Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

Censure - mars 2017


DANS LES ARCANES DE


Original du mémoire remis par Malvaisin aux capitouls le 17 octobre 1703. La justice ordonnera ensuite qu'il soit biffé, bâtonné et lacéré. Ville de Toulouse, Archives municipales, FF747 (en cours de classement), procédure # 088, du 19 octobre 1703.

Biffé, bâtonné, lacéré : bref, censuré


mars 2017

En 1703, Jean-Jacques Malvaisin n'est encore qu'un petit greffier de l'hôtel de ville.
Fougue de la jeunesse ? Idéalisme exalté ? Mauvais calcul ? Il va s'attaquer à François Dandrieu, un ancien capitoul ayant toujours un pied à l'hôtel de ville ; et quel pied, puisqu'il est assesseur des capitouls, c'est à dire qu'il les assiste dans l'exercice de la justice. Inutile de vous dire qu'il a le bras long.
Le 19 octobre 1703, Jean-Jacques Malvaisin transmet aux capitouls un mémoire dans lequel il détaille les malversations de François Dandrieu.
Las, Jean-Jacques est encore un peu tendre, son mémoire lui revient en pleine face : il se retrouve lui-même attaqué en justice pour diffamation et fausse accusation. Pot de terre contre le pot de fer, son adversaire est autrement plus puissant qu'il n'imaginait.
En conséquence, le 9 novembre une sentence est rendue par les capitouls et Jean-Jacques se voit condamné à faire des excuses publiques, suspendu de son office de greffier (pour 8 jours seulement) : en outre, son mémoire sera rayé, biffé et lacéré. Bref, il est censuré.
Le petit greffier a probablement appris de ses erreurs, car plusieurs années plus tard, il est à son tour nommé capitoul.

ZOOM SUR


.

Joseph Delmas en costume d'Adam. Atelier Vidal. 1861 ou 1862, Eugène Trutat. Négatif N&B, 12 cm x 9 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 51Fi91 (détail).

Vu


mars 2017

Le mois de mars accueille la fête des grand-mères, suivie de peu par la journée internationale du droit des femmes. Après, plus rien, à part peut-être le printemps, le renouveau, les bourgeons, le retour de la sève, la vie, tout ça. Ce n'est pas pour rien que le mois de mars était le premier mois de l'année avant que Jules César ne s'en mêle, mais ce n'est pas notre sujet. En revanche, il me plaît de penser que la figure divine, symbole de la guerre, de la force, de la virilité, de l'homme (diantre !), abrite en son sein la petite journée dédiée aux droits des femmes, perdue parmi une horde d'autres journées hostiles. Comme si les femmes se logeaient quelque part sur une côte, brindilles apportant aussi dans leurs bourgeons vie et renouveau. Finalement, le monde est fait de contradictions, d'imbrications, souvent en faveur des uns et au détriment des unes.

Qui censure, pourquoi, et que censure-t-on ?

Le pouvoir (je vous incite à vous rapprocher des ouvrages de Michel Foucault pour comprendre que le pouvoir est partout, se loge dans chaque relation sociale, et n'est pas nécessairement le produit d'une hiérarchie). Pour se protéger d'un danger. Il censure donc tout ce qui pourrait mettre en cause son pouvoir et l'ordre qui en découle. Finalement, pour résumer, on censure pour protéger l'organe qui censure. On empêche de savoir, parce que chacun sait que la connaissance est dangereuse. Regardez où la soif de savoir a conduit ce pauvre Adam, lui qui se ramollissait doucement le cerveau bercé d'illusions, d'équité, et de fruits défendus. Heureusement qu'Eve l'a aidé à sortir de sa torpeur, lui a montré la vérité en face. Rendez-vous compte ! Il n'aurait jamais su que nous serions condamnés à vivre nus, avec une pancarte noire sur nos attributs, privés de jus de pommes, entourés de serpents dans un monde où les frères s'entretueraient et la grande majorité des femmes n'aurait leur mot à dire...

Revenons à notre mouton, qui n'est pas censuré, lui, du moins pas dans les archives en ligne. Photographié par Eugène Trutat, il fait partie de la collection des Toulousains de Toulouse en dépôt dans nos magasins, comme les près de 3000 plaques de verre numérisées et accessibles en ligne du fonds 51Fi.

DANS LES FONDS DE


.

Spectacle de magie. Fonds photographique fabrique Giscard, photographie stéréo colorisée, 8,5 ₓ 17 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 46Fi1375 (détail).

AbraCADAbra !


mars 2017
Pas de mystère, les archives publiques sont accessibles à tous, et ce depuis la Révolution française, excusez du peu ! Accessibles, oui, mais à toute règle il y a des exceptions, et dans ce domaine bien précis on les appelle « délais de communicabilité ». En effet, tout document qui comporte des informations protégées sera infailliblement soustrait aux regards des citoyens pour une durée allant de 25 à 120 ans selon les cas. Le plus souvent, la restriction survient lorsque les archives contiennent des données à caractère personnel, le but premier étant de protéger la vie privée de l'individu concerné. Et oui, la liberté d'accès des uns s'arrête là où commence la vie privée des autres !

