Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

VISITE


novembre 2023

DANS LES ARCANES DE


Cabinet d'Eugène Trutat place du Salin, 1894, négatif N&B sur verre, 13 x18 cm. Eugène Trutat - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 51Fi193.

Visite des tas


novembre 2023

Le premier contact avant la prise en charge d’un fonds est parfois décourageant devant l’ampleur de la tâche. Que celui qui ne s’est jamais retrouvé au milieu de piles d’archives poussiéreuses, dans un ordre tout relatif, me jette la première boîte Cauchard. Je ne connais pas de professionnel du secteur n’ayant une anecdote sur ces « visites des tas » à raconter, mais aujourd’hui je serais plutôt enclin à vous parler des tas de visites auxquelles vous convie le numéro 147 d’Arcanes.
Tout d’abord celles, officielles ou touristiques, qui ont été immortalisées par des photographes toulousains. Du Bey de Tunis au Prince Philip, de la lagune vénitienne au Pallazzo Vechio florentin, vous voyagerez dans le temps et l’espace tel un Doctor Who en archivistique.
Vous suivrez aussi les pérégrinations du syndic des visites, sorte d’inspecteur de l’hygiène au sein des abattoirs de la ville au 17e siècle qui, à l’occasion d’une épizootie, est chargé de publier un arrêt du parlement dans les villes de Gascogne et Languedoc.
Plus près de vous, sans être pour autant plus accessibles, les magasins d’archives habituellement interdits au public pour des raisons de conservation et de sécurité, s’ouvrent tout de même une fois par an pour des visites lors des Journées européennes du patrimoine.  
Mais peut-être préférez consacrer vos week-ends à d’autres activités. Pourquoi ne pas aller voir un parent âgé, et pour ce faire, emprunter un parcours jalonné d’édifices remarquables dans le quartier de la Côte-Pavée ? Toutefois, si vous portez votre manteau rouge, méfiez-vous de n’être suivi par une personne peu recommandable.
L’évêque, lui, devait être tout de violet vêtu lors de ses visites pastorales, dont les notes sur l’état des églises constituent une source non négligeable de l’histoire de ces édifices sur lesquels travaillent les archéologues. Plus prosaïquement, ces derniers sont généralement affublés de vestes de sécurité fluorescentes, notamment lors des journées portes ouvertes où ils vous accueillent sur des sites fouillés ; ce qui peut créer une confusion en cas de visite de gilets jaunes.
Si vous préférez rester chez vous, en pilou-pilou, les Archives peuvent néanmoins venir à vous. Des reportages sont à votre disposition sur notre site pour admirer notre superbe bâtiment et rencontrer notre sympathique équipe. Mais que cela ne vous empêche pas de venir nous voir en vrai (on est mieux).

ZOOM SUR


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[Album de la famille Marion-Brésillac - Château de Launaguet] Départ des Mauvaisin, 1912. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 83Fi58/64.

