Arcanes, la lettre
Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...
J'ai un ami, un peu taquin, qui occupe ses longues soirées d'hiver à participer aux forums et réseaux « platistes » pour débattre avec leurs membres. Ces partisans de la Terre plate connaissent actuellement un regain d'audience qui n'est peut-être pas étranger à la baisse générale du niveau scolaire dont les médias ont bruissé récemment. Ainsi, il lance la discussion sur la forme géométrique de cette planète ratatinée : est-ce un cercle, un carré, un triangle ? Et il se délecte des arguments abscons et des preuves abracadabrantesques fournis par les participants. Ce n'est pas beau de se moquer... mais c'est souvent drôle. La présentation du sommaire du n°178 d'Arcanes, placé sous le signe des longitudes et latitudes, se fera donc sous la forme d'un digest des théories les plus fumeuses sur notre univers.
Nous débuterons avec nos amis « platistes », dont l'imagination n'a pas de limite, à la différence du disque terrestre qui, selon eux, est encerclé par un grand mur de glace. À la différence aussi de l'archiviste, qui doit s'en tenir aux faits et à la neutralité dans ses descriptions analytiques, quitte à risquer la platitude.
Les membres de la Société de géographie de Toulouse, dont nous conservons le Bulletin, seraient sûrement tombés de leur chaise à la lecture de ces élucubrations loufoques. Et cela aurait probablement résonné, si l'on en croit la théorie de la Terre creuse, qui supposait l'existence de mondes concentriques se succédant sous l'écorce terrestre, inspirée du royaume souterrain des morts des Grecs.
D'ailleurs, parmi les capitouls qui ont présidé aux destinées de la ville du 13e au 18e siècle, et auxquels nous consacrons un colloque les 22 et 23 septembre prochains, beaucoup devaient croire à l'existence d'un paradis réellement terrestre. Les autochtones du Nouveau Monde furent ainsi pris pour des hommes édéniques par les explorateurs européens.
C'est en explorateurs que vous pourrez, le week-end des 19 et 20 septembre, découvrir divers lieux et édifices de la ville, dont les Archives, à l'occasion des Journées européennes du patrimoine. Des journées bien remplies, contrairement à la Lune qui, si l'on se fie à des croyances minoritaires, serait creuse, voire serait un vaisseau spatial.
Nous n'irons pas aussi loin pour évoquer les cadrans solaires que l'on trouve dans divers bâtiments toulousains, mais tout de même jusqu'en Chine, l'une des patries de la gnomonique. C'est là que le grand astronome Zhang Heng conceptualisa le ciel comme la coquille d'un œuf dont la Terre serait le jaune. Et le blanc, il compte pour du beurre ?
Pour terminer, à l'instar des géocentristes qui pensent que notre planète est au centre de l'univers, nous mettrons notre ville au centre du monde grâce à Urban-Hist et aux pays et régions qui s'égrènent au fil de ses places, rues et avenues. Bon voyage !
.
Si l'analyse d'image traditionnelle fait la part belle à l'interprétation ou à la connotation, celles-ci n'ont pas droit de cité dans le cadre d'une description archivistique. L'analyse archivistique d'une image doit dénombrer, le plus objectivement possible et en peu de mots, ce que celle-ci contient.
Tout l'enjeu de ce travail consiste à passer du mode iconique/visuel au mode textuel, et à traduire en mots ce qui n'appartient pas au même registre. Ces mots sont choisis, triés et compilés avec soin, car ils constituent autant d'indices qui permettront aux usagers de notre base de données de retrouver tel cliché ou dessin dans toute la masse documentaire.
L'archiviste en charge du traitement d'un fonds iconographique ne peut donc laisser libre cours à sa fantaisie. Ce travail de description ne saurait supporter de digression. On s'en tient à ce que l'on voit. Le hors-champ n'existe pas. Or, que voit-on ici ? Il y aurait tant à imaginer et à dire de cette photo d'Henri Laffont mettant en scène sa femme et sa fille selon les clichés de l'époque. Les idées et interprétations se bousculent, mais chut ! Contentons-nous de regarder, de répertorier les éléments essentiels de l'image, et imaginons en silence ce qui la sous-tend.
