Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

CIEL


avril 2019

DANS LES ARCANES DE


Le Mirail, quartier de la Reynerie urbanisé autour de son lac, et survol des Pradettes. 1986. Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi4876.

Toulouse, destin démen-ciel


avril 2019
Si, dans ce numéro, nous prenons encore de la hauteur, ce n'est pas pour disputer à la légèreté de ces plumes d'oies auxquelles nos fonds anciens doivent tant (non, non), mais pour regarder Toulouse face à son destin (si, si).
De 230 000 habitants en 1941, la ville est passée à plus du double aujourd'hui. Si le différen-ciel démographique donne le vertige, les images aériennes de nos fonds ne le donnent pas moins. Et c'est encore plus vrai si l'on considère le territoire de la cité élargi aux communes alentour, aujourd'hui et il y a 60 ans. (Pour remonter jusqu'au cadastre toulousain de 1680, rendez-vous sur UrbanHist+). Toulouse à la conquête de l'espace : rural, aérien, spatial... Quo non ascendet ? s'enorgueillissaient déjà les comtes raimondins.
Toulouse s'est donc élancée : inaccessible étoile, ou "porte du ciel" ? Si l'on se fie à des chiffres aussi offi-ciels qu'exponen-ciels, en terme d'aménagement, une belle équation se pose à la cité de... Pierre de Fermat, le ciel en soit loué !

ZOOM SUR


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Cortège funèbre du père Marie-Antoine. 10 février 1907. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi7190.

Au Ciel !


Avril 2019

"Toulouse sut toujours honorer ses morts. De mémoire de Toulousain, jamais elle ne donna le spectacle grandiose des triomphales obsèques qu'elle vient de faire au religieux qu'elle se plaît à appeler son saint1."
"Le saint est mort !" Vendredi 8 février 1907, à 5 h du matin, la ville était encore assoupie quand se propagea la nouvelle : le père Marie-Antoine, dit "le saint de Toulouse", s'était éteint à l'âge de 82 ans dans le couvent qu'il avait fondé. Deux jours durant, 4 000 personnes défilèrent devant son corps exposé au pied du maître-autel de la chapelle des Capucins : certains déposant des lettres à ses pieds, d'autres emportant à la hâte un morceau de sa robe ou un poil de sa barbe en guise de reliques. 
Dimanche 10 février, en début d'après-midi, le cortège funèbre quitte le couvent de la Côte-Pavée et se met en marche vers la cathédrale Saint-Étienne où les obsèques vont être célébrées. Tout au long du parcours, la même foule noire, compacte, venue lui rendre hommage. "À combien peut-on évaluer cette foule ? À quarante, cinquante mille personnes ?" s'interroge un journaliste de l'époque avant de conclure, philosophe : "Il y a des foules qui ne se dénombrent pas 2. Cette photo a été prise peu après la cérémonie, alors que l'imposant cortège s'engage rue Riguepels, en direction de Terre-Cabade, où l'inhumation est prévue. Au premier rang, les représentants du clergé diocésain et des congrégations religieuses. Puis le cercueil, porté par un groupe de fidèles, recouvert de l'étole du père et de la chasuble revêtue lors de sa dernière messe. 
Or, à y regarder de plus près, ce n'est pas tant la foule qui attire notre attention, mais le cercueil dont se dégage comme une lumière étrange, quasi... surnaturelle. Rien de surprenant venant du père Marie-Antoine, qui se voulait un saint depuis l'enfance, et qu'on louait pour ses miracles ! N'avait-il pas d'ailleurs interpellé à Lourdes l'écrivain naturaliste Émile Zola en ces termes ? "Eh bien, Monsieur Zola, ici le réel n'est pas le réalisme. Le réel est divin3 !"

Notes
1. L'Express du Midi, 11 février 1907.
2. Id.
3. Le saint de Toulouse. Vie du P. Marie-Antoine des FF. MM. Capucins, Père Ernest-Marie de Beaulieu, Toulouse, L. Sistac, 1908, p. 448

DANS LES FONDS DE


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Ciel mon Zénith !


avril 2019
 

À Toulouse, si vous cherchez le zénith, vous le trouverez non seulement au-dessus de votre tête, mais aussi sur le plancher des vaches dans le quartier des Arènes ! Inauguré en 1999 et d'une capacité de 11000 personnes, le Zénith de Toulouse est l'une des plus importantes salle de spectacle de France. Grâce aux reportages photos de la mairie de Toulouse, vous pouvez admirer les différentes phases de construction de cet étonnant bâtiment aux allures de « soucoupe volante » !

 

 

 

 

 

LES COULISSES


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Livre I des Annales (1295-1532), chronique 133. Les portraits des capitouls des années 1438-1439 et l'entrée du dauphin Louis à Toulouse le 25 juin 1438. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB273 feuillet 8 verso.

