Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

Miroir ! - juin 2017


DANS LES ARCANES DE


Vue aérienne du cours de la Garonne en aval du pont Saint-Pierre, 22 octobre 1973. Direction de la communication - Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi2292/1.

Dans le rétroviseur


juin 2017

Je me souviens… Il est doux, parfois, de contempler les fragments du passé dont la mémoire garde la trace. Bribes d'une histoire auxquelles les archives et les découvertes archéologiques donnent un certain relief.
Pierre s'interroge sur la mode du selfie en faisant un bond dans l'histoire de la photographie jusqu'à son invention par Daguerre au milieu du 19e siècle. Audrey s'intéresse au journal Le Miroir, hebdomadaire photographique du début du 20e siècle et Soazig se penche sur une question d'esthétique essentielle : le "ravalement de façade", urbain bien sûr. Marc se pose d'antiques réflexions en franchissant allègrement le gué. Emmanuelle rit de se voir si belle en ce miroir alors que Géraud se demande qui est la plus belle !
Grâce à ces petits miroirs de courtoisie, Toulouse se dévoile un peu pour nous.

 

Les images suivantes se font, quant à elles, l'écho d'un passé plus tumultueux, témoignant de la puissance redoutable de la Garonne. Elles présentent un mois de juin catastrophique qui, aujourd'hui encore, est la référence en matière de politique de prévention du risque inondation. En effet, le 23 juin 1875 s'est produite la grande crue qui a marqué les esprits à Toulouse.
Grâce à Joseph Provost et son fils, photographes officiels des inondations, de nombreux clichés mettent en images le récit de cet événément mémorable.

ZOOM SUR


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Portrait d'une femme âgée de 23 ans, 16 juillet 1855, daguerréotype 1/4 plaque, 22,5 x 23 cm. Fançois Gobinet de Villecholle dit Franck, Furioux – Ville de Toulouse, Archives municipales, 17Fi43 (détail).

Le miroir aux alouettes


juin 2017

S'il fallait retenir quelque chose de l'évolution des pratiques photographiques de ces dix dernières années, ce serait sûrement l'avènement du selfie. De mon collégien de neveu au président des États-Unis, tout le monde doit désormais se conformer à ce nouvel usage sous peine de ringardise. Les smartphones sont devenus les miroirs dans lesquels se mire notre époque. Faut-il s'en inquiéter ?

D'aucuns y voient un symptôme du narcissisme ambiant. Certes, mais le selfie existait bien avant le 21e siècle, il s'appelait juste l'autoportrait. Et d'ailleurs, il fut un temps où les photographies étaient de véritables miroirs. Un daguerréotype n'est pas autre chose qu'une plaque de cuivre recouverte d'une couche d'argent polie, sur laquelle est impressionnée une image inversée, comme un reflet.

On remarquera, comme c'est le cas ici, l'air contraint du sujet. Cela s'explique par le temps de pose qui pouvait parfois dépasser trente minutes. Pour éviter tout mouvement durant cette phase, on utilisait des mécanismes de maintien du corps qui pouvaient s'apparenter à de véritables instruments de torture. Mais que ne ferait-on pas pour devenir immortel ? Et, en même temps, si c'est pour avoir une éternelle tête de nœud...

DANS LES FONDS DE


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Le Miroir : entièrement illustré par la photographie, Paris : (s.n.), 4e année, n° 40, 30 août 1914, première de couverture (détail). Ville de Toulouse, Archives municipales, PRE6/40.

Quand la presse reflète l'actualité d'une époque


juin 2017

Celles et ceux qui ont un jour entrepris de faire des études d'histoire contemporaine le savent bien : hormis les sources primaires, que constituent les documents d'archives, il existe une autre mine remarquable d'informations, dont la richesse mérite bien un dépouillement souvent fastidieux : la presse.

Nationale ou locale, généraliste ou spécialisée, elle est toujours, et par essence, le reflet d'une société à un moment donné, le témoignage d'une époque.

Malheureusement, cette ressource est très fragile. La netteté de l'impression est parfois approximative, la qualité du papier souvent médiocre et les encres typographiques particulièrement acides. Sans parler des pliages divers et successifs, des conditions de livraison et de réutilisation éventuelle, qui peuvent l'altérer définitivement et rendre plus difficile sa conservation.

Pour essayer de préserver ce qui peut l'être avant l'autodestruction programmée, la Bibliothèque nationale de France a lancé depuis quelques années un plan de numérisation des titres de presse à l'échelle du pays. Avec ses partenaires, comme le pôle associé Midi-Pyrénées, elle organise le traitement des collections expédiées sur ses chaînes de numérisation, consultables ensuite dans Gallica.

C'est ainsi qu'un hebdomadaire national, « curieusement » nommé Le Miroir, est devenu accessible en ligne. Notre collection l'est ainsi devenue à son tour.

Boucherie des Puits-Clos, projet de transformation de la devanture, 1947. Ville de Toulouse, Archives municipales, 708W3 (détail).

Miroir, mon beau miroir !


juin 2017

Dis-moi qui a la plus belle enseigne ! Telle était la supplique quotidienne des agents du service de l'Esthétique Urbaine.

Ce service, rattaché à la Direction de l'Urbanisme, avait pour mission de se prononcer sur les modifications de devantures de commerce, les poses d'enseignes, et plus généralement sur tous les travaux susceptibles d'impacter l'apparence générale de la cité.

Une minuscule fiche de renseignements à remplir, un plan du projet, voire quelques photos de l'état initial à joindre au dossier, et le tour était joué ! Pas de chichi, avec le Bureau d'Esthétique, ça passe ou ça casse !