Souvent frustrante, parfois perçue comme futile, la description minutieuse d'une image reste cependant essentielle, d'abord pour sa compréhension, puis pour sa communication : « Mettre des mots sur ce qui semble visuellement évident, en particulier pour l'image figurative, suppose de dépasser le refus, qui mêle gêne et peur du ridicule, de nommer "ce qui va de soi". […] Or, si l'on se place d'un point de vue documentaire […] on va à l'encontre de ce mouvement de retenue en donnant une légitimation à l'inventaire descriptif. […] Il ne s'agit plus seulement de voir mais encore de voir pour transmettre1. »
1 G. Régimbeau, « Clés d'accès aux images fixes », Spirale, 2001.
Ce mois-ci, à la faveur du colloque La ville manuscrite, nous vous entraînons dans un nouvel espace-temps. Le temps de deux journées, les Archives se délocalisent pour se relocaliser au cœur de la ville, à la salle du Sénéchal.
Par la magie des chroniques des capitouls — les douze registres des Annales manuscrites —, vous serez plongés, transportés, ballottés non seulement dans le temps, mais aussi dans des espaces nouveaux, quelquefois vierges ou à peine défrichés.
Ce premier colloque organisé par les Archives sera l'occasion d'un dialogue entre diverses disciplines : histoire, histoire de l'art, histoire du droit et des idées politiques, archéologie et même sciences du climat. Il donnera lieu à une rencontre exceptionnelle entre les chercheurs invités et le public toulousain, qui, en l'espace de 48 heures, verra défiler 500 ans d'histoire de la ville.
Sur quatre demi-journées, scandées par autant de thématiques, vous remonterez, dès le mardi matin, aux sources de la mémoire urbaine, qui s'est patiemment écrite au fil des siècles, mais qui s'est aussi peinte sur le parchemin afin de se donner à voir à chacun. L'après-midi sera consacré au bon gouvernement de la cité et verra l'humanisme éclairé guider les capitouls et les citoyens, avant que des rebonds temporels ne laissent la place aux muses de la poésie. Enfin, il sera temps de s'incliner devant l'épée de justice des capitouls.
Le mercredi vous entraînera dans des territoires mouvants : une place publique ignorée de tous et qui se rêvait déjà majestueuse ; puis vous embarquerez au fil de l'eau, sur la Garonne, où le voyage en radeau sera à sens unique ; enfin, vous prendrez de la hauteur, tutoierez les nuages, voire les astres, et observerez les dérangements du temps de nos aînés. Le quatrième et dernier temps nous amènera quant à lui dans un quotidien qui n'est plus le nôtre et dont, pourtant, un écho résonne encore dans nos préoccupations contemporaines : les capitouls médiévaux veillaient scrupuleusement au bien-manger des habitants afin qu'ils puissent mettre les pieds sous la table en toute sérénité, tandis que ceux de la fin de l'Ancien Régime veillaient à l'ordre dans les affachoirs, synonymes d'un dernier voyage avant le coup de merlin.
Nous clôturerons ces journées par une synthèse, avant d'embarquer pour un rapide retour vers le futur, où les thématiques des prochaines rencontres autour des chroniques des capitouls seront partiellement dévoilées pour les années 2027, 2028 et 2029.
.
Toulouse et la géographie, c'est une histoire qui dure depuis un certain temps… Saviez-vous en effet que la Société de géographie de Toulouse avait été créée en 1882 par Théodore Ozenne ? Abritée dans l'hôtel d'Assézat, en exécution des dispositions testamentaires de son président et fondateur, elle publie depuis lors un Bulletin (numérisé et accessible dans Gallica). On y retrouve le compte rendu d'activité et le texte des conférences données au cours de l'année écoulée, ce qui n'empêche pas que festivités et excursions ponctuent traditionnellement le calendrier académique.
Par ailleurs, si vous avez déjà parcouru notre site internet et notre base de données en ligne, vous avez peut-être découvert notre collection de cartes et plans de Toulouse. Ces documents, dont le plus ancien remonte à la fin du 15e siècle, sont pour la plupart numérisés. Ils vous permettent de découvrir l'évolution urbaine de la ville rose, mais également la variété de ses modes de représentation, plus ou moins réalistes et fidèles. Cette thématique a fait l'objet en 2015 d'une exposition présentée au couvent des Jacobins, Toulouse en vue(s), ainsi que d'un atlas édité aux Presses universitaires du Midi.
Enfin, si vous vous êtes déjà demandé pourquoi les plaques de rue du centre ancien pouvaient avoir deux couleurs différentes, c'est parce que la Garonne servait, au 19e siècle, de point de repère ultime : les rues parallèles au fleuve, numérotées d'amont en aval, recevaient des plaques jaunes ; les rues perpendiculaires, des plaques blanches. Là encore, c'était une façon de concevoir le territoire et la géographie de la ville.
.
