Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

FAMILLE


avril 2026

DANS LES ARCANES DE


Photographie de famille, années 1900, négatif N&B. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 6Fi165.

Familles je vous ai


avril 2026

- Et là c’est tatie Yvonne, à l’époque où cousin Jean-Pierre faisait son service militaire à Colmar. Tu l’as connue toi tatie Yvonne ?  

- Euh, non… 

- Et cousin Jean-Pierre 

- Non, plus 

Qui n’a jamais vécu ces après-midi sépia passées au côté d’un aïeul armé de moult albums photographiques, à grignoter des gâteaux secs-mous, à voir des visages, écouter des vies de personnes inconnues. C’était parfois un peu languissant. Mais on est aujourd’hui rudement content d’avoir conservé ces archives de famille. Certes, on ne reconnaît pas forcément le grand-oncle Alfred qui était parti faire fortune en Amérique, mais ces clichés, souvent flous parce que le petit ou la mamie n’a pas tenu la pose, sont propices à la rêverie généalogique. Et si Victor s’était marié avec Adélaïde, sa petite fiancée du village, plutôt qu’avec Renée rencontrée sur les bancs de l’école de médecine de Montpellier, serions-nous là pour en parler ?  

En hommage donc à nos ancêtres, nos parents et proches, ainsi qu’aux longues soirées de vacances sans écrans, sans téléphone, ni même électricité (esprit du Butagaz es-tu là ?), je vous propose de dérouler le sommaire du n° 174 d’Arcanes sous forme d’un jeu des 7 familles.  

Pour commencer, dans la famille Mitrailleurs je voudrais, le papa Rizzi, vous savez celui qui lors des anniversaires, mariages et autres célébrations, dégaine son Kodak pour un oui ou pour un non. Sur le moment c’est un peu épuisant, surtout pour lui, mais finalement on est bien content de recevoir ses tirages sous-exposés.  

Ensuite, dans la famille Giscard, je voudrais l’arrière-petit-fils, Joseph, dernier rejeton d’une lignée de statuaires en céramique initiée par Jean-Baptiste. Nous lui devons l’entrée des archives de cette fabrique, installée rue de Colonne et active des années 1850 à la fin du 20e siècle, dans les collections municipales. 

En ce qui concerne la famille Apostolique, étrange lignage composé uniquement d’hommes, je voudrais le père, mais il y en a tant. Appelons-le Hyacinthe qui, comme ses frères, tenait les registres de baptêmes, mariages et sépultures des paroisses sous l’Ancien Régime.  Tâche qui fut poursuivie par les officiers d’état civil et qui est si utile aux généalogistes. 

Dans la famille Tracemurs, je voudrais le neveu Urbain Vitry (1802-1863), architecte de la ville, dont l’oncle Jacques-Pascal Virebent occupa la même charge durant plusieurs décennies, sans parler des frères et beaux-frères de ces derniers, qui étaient aussi du bâtiment. Il semble que le népotisme n’était pas un vain mot chez les adeptes du compas et de l’équerre. 

Dans la famille Chasseurs-d’os, je voudrais les arrière-grands-parents, Henri Begouën et Joseph Vézian, qui outre leurs gènes ont transmis la passion de la préhistoire à leur descendance ainsi que quelques grottes. 

Pour terminer dans la famille Faiseurs-d’arbres, je voudrais tous les greffons et rejetons numériques qui vous permettront de réaliser votre généalogie « en chantant », comme dirait Michel. 

ZOOM SUR


.

Déjeuner à bord d’un bateau, Bassin d’Arcachon 1904. Fonds photographique famille Pauilhac – Mairie de Toulouse, Archives Municipales, 69Fi621.

