Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

Voix


décembre 2018

DANS LES ARCANES DE


Gala de la Légion à Toulouse Théâtre du Capitole, place du Capitole. 2 juin 1965. Vue de Johnny Hallyday qui salue le général Koenig. Ville de Toulouse, Archives municipales, 53Fi5090.

Caser la voix


décembre 2018

Oui, il fallait bien caser ce mot et ses semblables. Aux Archives, on aime les défis. Et on archive des voix, ah que oui. (Car non, nous n'avons pas encore d'image de Patrick.)

Des voix médiatiques, voi(re) politiques. Par une curieuse synesthésie, à redécouvrir cette image, on entend déjà retentir, optimiste, un célèbre "bonsoiiiir" ouvrant la voie d'un ministère. Voix mythique et fugace. Oubliée des uns, archivée par d'autres, pour réapparaître en ce jour. Un vrai mythe errant.

De claires voix, qui émanent d'aubes blanches... bien loin d'une actualité à la couleur plus chaude, dont émane un son bien plus brûlant, au retentissement bien plus neuf : celui de la voix née.
Restons optimistes en espérant que, battant le pavé sans le lancer, foulant l'arène mais pas le roi, imitant les sirènes sans les déclencher, évitant l'estocade pour elle comme pour autrui, finalement la voix rie.

ZOOM SUR


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Rue Eugène-Sue. Années 1950. Vue perspective ascendante de la rue Eugène-Sue au niveau du n°11. Cliché réalisé après les travaux de voirie. Henriette et Robert Patez. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi632.

Rev(êt)u


décembre 2018

Vois-tu, lectrice ou lecteur, ces voies ouvertes et avenantes, couvertes d'un goudron lisse et prometteur ? Vois-tu comme ton véhicule glissera aisément et en silence sur une route désormais neuve et propre ? Vois-tu comme tes mignons souliers ne seront désormais plus souillés par la boue des rues terreuses ?
Nous sommes au début des années 1950 et une commande, dont nous ignorons tout, a conduit Henriette et Robert Patez, photographes installés rue Saint-Rome sous l'enseigne de Super-photo, à documenter l'état de quelques rues de Toulouse avant, puis après les travaux du bitumage de la voirie. Or, ce que nous n'ignorons pas du tout, vois-tu, c'est qu'une délibération du 10 décembre 1948 précise qu'un marché est conclu avec 3 sociétés différentes pour la fourniture de 1400 tonnes de matériaux enrobés destinés au Service de la voirie, pour une somme globale de 20 millions de francs prélevée sur les crédits de l'année 1949.


Quelques rues disais-je... nous avons ébauché une carte des voies (plus d'une centaine) photographiées par le couple (merci à notre sigiste, au passage). Nous laissons ton regard ébahi contempler l'ampleur des travaux. Automobiliste d'aujourd'hui, transporté en commun, cycliste, piéton, pousseur de poussette, au masculin comme au féminin, avoue que tu es ravi d'avoir échappé à cet enfer.
Si ces près de 700 images te semblent rébarbatives à consulter, admire ces trois aspects : d'un, l'angle de prise de vues, qui ne laisse aucun doute sur le fait que le sujet de la photographie est bien la voie, et non la rue, nuance ; de deux, le témoignage sur l'état d'urbanisation de la ville au mitan du siècle dernier ; et de trois, le repos visuel généré par la quasi-absence de l'automobile !

DANS LES FONDS DE


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Récit de carrière de Nicole Roux-Loupiac et Jean-Philippe Loupiac, architectes, Atelier 13 à Toulouse (1966-2017) : vidéo de présentation. Arrêt sur image. Nicole Roux-Loupiac et Jean-Philippe Loupiac (Atelier 13) / Annaëlle Guérin (Agence Bird) - Ville de Toulouse, Archives municipales, 3Num33.

Quand les archives donnent de la voix…


décembre 2018

Saviez-vous que nous comptons parmi nos collections des archives audiovisuelles ? Et saviez-vous que, parmi celles-ci, nous conservons également la parole de plusieurs témoins du XXe siècle toulousain ?

Recueillis par des professionnels lors de campagnes ciblées, auprès de personnes choisies pour le rôle qu'elles ont tenu dans les événements relatés, ces récits, le plus souvent filmés, apportent des informations que même le plus complet des dossiers administratifs ne peut laisser entrevoir : un côté sensible, palpable, « humain ».

Quatre thématiques ont jusqu'ici fait l'objet d'une collecte de témoignages :
• la restauration du couvent des Jacobins,
• le travail des architectes de l'Atelier 13, • l'ancienne usine papetière JOB,
• l'œuvre des photographes Jean Dieuzaide et André Cros.

Les enregistrements qui en sont issus sont librement accessibles en ligne et mis à disposition du public, dans le respect de quelques règles de réutilisation.

Alors, si vous ne supportez plus les films de Noël, tenez bon : vous savez désormais qu'il existe une alternative...

Portrait d'Émilienne Gosse posant à l'avant d'un canot sur la Seine à Courbevoie, 7 septembre 1917, négatif N et B stéréoscopique. Raoul Berthelé - Ville de Toulouse, Archives municipales, 49Fi1189 (détail).