Un petit tour et puis s’en vont


novembre 2023
Les images d’archives documentant les « visites » sous leurs différentes acceptions sont légion, notamment celles d’hommes d’État venus à Toulouse s’entretenir avec les responsables politiques : la presse locale et les institutions ayant eu à cœur de relayer ces événements et d’en garder la trace. Ces photographies de visites officielles, souvent pleines de promesse et d’allant, ont quelque chose d’émouvant. Est-ce dû à leur caractère fugace ? Quoi qu’il en soit, leur enjouement me frappe. À peine arrivées, les personnalités défilent, sourire aux lèvres, dans la voiture automobile ou le fiacre qui les conduit solennellement à l’hôtel de ville, devant une foule en liesse. C’est l’enthousiasme des débuts. Tout est ouvert. Tout est possible. Ainsi de la visite à Toulouse du président Gaston Doumergue, le 9 juin 1929, défilant au côté du maire socialiste de l’époque, Étienne Billières, ou celle de Mohamed el-Habib, Bey de Tunis, le 22 juillet 1923, poétiquement photographié devant l’enseigne « Au Rêve » alors qu’il passe aux abords du Grand Hôtel. 
Voisinent avec ces clichés, des reportages plus prosaïques réalisés lors de visites de chantiers ou d’usines : visite de l’usine aéronautique de Saint-Martin-du-Touch par Valéry Giscard d’Estaing et André Turcat, le 20 mai 1969 ; visite du prince Philip d’Angleterre chez Sud Aviation, en novembre 1965. Sans compter les souvenirs des visites rendues par courtoisie, à la famille ou aux amis, souvent prétextes aux traditionnels portraits de groupe : ici réalisé dans une calèche, au moment du départ, car toutes les visites ont une fin.
Mes préférées entre toutes restent cependant les images prises lors de visites touristiques, quand l’on parcourt un pays à la découverte de ses curiosités et de ses sites. Tel le photographe toulousain Louis Albinet qui, à l’été 1920, a sillonné l’Italie lors de son voyage de noces, nous livrant des clichés d’une rare beauté. Pise, Milan, Rome, Florence, Venise… c’est toute l’Italie monumentale qui défile sous nos yeux. Le fil rouge ? La frêle silhouette de Juliette Albinet posant inlassablement devant la tour penchée, au sommet du palais Vecchio ou embarquée sur une gondole remontant le Grand Canal. Des vues stéréoscopiques sur plaque de verre récemment décrites et numérisées que vous pouvez désormais consulter en visitant ce lien.

DANS LES FONDS DE


"De maand april" [allégorie du mois d'avril]. Gravure de Frederick Bloemaert d'après un dessin d'Abraham Bloemaert, entre 1635 et 1670. Rijksmuseum Amsterdam, inv. n° RP-P-BI-1555.

1603 ou les tribulations du syndic des visites


novembre 2023

Parmi les diverses opportunités de carrières proposées au sein de l'administration de la ville de Toulouse, il y en a (eu) une qui laisse songeur, celle de syndic des visites.
La fiche de poste ne nous est pas parvenue, rares sont les chercheurs qui se sont penchés sur cet emploi (réservé ?), et l'on doit se borner à considérer que le rôle de ce personnage était de faire des tournées d'inspection dans les affachoirs, boucheries et autres lieux de la ville où l'on se préoccupait de sécurité alimentaire (avant que le terme ne soit inventé). Ce poste de syndic des visites va d'ailleurs tout bonnement disparaître au cours du 17e siècle1.
En 1603, c'est Jean Chayde qui est pourvu de cet emploi, et il a fort à faire car une épizootie ravage alors le bétail à laine et à corne d'une partie du royaume2, à tel point que le parlement de Toulouse doit promulguer le 12 avril un arrêt portant inhibition à tous « gentilhomes, marchans & autres de ne trasduire aulcune quantité dudit bestail en Espaigne ny faire amas et achaptz d'icelluy »3. Cet arrêt a force de loi dans toute l'étendue du ressort du parlement, mais il reste encore à le publier, c'est à dire le porter à la connaissance des consuls des villes et bourgades, le crier à son de trompe et en afficher des exemplaires4.
Jean Chayde est missionné afin d'aller assurer la publication officielle de cet arrêt en Gascogne, puis en Languedoc.C'est là pour lui une occasion de rompre avec la monotonie de son travail, de lui permettre d'enfourcher une cavale et d'aller prendre l'air pour voir si l'herbe est plus verte ailleurs.
De ces trois semaines de routes, de chemins, d’auberges et de visites, il a laissé un état détaillé afin de pouvoir se faire rembourser des divers frais avancés pour ses repas, couchées, locations de chevaux et autres menues dépenses5.
Nous pouvons donc le suivre dans ses premières étapes qui le mènent successivement à Grenade, Beaumont de Lomagne, Cologne, Fleurance, Gimont et Lisle Jourdain. Tout se passe sans anicroche notable, les tables semblent bonnes et les auberges accueillantes. L’arrêt du parlement y est publié sans problème.
En revanche, il n'en sera pas de même pour son périple du côté du Languedoc. À Castelnaudary, son arrivée coïncide avec la Fête-Dieu : impossible de songer à publier l'arrêt, il lui faudra le faire lors de son retour. Ensuite, il ne fait que passer par Carcassonne avant d'échouer à Narbonne. Là, les consuls y mettent de la mauvaise volonté, on le renvoie vers le maître des Ports, puis vers le contrôleur des droits forains, sans oublier le procureur du roi. Après une partie de ping-pong entre institutions diverses qui se partagent la ville, l'arrêt est finalement publié à son de trompe et affiché. Mais Jean Chayde n'en a pas fini avec les tracas administratifs : à Carcassonne, c'est la même rengaine, et il en repart sans avoir pu rien publier – mais avec la promesse qu'on le fera pour lui. Il ne lui reste plus qu'à repasser par Castelnaudary afin de compléter sa mission. Cette fois, il tombe un jour de marché, et la publication peut se faire avec célérité et dans les règles.
Jean Chayde va terminer cette tournée par un solide souper dans une auberge de Villefranche de Lauragais avant de retrouver le train-train de ses visites à Toulouse, qui, finalement ne doit pas lui sembler si désagréable au vu des ennuis rencontrés dans la seconde partie de son périple.