Say cheese


avril 2026

Dans les fonds photographiques que nous conservons, on trouve très aisément ces clichés qui nous rappellent avec émotion (et peut-être une once de gêne) l’ambiance de certains repas de noël interminables. De ces occasions, on retrouvait des années plus tard dans une boite à chaussure les photographies souvent surexposées, prises sur le vif, qui immortalisent notre cher tonton fermant les yeux (merci le flash) et arborant un sourire crispé nous laissant facilement imaginer le « cheeese » prononcé au moment fatidique. Bref, pas forcément les images les plus glorieuses du répertoire, mais néanmoins, elles sont là ! Et je dirai même qu’elles sont toujours là : elles traversent les époques, les générations, se figent sur des supports photographiques qui mutent, passent de familles en familles, et surtout de photographes en photographes. Ce rituel domestique qu’est la photographie de famille n’échappe à personne : repas de fête, mariages, communions, vacances, sortie du week-end, portrait des grands et petits, et photographies de groupes plus ou moins coordonnées. Pour le photographe, la famille peut aussi devenir un véritable laboratoire de l’image. Les membres de la famille deviennent des cobayes, certains se prêtent volontiers au jeu, suivant à la lettre les commandes de l’artiste en pleine expérimentation visuelle.  

Que ce soit du côté des artistes auteurs, photographes professionnels, reporters, amateurs et anonymes, la famille joue toujours un rôle dans les productions iconographiques que nous conservons. A défaut de pouvoir vous présenter un panorama exhaustif des familles que l’on croise dans nos fonds, je vous propose de découvrir deux de mes coups de cœur. Les premiers, avec qui on embarque volontiers, ce sont les Pauilhac. De cette grande famille d’industriels toulousains, fabricants des célèbres papiers à cigarette JOB, nous conservons 675 plaques de projections illustrant leurs vacances entre les années 1890 et 1912. Cet ensemble dresse une fresque familiale singulière, surprenante de naturel et d’allégresse. On les suit, avec amusement, dans ces temps de quiétude et d’émulation vécus autour du bassin d’Arcachon. Grande tablée sur le yacht familial ou sur la terrasse de la villa Claire, activités nautiques et expression de cagnardise, il semblerait qu’on ne s’ennuie pas avec les Pauilhac. 

Enfin, pour clore ce billet, je donne la parole à Roudoudou, petit garçon répondant au nom d’André. Ce dernier a collé minutieusement sur les pages de droite d’un cahier de brouillon des petites photographies des membres de sa famille, sous lesquelles on lit avec émotion des légendes manuscrites : « Papa 1943 », « Yettou 1949 », « maman et Jeannot 1931 », « Dédé et Poupou » ou encore « maman chérie » ; en vis-à-vis de ces images on découvre des dessins présentant Roudoudou « aviateur », « à la pêche », « automobiliste » et « parachutiste ».  Peut-être même qu’à cet instant vous vous rappelez que vous conservez, vous aussi, dans le tiroir d’un petit bureau un bois, un objet similaire. Et c’est pour ça que je ne me lasse pas de parcourir les pages de ce précieux album protéiforme, car il constitue à lui tout seul une mémoire de l’intime qui résonne en chacun.

DANS LES FONDS DE


Au 1er rang (assis), de gauche à droite: Rose Barutel, épouse Giscard; Bernard Giscard; Marie-Antoinette Giscard. Au 2e rang (debout), de gauche à droite: Jean-Baptiste Giscard; Henri David; Henri Giscard; André David, vers 1920, mairie de Toulouse, Archives municipales, 46Fi1567.

Famille Giscard, famille de statuaires


avril 2026

S’il y a bien une famille qui a marqué Toulouse, c’est bien celle des Giscard. Ces derniers ont en effet fait fonctionner, durant 150 ans, à travers 3 générations – de 1855 à 2005 – une manufacture de terre cuite qui a décoré les fameuses “toulousaines” et meublé de nombreuses églises de la région et au-delà. 