Voici les coordonnées géographiques des trois sites qui feront l'objet de visites guidées par les chargées de l'inventaire de la Direction du patrimoine de Toulouse Métropole lors des prochaines Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre. Au cas où vous auriez laissé votre sextant à la maison, voici quelques indices pour vous orienter :
.
Les cadrans solaires utilisent une surface marquée de repères sur laquelle est projetée l'ombre d'une tige, habilement orientée suivant la latitude du lieu pour pouvoir indiquer l'heure au même endroit, quelle que soit la saison. Les cadrans anciens ont malheureusement pratiquement disparu de notre ville. L'exemplaire dont nous présentons la photographie, daté de 1750, se cache néanmoins encore au fond d'une cour, au n°13 de la rue Vélane. Un autre cadran, conservé à l'hôtel de Puivert, au n°8 de la rue Bouquières, n'est pas daté mais pourrait, lui aussi, remonter à l'époque de Louis XV.
Et puis, il y aurait celui qui décore la cour du n°25 de la rue de la République, dans le quartier Saint-Cyprien. On y voit en effet un cadran solaire orné d'une jolie décoration estampillée 1768. Trop belle, hélas, pour être honnête. Si un véritable cadran du 18e siècle se trouvait effectivement au même emplacement, il a été effacé en 1943 pour être remplacé par une copie le reproduisant à l'identique, date comprise, suivant la mauvaise attitude qui consiste à confondre recréation et restauration. Archéologiquement parlant, on peut alors considérer cet usurpateur comme un faux. La tige fixée dans le mur, fonctionnelle et alignée selon la bonne latitude, est peut-être le seul élément authentique qui subsiste.
.
Vous n’êtes pas partis en vacances cette année ? Tant mieux. Les destinations lointaines sont surfaites. Entre les bagages perdus, les retards à répétitions et les prises électriques qui refusent obstinément d'être françaises, on en oublierait presque qu'il existe l'un des plus étonnants circuits touristiques d'Europe près de chez nous. Embarquez donc dans le Trans Toulouse Express !
Partons pour d’autres latitudes ! Nous vous proposons un tour du monde... sans quitter la ville rose. Le départ est fixé avenue de Grande-Bretagne. Les passeports n'y sont demandés qu'en cas de forte affluence. Les douanes, quant à elles, ferment exceptionnellement entre 3 pm et 5 pm ; nous vous recommandons donc de traverser le tunnel sous la Garonne avant le tea time. Une fois la frontière franchie, cap vers l’Helvétie. Boulevard de Suisse, impasse de Berne, boulevard de Genève, rue de Lausanne, rue de Zurich… Les montres y sont d'une ponctualité exemplaire, les Toulousains beaucoup moins (ou bien les montres ont toujours 15 minutes d’avance). La monnaie locale reste toutefois l'euro, ce qui simplifie considérablement les changes.
Nous poursuivrons ensuite vers le continent africain. Le circuit comprend rue du Congo, allée du Niger, rue du Tchad, une escale au Sénégal en passant rue de Dakar, puis terminus à Madagascar via la rue de Tananarive. Les distances sont étonnamment courtes. Les géographes parlent d'une anomalie spatiale. Les Toulousains n'y voient rien d'extraordinaire.
Après cette traversée, nous reviendrons en Europe en empruntant la rue de Londres, avant une correspondance pour la rue de Bruxelles, puis place de Milan. Certains voyageurs peuvent débarquer ici, mais pour les plus téméraires direction l’Asie ! Nous pourrons poursuivre jusqu'à rue de Pékin. Rassurez-vous : le décalage horaire entre Milan et Pékin est étonnamment faible. Il se résume généralement à une simple sortie de rond-point. Un itinéraire bis par la rue du Japon est naturellement prévu. Si vous vous sentez perdu, ne vous inquiétez pas : cela fait partie de l'expérience. Les meilleurs explorateurs ne savent jamais très bien où ils sont. D'ailleurs, les pigeons parlent toujours avec l'accent toulousain. C'est souvent à ce détail que l'on comprend que l'on n'est peut-être pas si loin de chez soi.
Le voyage s'achèvera en douceur par une escale outre-Garonnique avec un crochet par l’avenue des Etats-Unis, où les habitants parlent un français impeccable, ce qui surprend toujours les visiteurs. Un dernier arrêt rue du Canada, et... Ostie de calice, ça y est, on peut enfin poser nos valises sans avoir même dû sortir le passeport. Si, malgré tout, vous doutez encore d'avoir réellement voyagé, Urban-Hist pourra vous fournir les preuves de votre périple. Trans Toulouse express vous remercie de votre venue à bord. Avec Trans Toulouse Express, vous avez utilisé le moyen le plus écologique pour voyager !