Si vous souhaitez malgré tout consulter des archives non communicables, il est possible de demander une dérogation. Le précieux sésame vous sera accordé si et seulement si la consultation de ces documents ne conduit pas à « porter une atteinte excessive aux intérêts que la loi entend protéger ». En cas de refus, vous pourrez toujours faire appel, abracadabra, à la Commission d'Accès aux Documents Administratifs, également compétente en matière d'archives publiques, avant de tenter, last but not least, votre chance au tribunal administratif.

Diableries, n° 65 : Une nuit en enfer. A. Block (Paris), photographie stéréo N&B, 8,5 ₓ 17 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 46Fi1412 (détail).

L'Enfer n'existe pas


mars 2017

Cela fait maintenant plusieurs années que je vous parle régulièrement de la bibliothèque des Archives : de ses ouvrages, de ses collections, de son catalogue. Elle n'aura bientôt plus de secrets pour vous.

Elle reste pourtant un petit paradis hors du temps, où des ouvrages du 16e siècle cohabitent avec d'autres à peine parus, tout juste sortis des presses, dans une sorte d'osmose thématique et scientifique. Ce qui les lie, c'est l'histoire de Toulouse et de ses habitants, de sa culture et de ses industries.

Elle ne connaît pas la censure. Bien sûr, elle fait l'objet d'une politique d'acquisition raisonnée : elle ne peut en effet viser à l'universalité. Mais on n'exclut pas un livre à cause de sa mauvaise réputation… : il n'y a donc pas d'Enfer dans notre bibliothèque. Les seules restrictions qui s'appliquent concernent l'état de conservation du document : s'il est trop mal en point pour être consulté en salle de lecture, il devient alors incommunicable.
Mais cet état n'est pas forcément définitif. Après un passage à l'atelier de restauration et/ou de numérisation, il peut regagner son statut, physiquement ou virtuellement.

Alors, n'hésitez pas à consulter notre catalogue en ligne : tous nos ouvrages vous y attendent !

DANS MA RUE


.

Hôtel du Journal "Le Télégramme" et rue Constantine. Vers 1920. Merlin Eugène (photographe), carte postale n&b, phototypie, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4611.

Télex : Retour de la Censure pour la presse - stop


mars 2017

Journal "Le Télégramme". Les services de la publicité. Vers 1940. Le Télégramme (éditeur) ; Séréni (photographe), carte postale n&b, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi6392.La presse française entièrement libre depuis la loi du 29 juillet 1881 renoue avec la censure à la demande des militaires au début de la Grande Guerre. Comme ailleurs, les journaux toulousains, au nom de l'Union sacrée, suivent dans les premiers mois du conflit les recommandations de l'armée. A cette époque, quatre organes de presse ont pignon sur rue à Toulouse : La dépêche du Midi, L'Express du Midi, Le Midi socialiste et le Télégramme. Auparavant rue d'Alsace-Lorraine, ce dernier s'installe en 1912 dans un nouveau bâtiment situé en léger retrait des boulevards Lazare-Carnot. Il est agrandi à partir de 1923 par un nouveau corps de bâtiment au caractère plus industriel.
Le Télégramme, façade principale. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2017

Le bâtiment d'origine, situé à l'angle, s'impose par une façade au style architectural très marqué. Ses murs polychromes, faits de pierre et de brique sont coiffés par le gris bleuté du toit à haut comble couvert d'ardoise. Cet ensemble, si peu toulousain, évoque des modèles du nord de la France. Il est signé par les frères Isidore, Raymond et Antoine, qui réaliseront également le monument aux morts de Toulouse situé au cimetière Salonique.
Un escalier mène à la porte monumentale couronnée par la balustrade fermant le balcon supérieur. Au-dessus, une inscription sur fond d'or « Le Télégramme » rappelle toujours le journal. Une grande attention a été également portée au décor sculpté (reliefs, masques, consoles, pointes de diamant…) ainsi qu'à la ferronnerie.
Selon les plans, le rez-de-chaussée accueillait, entre autre, la salle des dépêches, la salle des linotypes (machines sur lesquelles étaient tapé les textes et qui créait les matrices servant à l'impression), le bureau de l'administrateur. Le sous-sol était réservé au tirage : dépôt de papier, salle des rotatives, salle des départs tandis qu'à l'étage prenait place des salons parloir et les salles de rédaction.

SOUS LES PAVÉS


.

« Ci-gît un non-préhistorien »... Sépulture du chanoine Pouech au cimetière de Sabarat (Ariège). Photographie Marc Comelongue, Toulouse Métropole, Service de l'inventaire patrimonial et de l'archéologie.