Après avoir été contremaître à la manufacture Virebent à Launaguet, Jean-Baptiste Giscard fonde sa propre manufacture en 1855, au 25 rue de la colonne, dans le quartier de Terre Cabade. La manufacture n’est au début qu’une briqueterie/tuilerie comme de nombreuses autres dans le quartier. Le 13 mai 1850, il épouse Antoinette Doumeng (1825-1900) avec qui il a deux fils, Dominique et Bernard. Bernard (1851-1926) est élève aux Beaux-arts de Toulouse avant de reprendre les rênes de l’atelier qui va dès lors tendre vers l’art religieux. Il se marie avec Rose Marie Barutel (1964-1950) le 18 octobre 1883 et a trois enfants : Marie-Antoinette, Jean-Baptiste, et Henri. Marie-Antoinette, elle aussi, est statuaire. Elle se marie avec André David, un homme politique originaire de la Guadeloupe, avec qui ils ont un enfant, Henri. Son frère Jean-Baptiste, ne prend pas une orientation artistique, mais devient docteur en médecine. Dans le fonds photographique de la famille se trouvent notamment des images de Jean-Baptiste assistant à des cours de médecine et de dissection de corps. Il est enrôlé durant la Première Guerre Mondiale. Henri, dernier de la fratrie, prend la succession de la manufacture au décès de son père, de 1926 à 1965. Après des études aux Beaux-arts de Toulouse, il devient professeur de moulage de terre cuite et de céramique de 1938 à 1965, et présente au moins huit de ses œuvres au Salon des Artistes Méridionaux entre 1927 et 1972. En 1962, il expose au salon annuel de la société des artistes français, au Grand Palais à Paris, la sculpture d’un « jeune cambodgien assis en tailleur » pour laquelle il reçoit la médaille d’or. Entre-temps, Henri épouse Juliette Bacalou (1903-1937) en 1926, avec qui il a 3 enfants, Marie-Thérèse, Bernadette et Joseph. Juliette décède en 1937, et Henri se remarie en deuxièmes noces avec Huguette Paterac (1907-1998), une descendante de la famille Virebent, qui sera la belle-mère de Joseph. Ce dernier hérite de la manufacture en 1965 et souhaite conserver l’héritage de sa famille en utilisant les mêmes procédés et techniques que ses ancêtres. Mais il devient difficile de faire face à la concurrence qui emploie par exemple des moules en silicone moins couteux et plus rapides à fabriquer. De ses études aux Beaux-arts, Joseph dira qu’il s’agissait des plus belles années de sa vie. Avant son décès, toujours dans le désir de préserver la mémoire de l’entreprise familiale, il lègue ce qui reste de la manufacture, soit 500m2, à la ville de Toulouse, ainsi que ses archives (conservées sous les cotes 43Z, pour la documentation et 46Fi pour le fonds iconographique). De son vivant, il ouvrira ses portes à des écoles primaires et fera visiter la fabrique lors des Journées Européennes du Patrimoine. Il souhaitait que celle-ci reste un lieu de transmission de l’art de la terre cuite. Souhaitant mettre en avant ces archives et permettre au public de se replonger dans la vie de la manufacture, nous proposons un nouvel atelier intitulé « Giscard, une manufacture dans la ville ». Le premier, construit en deux parties, aura lieu le 30 mai et le 6 juin prochains. Un autre suivra durant la période estivale, le 18 juillet ! 

LES COULISSES


.

Montage à partir d’un extrait du registre d’état civil E229 (002) d’un extrait du registre paroissial GG 471, Mairie de Toulouse, Archives municipales.

“Tu es de ma famille”


avril 2026

“La diplomatique est une méthode d’expertise de l’authenticité, de l’intégrité et de la fiabilité des documents fondée sur une étude de la forme du document tel qu’il se présente, des étapes de son élaboration et de sa validation, de son circuit de diffusion et de conservation" (Marie-Anne Chabin, Glossaire de l’archivage). 

L’étude de la forme des documents d’archives permet de mettre en évidence la continuité des pratiques administratives, liée aux besoins même de l’administration, quels que soient les régimes politiques. Prenons l’exemple des registres paroissiaux et des registres d’état civil, sources indispensables pour connaitre l’histoire de sa famille. Ces registres permettent en effet de trouver le nom d’un ancêtre né en France et d’en établir les liens de filiation. 