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1- On ne trouve encore trace en 1628, lors de la destitution d'Antoine Février, accusé de concussion avec les bouchers et boulangers – BB 29, f° 99v-110, conseil des capitouls du 9 octobre 1628.
2-  Nous pensons qu'il pourrait s'agir de la maladie dite « le mal de langue », déjà signalée cette année-là à Avignon, et citée dans l'étude de François Vallat : « Une épizootie méconnue : le “mal de langue” de 1763 », Histoire et Sociétés rurales, vol. 20 (2e semestre 2003), p. 79-119.
3- AA 21, acte n° 118.
4-  Nous savons que cet arrêt a été imprimé en grand placard mais nous n'avons malheureusement pas pu en trouver d’exemplaire.
5- CC 2579, pièces n° 415-431.

LES COULISSES


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Visite dans les entrailles de l’ancien réservoir d’eau de Périole en 1992, avant leur réhabilitation en dépôt d’archives pour la ville. Tirage photo N&B 18 x 24. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 2Fi1368.

Accès restreint


novembre 2023
Pour approcher les fonds d’archives conservés aux Archives municipales, il faut attendre les jours d’ouverture exceptionnelle des magasins. Ceux-ci sont en effet inaccessibles aux personnes externes au service. La raison ? Assurer la bonne conservation des documents, éviter les dégradations et les vols. C’est aussi l’explication au fait que les documents d’archives ne sont pas disponible en accès libre. Le public, appelé lecteur dans les salles de consultation, est invité à commander les documents qu’il souhaite consulter aux présidents de salle de lecture (les archivistes) puis à attendre que les documents lui soient livrés. 
Au moins une fois par an, pour les journées du Patrimoine, les Archives municipales ouvrent les portes de leurs coulisses et dévoilent leurs trésors. C’est alors l’occasion de déambuler au cœur d’un réservoir d’eau construit en 1892. Rendez-vous en septembre prochain pour en savoir plus !

DANS MA RUE


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Élévation antérieure de la maison 21 rue Périssé. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Toulouse Métropole ; (c) Inventaire général Occitanie, IVC31555_20133101661NUCA.

En visite chez mère-grand


novembre 2023
Le petit chaperon rouge s’en allait rendre visite à sa grand-mère, lui porter une galette et un petit pot de beurre. Mère-grand, très âgée et malade, logeait désormais à la maison de retraite des Petites Sœurs des pauvres, le long de l’avenue Jean-Rieux. À peine se fut-elle éloignée de la maison de sa mère, au 21 rue Périssé, une jolie petite chaumière de style Art déco construite par Augustin Callebat en 1928, qu’elle rencontra compère loup.
Il lui demanda où elle allait. La pauvre enfant, qui ne savait pas qu'il est dangereux de s’arrêter écouter un loup, lui dit : « Je vais voir ma mère-grand, et lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma mère lui envoie ». « Demeure-t-elle bien loin ? lui demanda le loup » «  Oh ! oui, dit le petit chaperon rouge, c'est par-delà le parc du Caousou que vous voyez tout là-bas, en face de la villa des Rosiers ». « Hé bien, dit le loup, je veux aller la voir aussi ; j’y vais par ce chemin ici, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera. »
La petite fille s’en alla par le chemin le plus long, prenant le temps d’admirer l’ancien cinéma Le Pérignon et sa halle en pan de béton armé et l’école maternelle Jean-Chaubet dont les lignes et l’alternance brique/béton lui rappelèrent celles de la bibliothèque du patrimoine,  Arrivant par la cité jardin de la régie du gaz, elle fut frappée par l’agréable disposition de ses bâtiments, conçus pour les familles nombreuses des employés de la régie municipale par les architectes Fabien Castaing et Pierre Viatgé de 1949 à 1952. Après avoir jeté un coup d’œil à la villa Art nouveau du 120 avenue Jean-Rieux, le petit chaperon rouge se prépara enfin à tirer la chevillette du portail de la maison de retraite.