Sans voix


décembre 2018

Il en est un qui n'a pas voix au chapitre au sein de la rédaction d'Arcanes. « Trop déprimant ! », s'entend-il répondre à chaque proposition d'article.
Pauvre de lui ; torturé depuis son enfance par des clowns faussement gais, des cirques miteux, des trapézistes rampants et des numéros d'écuyères sur de poussifs poneys, il porte cette indélébile blessure et traîne son mal ; il cherche sa voie dans une thérapie fort peu académique : l'image du moi(s) qu'il présente régulièrement sur le site des Archives.
Rejeté par Arcanes, contraint à faire cavalier seul, P... (nous pourrions aussi l'appeler Z...) nous offre depuis 2013 des billets d'humeur mensuels (mensuelle conviendrait aussi bien) autour d'une image forte conservée dans les collections des Archives. Au fil des mois, des années, nous avons pu mesurer l'océan infini de sa déprime devant les gens heureux, les vélos, les enfants, les walkman, les ados, les mobylettes, les post-ados, les quarantenaires en trottinette, les vieux-beaux gominés, sans oublier cette profonde aversion pour les clowns en tout genre.

L'écriture comme catharsis. Nul ne saurait dire si sa thérapie marche, mais, finalement, il faut avouer que l'on s'en moque : s'il écrit, c'est avant tout pour notre plus grand plaisir.

DANS MA RUE


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Mur de l'église, entrée de la chapelle du Saint-Sacrement. Nin, Patrice (c) Ville de Toulouse, IVC31555_20153100528NUCA, 2015.

À (haute) et claire-voie


décembre 2018
A priori, l'expression est sans ambiguïté. Pourtant, ce type de fenêtre a en fait eu du mal à trouver… sa voie.
D'ailleurs, dans son Dictionnaire  de l'architecture française du XIe au XVIe siècle, Viollet-le-Duc ne définit même pas la claire-voie. Mais à l'article "fenêtre", il l'emploie à plusieurs reprises pour évoquer la partie de la baie par laquelle entre la lumière du jour. Chez les historiens de l'art, la définition ne se stabilise qu'en 1972, avec le Vocabulaire de l'architecture de Pérouse de Montclos. Il définit la claire-voie comme une série de baies, avec ou sans menuiserie, ajourant un mur, telle qu'on peut la voir dans les plus beaux édifices du gothique flamboyant du nord de la France. On retrouve également la claire-voie dans les galeries des cloîtres ou celles reliant différents corps de bâtiments des hôtels particuliers, comme à l'hôtel d'Assézat. Elle peut aussi se décliner en une juxtaposition de fenêtres, comme à l'hôtel Delfau, rue de la Bourse, ouvrant sur la cour par une série de trois croisées ; ou encore sous la forme de grands bow-windows, tels ceux des immeubles bourgeois de la fin du 19e ou du début du 20e siècle.
Élévation sur le boulevard. Phot. Noé-Dufour, Annie. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, 20073107725NUCA, 2002.Mais les architectes abordent l'expression de manière différente. Dans le Dictionnaire général du bâtiment, la définition rejoint l'esprit de Viollet-le-Duc, s'agissant là d'un ouvrage composé d'éléments qui laissent passer le jour : balustrade, garde-corps, claustra ou encore moucharabieh. Ce dernier terme nous transporte dans les villes du bord du Nil ou de la mer Rouge, au climat bien éloigné de nos régions tempérées. Pourtant, ces ouvrages à la fois cloisonnés et ajourés, permettant de voir sans être vu, l'architecture contemporaine de l'hémisphère nord s'en est emparée, jouant avec l'esthétisme de ces motifs réticulés. Le bâtiment des Archives départementales, le long du canal du Midi, construit entre 1951 et 1955 par Jean Viatgé et Fabien Castaing, présente ainsi une façade entièrement vitrée mais sur une structure ajourée, véritable moucharabieh de béton, restreignant la luminosité et empêchant l'entrée directe des rayons de soleil dans les salles d'archivage. Les architectes Joachim et Pierre Génard quant à eux, conçoivent un mur de claustra de terre cuite laissant passer la lumière à travers les vitraux d'Henri Martin-Granel dans l'église du Studium des Dominicains à Rangueil. De façon moins monumentale, on retrouve un motif de claustra de béton sur la maison du n°16 rue Ringaud, construite par Robert-Louis Valle en 1957.
Ainsi la claire-voie, ouvrant un mur, devient une claustra, fermant une ouverture !

SOUS LES PAVÉS


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Orifices de pots acoustiques visibles, au-dessus de l'orgue, dans la voûte de l'église de la Dalbade à Toulouse, 2018, photographie Marc Comelongue, Atelier du Patrimoine et du Renouvellement urbain.