Des hommes préhistoriques, il n'y en a point...


mars 2017
Les archéologues actuels ont peu de problèmes avec la censure (à part avec quelques comités de lecture particulièrement tatillons...). Mais certains de leurs prédécesseurs ont pu pratiquer l'auto-censure, tout particulièrement ceux qui étaient aussi religieux. Nous ne parlons pas ici de l'abbé Breuil et de ses contemporains qui surent réconcilier Foi et Préhistoire, mais de la génération précédente dont l'un des plus connus dans notre région est l'abbé Pouech (1814-1892) qui fut chanoine de Pamiers. Il a été le premier explorateur des grottes et des dolmens de l'Ariège où il découvrit les traces des premiers habitants de nos contrées qu'il qualifia certes de pré-celtiques, mais encore « enfants de Noé ».
Lors de ses premières investigations dans la caverne du Mas-d'Azil, il imagina même d'abord que les silex qu'il trouvait avaient servi de briquets pour allumer des feux aux protestants qui s'étaient retranchés dans la grotte lors du siège de la ville voisine en 1625. L'anecdote est véridique et, parmi les assiégeants catholiques commandés par le maréchal de Thémines, ce furent d'ailleurs les Toulousains qui furent choisis pour essayer, sans succès, d'investir ce refuge souterrain. Pourquoi cette troupe en particulier ? Peut-être parce que certains d'entre eux connaissaient déjà cette immense grotte qui depuis déjà au moins un siècle servait de mine de salpêtre, matière première que les marchands de Toulouse achetaient pour fabriquer leur poudre noire.
En 1873, à l'occasion de la découverte d'un éléphant fossile près de Pamiers, la presse signala que l'abbé Pouech possédait une collection concernant l'homme préhistorique. Dans un droit de réponse cinglant, il répliqua : « Des hommes préhistoriques, il n'y en a point. Au point de vue chrétien, ce terme, homme préhistorique, est un non sens ou une hérésie... Quand je vois mon nom rapproché de ce terme fâcheux, que je repousse si énergiquement cependant, de peur d'en être en quelque sorte rendu garant et solidaire, je ne puis, je ne dois, je ne veux en aucune manière le laisser passer sans protestation. Je possède, c'est vrai, des ossements humains trouvés exactement dans les conditions de ceux qu'on appelle préhistoriques, mais ils ne sont pour moi que les os des enfants d'Adam, et probablement aussi de Noé. Je ne sors pas de la Bible. »
Le chanoine Pouech est souvent présenté comme l'un des pionniers de la Préhistoire. Peut-être devrions-nous cesser de le qualifier ainsi ? Cette réflexion est venue à l'auteur de ces quelques lignes lors d'une visite sur sa tombe au village ariégeois de Sabarat. « Ci-gît un non-préhistorien », en quelque sorte... Pour les taphophiles invétérés, la sépulture de l'abbé était localisée sous le porche de l'église au moins jusqu'aux années 1970, mais aujourd'hui son nom apparaît sur le caveau de sa famille, dans le cimetière.

EN LIGNE


.

Portrait d'un bébé, presque nu, assis sur une chaise. Entre 1889 et 1906. F. Massip. Photographie NB, 10,3 x 6 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi9717 (détail).

A l'index !


mars 2017

Les Archives ne vous cachent rien ou presque. Vous pouvez accéder dans notre base de données en ligne à la quasi totalité de nos ressources documentaires.

Ce que vous ne trouverez pas ?

  1. Les archives non classées. Ah... le pénible « arriéré » qui fait le malheur de tout archiviste qui se désespère un jour de récupérer le retard de classement accumulé par tous ses prédécesseurs... et par lui-même !
  2. Les documents en cours de classement que nous ne pouvons pas publier en ligne car le travail n'est pas achevé. C'est de l'arriéré mais moins désespérant puisque nous avons de grands espoirs de voir le bout du tunnel un jour ou l'autre.
  3. Les documents non communicables sur internet, car ils contiennent des données à caractère personnel qui peuvent être accessibles en salle de lecture, mais que la CNIL ne nous autorise pas à diffuser en ligne. Dans cette catégorie, vous pouvez trouver, chez nous : les dépouillement des actes de naissances depuis 1900, les listes électorales numérisées de 1920 à 1939, les recensements de population numérisés de 1921 à 1936, quelques photographies, des numérisations de plans de permis de construire depuis 1940, les noms des demandeurs de permis de construire…

Si cela peut vous rassurer, il y a peu de différences entre la base de données en ligne et celle accessible sur intranet. En outre, nous nous efforçons de publier les notices descriptives, même si quelques fois elles nous semblent encore loin de la perfection, dans un souci de donner accès au maximum d'informations. Même si certaines nous piquent un peu les yeux...