Les registres paroissiaux, tenus par le curé d'une paroisse, enregistrent les baptêmes, mariages et sépultures des catholiques. Leur tenue est obligatoire depuis l'ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539. Après la Révolution française, en 1792, ces registres sont remplacés par l’état civil. Tenus par le maire d'une commune, ils ont la même vocation. Mais cette fois-ci, sans évocation religieuse car dans un esprit laïc : enregistrer les naissances, mariages et décès ayant lieu dans la commune.  

En comparant ces deux séries de registres, on note qu’ils sont formés de la même manière. Pourquoi ? Parce qu’ils ont le même usage : recenser et prouver officiellement les événements de la vie d’une personne, et leur donner une identité juridique.  

Les registres d’état civil étant essentiels, leur tenue est réglementée : les registres doivent être au format papier et tenus en deux exemplaires. Un exemplaire est conservé par la commune et l’autre est transmis au greffe du tribunal de grande instance. La technique de reliure employée doit garantir la solidité et la durabilité des registres. L’impression des actes doit se faire sur un papier et avec une encre répondant à des normes ISO bien précises, l’objectif étant de leur faire traverser les siècles sans encombre.  

DANS MA RUE


.

Trois générations d’architectes toulousains : Jacques Lacassin (1847-1926), Joseph Gilet (1876-1943) et Jean-Louis Gilet (1902-1964)

Family business


avril 2026

Jules Guibal (1820-1863), arrière-petit-fils de Guillaume Cammas (1698-1777) ;  Jean Polycarpe Maguès (1777-1856), père d’Urbain Maguès (1807-1876) ; Jacques-Pascal Virebent (1746-1831), frère de Jean-François Virebent (1741-1811), père d’Auguste Virebent (1792-1857) et oncle d’Urbain Vitry (1802-1863) ; Laffon dit père (répertorié de 1811 à 1849), père de Jean-Pierre Laffon dit fils ou aîné puis oncle (1787-1865) et oncle d’Alexandre Laffon dit neveu (1819-1882) ; Louis Delor de Masbou (1802-1867), père de Frédéric Delor (1832- ?) et grand père d’Adolphe Delor (1859-1942) ; Antoine Isidore (répertorié de 1890 à 1921), père de Raymond Isidore (1879-1931) ; Jacques-Jean Esquié (1817-1884), père de Pierre Esquié (1853-1933) ;  Marius Pujol (184 ?- ?), père de Marcel Pujol (1896-1967) ;  Joseph Thillet (1850-1937), père de Félix Thillet (1886-1957), de Jean Thillet (1912- ?) et grand-père de François Thillet (actif à partir de 1978) ; Eugène Curvale (1861-1931), père d’Albert Curvale (1897-1984) ; Georges Masquet (répertorié de 1873 à 1921), père d’Henri Masquet (1872-après 1939) ; Robert D’Welles (1854-1930), père de Jacques Boistel d’Welles (1883-1970) ; Barthélémy Guitard (1857-1937), père d’Albert Guitard (1882-1916), de Raymond Guitard ( ?-1916) et oncle de Pierre Guitard (1894-1966). Charles Lemaresquier (1870-1972), père de Noël Lemaresquier (1903-1982) ; Jacques Lacassin (1847-1926), beau-père de Joseph Gilet (1876-1943) et grand-père de Jean-Louis Gilet (1902-1964) ; Jean Valette (1876-1961), père d’Hervé Valette (1929-1999) ; Antonin Cazelles (1883-1973), père de  Louis Cazelles (1907-1984) ; Michel Munvez (1907-1967), père de Jacques Munvez (né en 1942) ; Émile Pilette (architecte dans le Nord), père d’Edmond Pilette (1882-1973) ; Pierre Fort (1898-1980), père de Robert Fort (1930-1994) ; Georges Alet (1914-1975), père de Dominique Alet ; Paul Glénat (1887-1992), père de Pierre Glénat (1921-2003) ; Louis Hoÿm de Marien (1920-2007), père de Gabriel Hoÿm de Marien (né en 1946) ; René Viguier (1922-2005), père de Jean-Paul Viguier (né en 1946), etc. 