SOUS LES PAVÉS


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Journée portes ouvertes sur le chantier archéologique de l’hôpital Larrey à Toulouse, 11 décembre 1988. Reportage photographique de la Direction de la Communication - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 15Fi5933/2.

Anciennes visites, dernière visite


novembre 2023
Les archéologues médiévistes ou modernistes apprécient tout particulièrement la lecture des anciennes visites pastorales. Ce sont les comptes rendus des inspections faites régulièrement par les évêchés dans les paroisses. On y notait l’état des églises et des cimetières, ainsi que du mobilier utilisé par le curé, et on indiquait ce qui devait être amélioré. Même les chapelles privées étaient examinées. C’est ainsi que, lors d’une étude menée par le service archéologique de Toulouse Métropole à Beaupuy, on a relevé que le seigneur du lieu avait possédé sa propre chapelle à côté de son château, tous les deux maintenant disparus. Et plus récemment, à l’occasion de la révision de la carte archéologique de Saint-Orens-de-Gameville, les visites ont permis de recenser des oratoires avec leur autel domestique chez plusieurs habitants du 18e siècle, structures qu’il aurait été bien difficile de repérer autrement.

Mais les archéologues organisent aussi leurs propres visites. Il s’agit de journées portes ouvertes qui permettent au public de visiter leur chantier en cours de fouille. À Toulouse, on pratique ce type de médiation depuis les années 80 comme le montre la photographie que nous présentons. Nous sommes le 11 décembre 1988 sur le site de l’ancien hôpital militaire Larrey et nous pouvons y apercevoir les ruines d’un bâtiment des 5e-6e siècles de notre ère. L’occasion n’était pas à manquer car il s’agissait là d’une dernière visite. En effet, ces vestiges, identifiés comme le palais des rois wisigothiques de Toulouse, ont laissé peu après la place à un projet immobilier.

EN LIGNE


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Archives municipales. 29 juillet 2016. Extérieur du bâtiment. Stéphanie Renard - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 4Num13/17.

Visiter les Archives


novembre 2023
Si vous rêvez de venir nous voir (ou plutôt nos magasins d’archives), de descendre dans les sous-sols et de parcourir le réservoir de Périole (en bonne compagnie bien entendu), les occasions sont, il faut bien le reconnaître, assez limitées : hormis lors des Journées européennes du patrimoine, les visites à destination du grand public sont exceptionnelles. C’est ainsi.

Il existe toutefois une alternative virtuelle, accessible depuis votre canapé (si tant est que vous puissiez de là accéder à notre base de données). Deux reportages photographiques ont en effet été réalisés en 2016, l’un consacré à notre magnifique bâtiment, l’autre à notre splendide équipe, et mis en ligne à disposition de tous. Cela ne remplace évidemment pas une déambulation réelle au milieu des rayonnages mobiles, ponctuée de grincements de manivelle et de l’odeur de vieux papiers, mais cela donne tout de même un bon aperçu de l’endroit mythique que nous occupons…

Vous aurez ainsi l’occasion d’approcher Neptune, d’observer de près des jauges de remplissage transformées en lampadaires, de vous extasier sur des tubes à section carrée (ou bien ronde), de slalomer au milieu des meubles à plans, de découvrir des grappes de sceaux et peut-être même d’entr’apercevoir un ou une archiviste au détour d’un couloir.

Alors, n’hésitez plus : attrapez votre plus belle souris et commencez la visite !