 

DANS MA RUE


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Carte publicitaire pour la manufacture de miroirs J. F. Breton, illustrée par Jan Metteix. Vers 1900, Lahille et Blaissou (éditeurs), carton, 8,5 x 14,5 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi436.

Je ris de me voir si belle en ce miroir !


juin 2017

Même si elle n'est ni la Castafiore ni la Marguerite de Faust, c'est pourtant ce que semble se dire cette jeune femme, parée de ses bijoux, qui, tenant un miroir dans une main, se recoiffe délicatement de l'autre.

Elévation du 31 rue Croix-Baragnon. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2017, n.c.

Ornant un tract publicitaire pour une manufacture de miroirs et de vitrages, cette silhouette élancée a été esquissée dans un style art nouveau par l'illustrateur et caricaturiste Jan Metteix, très actif à Toulouse dans le 1er quart du 20e siècle. En effet, ce dernier croque régulièrement les hommes politiques locaux dans le journal satirique « Le Cri ». Il publie également durant la Grande Guerre plusieurs séries de cartes postales patriotiques, qui conservent toutefois un certain mordant et dont la majorité ont été regroupées dans l'ouvrage des Archives municipales « Drôle de Guerre ».

Les bureaux de la manufacture sont installés au 13 rue Saint-Étienne, actuel 31 rue Croix-Baragnon. Cet édifice, dont la façade sur rue date du dernier quart du 19e siècle, possède une architecture soignée. Sa tonalité claire évoque la pierre tandis qu'aux étages, des pilastres superposés et des balcons filants animent la façade.

SOUS LES PAVÉS


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Musée Saint-Raymond, Miroir étrusque en bronze gravé de la fin du IVe siècle avant J.-C., Carte postale, Edition d'Art Larrey, Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3826.

Antique réflexion


juin 2017

Avant l'invention du miroir moderne combinant verre transparent et feuille métallique réfléchissante, on utilisait durant l'Antiquité du métal brut poli pour essayer de capter son image. Les Étrusques fabriquaient des miroirs en bronze dont le dos était orné d'un décor gravé. Le Musée Saint-Raymond de Toulouse a la chance d'en posséder un bel exemplaire représentant un devin, dénommé Calchas, examinant des entrailles. Sa provenance reste inconnue, mais n'est vraisemblablement pas régionale.
En ce qui concerne Toulouse, il faut s'intéresser au gué du Bazacle pour trouver trace de miroirs antiques. En effet, cette zone de hauts-fonds de la Garonne, située au nord de la ville ancienne, a été explorée par les archéologues au début des années 1970. Plusieurs fragments de miroirs romains y ont alors été découverts mais, cette fois-ci, c'est l'argent qui avait été utilisé, de préférence au bronze (qui est peut-être quelquefois difficile à couler ?).
Que faisaient-ils là ? Un de nos ancêtres gallo-romains, traversant le cours d'eau à pied et découvrant que ses traits se reflétaient parfaitement dans l'eau, a-t-il décidé de se débarrasser de son miroir devenu inutile ? L'a-t-il plus simplement perdu lors d'un faux pas ? Il y a une explication plus logique. Les berges de la ville ont servi de dépotoirs pendant des siècles et des milliers d'objets ont ainsi été entraînés par le courant. Or le Bazacle, premier obstacle qu'ils rencontraient dans leur dérive, est un seuil rocheux parsemé de trous. Les objets métalliques, les plus lourds, s'y sont trouvés naturellement piégés.

PS : Archéologie en bords de Garonne, visites guidées gratuites les 16 et 17 juin à 14 heures dans le cadre des Journées nationales de l'archéologie.

EN LIGNE


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Décors, tableaux et sculptures des salles de l'hôtel de ville dit Capitole : salle des illustres. (2016). La belle Paule par Henri Rachou. Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num9/6 (détail).

Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle


juin 2017

« ayant en vostre ville de Tholose la Paule,
vous avez la plus belle femme qui soit d'un pôle jusqu'à l'autre pôle »

S'il faut en croire nos aînés, Toulouse peut s'enorgueillir d'avoir élevé en son sein la plus belle femme du monde : La belle Paule.
Paule de Viguier, la jeune fille à la beauté légendaire.

Paule de Viguier, dont la beauté aurait littéralement ébloui François Ier quand elle lui remit les clefs de la ville, lors de son entrée en 1533 (légende toutefois infirmée par les documents d'archives, en particulier le procès-verbal de l'entrée du roi et de sa suite).


Paule de Viguier mise à nu et exposée par Gabriel de Minut, son cousin, dans « La Paule-graphie », curieux ouvrage édité à Lyon en 1587. Là, il la détaille intégralement, commençant par ses cheveux et les différentes parties de son visage si parfait, descendant et s'attardant sur sa gorge, frôlant ses « tétins », glissant ensuite jusqu'à son ventre, s'aventurant même dans les contours de « la sortie des enfants », avant d'arrêter sa plume sur les fesses de la belle Toulousaine.


Plus tard, Henri Rachou, dans une toile plus empreinte de modestie, l'immortalisera paraissant à son balcon et s'offrant au regard émerveillé des habitants. Les incrédules peuvent toujours venir la contempler au Capitole, en la salle des Illustres (vue 6).

Et si la légende a fait sienne la Belle-Paule, Paule de Viguier se découvre aussi à travers les archives ; par exemple avec son testament enregistré le 26 septembre 1607 par-devant le notaire Bessier et qui est désormais conservé aux Archives départementales de la Haute-Garonne.