœux, il y a ceux qui vous souhaiteront du bonheur et de l'amour, puis ceux qui mettront la réussite et l'argent en premier.

Et vous dans tout ça ? Vous qui n'avez que faire de cette corvée des vœux ? Comment allez-vous vous en sortir ?
Comment ne pas froisser votre voisin, votre chef de rayon, votre administré, ou encore la crémière qui se fend même d'une bise ?
Alors comment offrir des vœux du nouvel an en faisant plaisir à chacun ? Ou comment répondre aux vœux des gens en leur faisant plaisir et ne rien laisser passer de votre agacement ?

Arcanes est parvenu à la conclusion qu'il n'y a qu'une solution.
Untel vous présente ses vœux, vous lui renvoyez un sourire magnifique et vous dès que vous sentez qu'il va conclure son énumération de bonnes et belles choses qu'il vous souhaite, vous l'interrompez en lui assénant un : « … et la santé surtout ». Vous allez voir, ça va faire merveille.

Ça ne vous coûtera pas trop, et cette année enfin vous ne pourrez plus être qualifié de « mufle des vœux ».

Et maintenant, puisque nous y sommes, parlons donc de santé.