  

Cette liste (non exhaustive) d’architectes ou d’ingénieurs de père en fils ayant œuvrés à Toulouse a pu être réalisée grâce à l’ouvrage de référence d’Odile Foucaud pour le 19e siècle et ceux du CAUE de la Haute-Garonne pour les périodes 1920-1940 et 1945-1975. 

SOUS LES PAVÉS


.

Un bijou (de famille) de la Préhistoire : les bisons affrontés de la grotte du Portel, photographie Xavier Leclercq, 1975, archives de l’association des Amis de Vals.

Bijoux de famille (et de la Préhistoire)


avril 2026

Dans la première moitié du 20e siècle, Henri Bégouën et Joseph Vézian se croisent au sein de la Société archéologique du Midi de la France et contribuent, chacun à sa manière, à la promotion de la Préhistoire à Toulouse. Le premier en donnant des cours à la faculté et en valorisant les collections préhistoriques du Muséum d’histoire naturelle dont il est conservateur. Le second par des prospections de terrain qui l’amènent à découvrir un site paléolithique sur le coteau de Pech-David. Ces chercheurs ont aussi en commun d’avoir fondé deux dynasties d’archéologues car leurs fils et petits-fils sont devenus, à leur suite, des préhistoriens émérites. 

Mais mieux encore, par des destins étonnamment parallèles, ces deux familles partagent les mêmes bijoux. Ayant toutes les deux une attache dans le département voisin de l’Ariège, chacune de leur propriété recèle un joyau de la Préhistoire, c’est-à-dire une grotte ornée. Pour la famille Vézian, c’est la grotte du Portel et pour la famille Bégouën, il s’agit du triptyque des cavernes du Volp : Enlène, Trois-Frères et Tuc d’Audoubert. Comme le montre la photographie que nous présentons, on peut admirer sur ces deux sites de magnifiques représentations de bisons, entre autres œuvres d’art majeures que l’on peut retrouver sur papier dans leurs monographies respectives, publiées récemment. 

EN LIGNE


.

Sur un petit chemin de la commune de Lacourt (Ariège), 26 août 1963. Jean-Paul Escalettes – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 42Fi1856.

Sur un air de famille


avril 2026

Comme souvent en généalogie, on commence par une date, un nom, un lieu, une naissance ou un décès à retrouver. On ouvre un registre, on remonte le temps, on assemble des branches. Et puis sans vraiment s'en rendre compte, on ne cherche plus seulement des informations : on cherche des histoires, des visages. Dans la famille Le Forestier, je demande Maxime qui chantait dans « Né quelque part » qu'on ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille, ni l'endroit où l'on apprend à marcher. La généalogie part précisément de ce hasard que l'on s'efforce de comprendre. Chercher ses ancêtres, c'est mettre un visage sur un prénom. C’est incarner ce hasard. C'est transformer la naissance et le décès en histoire. 

Il y a d'abord les mères. Celles dont les noms changent, disparaissent parfois derrière celui d'un mari, mais dont la présence persiste. Dans les archives, elles sont souvent là, en marge : une signature, une mention dans un texte. Dans la famille Sylvestre, je demande Anne qui écrivait dans « Une sorcière comme une autre » que la femme est tour à tour l'ancêtre et l'enfant, celle qui cède et celle qui se défend. Les mères de génération en génération, ont tout porté : les vivants comme les enfants. Leur redonner un prénom, une date, un lieu, c'est une forme de réparation. 