Paléo-écho


décembre 2018
Les archéologues du futur trouveront peut-être, à l'emplacement d'un studio d'enregistrement de la banlieue toulousaine, les vestiges d'un microphone ou, mieux encore, d'une bande magnétique où quelques particules encore aimantées permettront, par exemple, de découvrir la voix lancinante d'une chanteuse de doom métal du début du XXIe siècle. Qu'en concluront-ils ? Que nous étions tous occultistes ? Ou que la jeunesse d'alors était bien désespérée ?
Les archéologues d'aujourd'hui retrouvent quelquefois des artefacts ayant trait à la musique. Cela va de modestes trompes d'appel médiévales en céramique à la magnifique coupe romaine en verre représentant des lyres retrouvées lors de la fouille de la station de métro François-Verdier à Toulouse en 2002-2003. Mais des vestiges liés à la voix ? Eh bien, il en existe : ce sont les pots acoustiques. Ces poteries ventrues, mais à ouverture étroite, sont méconnues car elles sont quasi-invisibles, prises dans la maçonnerie des voûtes des églises médiévales. Elles y agissent comme des petites caisses de résonance qui amplifient le son. À Toulouse, en levant les yeux et en regardant bien attentivement (car leur orifice est vraiment petit), vous pourrez en découvrir dans la cathédrale Saint-Étienne ou dans les églises des Jacobins, du Taur ou de la Dalbade. Dans cette dernière, elles ne sont d'ailleurs présentes que sur une partie de la voûte, car cette dernière a été en partie détruite puis reconstruite, mais cette fois-ci sans pots à écho, à la suite de l'effondrement du clocher en 1926. Cela fait donc de la Dalbade, à l'instar de certaines guitares, une église semi-acoustique…

EN LIGNE


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Page de couverture du numéro 2 de La Lune Rousse, journal du MLF toulousain. Ville de Toulouse, Archives municipales, 111Z18.

Femmes en voix


décembre 2018

Tout au long des siècles, les femmes se voient proposer des chemins de féminité bien définis, dont elles ne dévient que rarement : du modèle suprême, mais inaccessible, de la Vierge Marie qui indique à la femme qu'elle doit souffrir sans souffler mot, au contre-modèle de l'Ève tentatrice dont la soif de connaissances, donc de nouvelles voies défendues, s'avère destructrice, les femmes médiévales n'ont que peu de voies qui leur sont proposées. Pourtant, elles ne sont pas enfermées : elles concentrent même une très grande partie des tâches quotidiennes du travail dont vit le ménage – travail paysan, commercial, de représentation sociale dans les plus hautes sphères.

Tout au long de l'époque moderne, leurs droits, moins sous l'influence de la législation ecclésiastique que sous l'encadrement monarchique, se réduisent comme peau de chagrin : les pouvoirs civils s'éveillent et souhaitent encadrer la cellule familiale qui, dès le 19e avec son bien misogyne code civil napoléonien, est fêtée comme le fondement naturel et irremplaçable de la société.
Les voies des femmes sont donc, en théorie, peu glorieuses et leurs voix peu entendues : mais il ne faut pas déduire de ce silence – littéraire, scientifique, politique, mais aussi archivistique – une absence des femmes dans la dynamique sociétale. Les hommes et pouvoirs tendent certes à définir et circonscrire toujours au plus près leurs places, mais elles ont toujours été des moteurs fondamentaux de l'économie, des réseaux de sociabilités culturels, scientifiques et politiques ou tout simplement de la démographie française.

Les premières féministes (on pourrait en ancrer les origines dans ces femmes de pouvoir que sont les Catherine de Médicis, les Madame de Pompadour ou les Ada Lovelace, mais est-ce bien représentatif ?) ne sont donc pas des femmes qui briseraient enfin les carcans et rendraient aux femmes leurs voix : elles s'approprient en fait de nouveaux moyens d'expression, ceux qui étaient considérés comme typiquement masculins.
En effet, c'est par le recours à la presse, à la radio, à la manifestation, aux procédures judiciaires, aux revendications politiques qu'elles érigent une nouvelle voie, mais pour traiter de sujets nouveaux, qui leur sont propres et qui n'avaient jamais eu autant de visibilité dans la sphère publique. Et comme ces sujets nouveaux doivent être traités de manière nouvelle, elles se réunissent, par exemple, à Toulouse dès le début des années 1970, dans un local, rue des Blanchers, puis au fameux 19 rue des Couteliers. Elles fondent leurs propre journal, La Lune Rousse, leur propre Radio Mille et Une, leur propre festival de cinéma, leurs propres revendications politiques (locales, internationales comme internationales), médicales et culturelles. Cette voie nouvelle peut maintenant nous paraître loin : aujourd'hui accomplie pour certains, menacée pour d'autres. Un recul historique de quelques décennies, que nos amis médiévistes et modernistes jugeront bien insuffisant, nous offre tout de même le début d'un regard historique. Le fonds d'archives de la branche toulousaine du MLF, s'étendant de 1970 aux années 2000, vient d'être versé, sous forme de don définitif, aux Archives municipales de Toulouse. Elles sont désormais classées et consultables dans la série 111Z : n'hésitez pas à les faire vivre et à rencontrer les voix/voies de femmes surprenantes.