Et puis il y a les pères. Présents, absents, lointains, parfois sévères dans les actes comme dans les souvenirs. La généalogie est souvent ce même monologue : on pose des questions à des gens qui ne peuvent plus répondre. Feuilleter un registre paroissial, c'est tenter d'entendre la voix du père malgré le silence. Dans la famille Van Haver, je demande Paul (ou Stromae pour les intimes) qui a résumé cette quête en une question : papa, où t'es ? (ou « Papaoutai » pour les mélomanes). Savoir d'où viennent ceux qui nous ont précédés, c'est souvent une façon détournée de comprendre qui l'on est soi-même. Dans la famille Ordonez, je demande Florian et Olivio. Les deux frangins qu’on ne présente plus (il s’agit de Bigflo et Oli pour les deux néo Toulousains du fond) chantent dans « Papa » ce que les registres d'état civil n'écriront jamais : y a pas de bons pères, y a que des hommes qui font de leur mieux. Derrière chaque ancêtre retrouvé dans une archive, il y a sans doute cette même vérité, un homme ou une femme qui a fait ce qu'il pouvait, avec ce qu'il avait.  

Maintenant dans la famille Serf, je demande Monique, que l'on connaît mieux comme Barbara. Elle a mis des mots sur ce que beaucoup de généalogistes ressentent sans pouvoir le nommer : arriver trop tard. Dans « Nantes », elle évoque ce père vagabond qu'elle avait longtemps espéré, gravé dans sa mémoire, et qu'elle n'a pas eu le temps de retrouver vivant. Le père disparu avant que l'on ait pu le connaître. Les archives sont souvent cette chambre au fond du couloir où l'on entre après la mort de quelqu'un pour retrouver ce qu'on n'a pas eu le temps de lui demander. 

Chercher ses ancêtres, c'est avancer dans une forêt où tout n'est pas paisible. Il y a des branches manquantes, des noms rayés, des histoires qu'on devine sans jamais les raconter. Il y a des blessures aussi, celles que les archives ne disent qu'à demi-mot : tu trouveras peut-être une disparition précoce, une naissance hors norme, une absence prolongée. On comprend alors que la famille n'est pas seulement un arbre bien ordonné. C'est une forêt irrégulière traversée de trouées ou de clairière, et de cimes inatteignables. Mais il y a aussi une forme de tendresse. Dans un prénom transmis, dans cette répétition qui dit l'attachement. Dans la famille Séchan, je demande Renaud qui voulait raconter à sa fille dans « Mistral gagnant » comment il était enfant, lui transmettre des souvenirs, des images, un peu de ce qu'il avait été. On ne cherche pas seulement des dates et des noms dans les registres. On cherche ce que le temps a emporté avec lui. On découvre que l'on porte en soi bien plus que ce que l'on croyait : des fragments de vies, des choix anciens, des chemins déjà empruntés. 

Les archives permettent cela, en partie. Non pas de reconstituer parfaitement le passé, mais d'entrer en relation avec lui. L'identité, c'est une accumulation de tout ce que les générations précédentes ont subi, construit et transmis. Retrouver un nom dans un registre, c'est dire à son tour : je n'oublie pas. Faire de la généalogie, ce n'est pas seulement remonter le temps. Dans la famille Marsaud, je demande Fabien, alias Grand Corps Malade, qui dans « Funambule » répète : je n'oublierai pas d'où je viens. Se souvenir d'où l'on vient n'est pas un regard en arrière, c'est ce qui permet d'avancer sans perdre l'équilibre. C'est comprendre pour mieux saisir ce que l'on transmettra à son tour. 

Alors si vous aussi vous voulez re-composer votre histoire familiale, sachez que des ressources sont à disposition sur notre base de données documentaire. Les registres paroissiaux et les registres d'état civil de Toulouse (de plus de 100 ans) sont numérisés et accessibles depuis chez vous, mais aussi en salle de lecture. Car au bout du compte, derrière chaque acte, chaque ligne, chaque nom, il y a une chose simple : une histoire, comme un air de famille.