Se partager le ciel


avril 2019

Parmi les ciels possibles, nous avons choisi d'évoquer ici celui qui couvre les dais de procession de la ville.
Le dais ou pallium (ce qui donne poile-poêle..., bref toutes les graphies possibles dans les archives) est un élément indissociable des entrées royales dans les villes.
Plusieurs enluminures des Annales manuscrites des capitouls montrent ainsi ce dais dont les huit bâtons sont tenus par les capitouls, sous lequel parade le Roi ou le Dauphin. L'illustration ci-contre montre ce dernier, futur Louis XI, faisant son entrée en Toulouse sous un dais au ciel à rayures, le 25 juin 1438.
Notons que les capitouls refuseront les honneurs du dais à sa mère, la reine Marie d'Anjou, lorsqu'elle fit son entrée dans la ville en mars 1442. Mais, maligne, elle monta en croupe sur le cheval de son fils et bénéficia ainsi de l'agrément du dais, au nez et à la barbe des capitouls.

Si la Reine avait su qu'en 1606 on aller proposer le dais au connétable de Montmorency, gouverneur du Languedoc, elle en aurait été certainement piquée. D'ailleurs, celui-ci, grand seigneur, le refuse et le dais, vide d'occupant, est porté symboliquement devant lui jusqu'à l'église Saint-Étienne.
Ce qui va suivre est moins glorieux : une fois le cortège achevé, les pages et laquais du connétable se jettent sur le dais « l'enlesverent par force, sans en pouvoir conserver que la moytié » (BB277, chronique 279, p. 121). Cet assaut sur le dais, qui s'apparente au pillage d'une ville forcée, est pourtant caractéristique des entrées officielles. Les suivants du connétable escomptent ainsi revendre au plus offrant les riches dépouilles qui garnissent ce dais : les franges de soie cramoisie, la crépine d'or comme le drap garni du ciel (CC2586, pièces n°85-86).

Enfin, pour preuve que le ciel était accessible à tous (en revanche, de nos jours, on ne saurait trop dire), il suffit de quitter la rue où parade le roi et d'entrer dans l'intimité des maisons où trône un élément mobilier indispensable : le lit. Lui aussi couvert de son ciel.

Pour en découvrir les caractéristiques et usages, nous ne saurions trop vous recommander la lecture du dossier des Bas-Fonds « In bed with... », il ouvre vers d'autres cieux.

DANS MA RUE


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Élévation sur la rue des amidonniers. Phot. Peiré, Jean-François (c) Inventaire général Région Occitanie, 1994 IVR73_94310022XA_P

« Ciel mon mari ! »...


avril 2019
… Aurait pu s'écrier la dernière femme de Barbe-Bleue en entendant résonner les pas de son sinistre époux. Point de gorges tranchées ici pourtant, ni de discours sur le désir ou l'infidélité, mais une plante aux propriétés tinctoriales bien connues : le pastel. D'un jaune lumineux lorsqu'elle éclot, ses feuilles, une fois broyées, fermentées, séchées et chauffées, donnent aux tissus plongés dans leur bain un bleu profond. Bleu comme un ciel d'été, la barbe du monstre ou les yeux du prince. Le pastel à Toulouse voit son apogée entre le 15e et le 16e siècles, enrichissant de nombreux marchands spécialisés dans son commerce : Bernuy, Cheverry, ou encore Assézat, dont les noms évoquent aujourd'hui de somptueuses demeures. Cette prospérité est détrônée au 17e siècle par l'indigo venu des Indes et du Nouveau Monde, au pouvoir colorant plus efficace. 
Au début du 19e siècle, Napoléon Ier essaie de relancer la culture du pastel dans le Languedoc, afin de lutter contre la pénurie d'indigo provoquée par le blocus de l'Angleterre. La manufacture de bleu de pastel, dite indigoterie impériale, s'installe donc en 1813 aux Amidonniers. Elle emménage dans un bâtiment construit dans les années 1790 pour abriter un moulin à papier profitant de la force motrice du canal de fuite des moulins du Bazacle. Cette tentative de réimplantation du pastel ne survit pas à la chute de l'Empire en 1814 : au fil des ans, les savoirs-faire et les recettes se sont perdues, et les résultats obtenus ne sont pas concluants. L'éphémère manufacture laisse la place à une filature de coton, puis à une usine de fabrication de pâtes alimentaires avant d'être cédée au diocèse et d'accueillir l'église Saint-Paul. Menacé de destruction en 1990, l'édifice est sauvé in-extremis par une protection au titre des Monuments Historiques. Sa longue façade de brique aux fenêtres segmentaires offre aux passants un souvenir du passé industriel du quartier. Aujourd'hui lieu de culte, quel sera son avenir demain ? Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

SOUS LES PAVÉS


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Astrolabes du Musée de Toulouse, anonyme, publié dans le Bulletin Municipal de la Ville de Toulouse d'octobre 1939. Ville de Toulouse, Archives municipales, PO1/1939/10, p. 605 (extrait).

Vieux cieux


avril 2019
Au Moyen Âge, on se servait d'un astrolabe pour calculer la position des astres dans le ciel, et le musée Paul-Dupuy de Toulouse a la chance d'en posséder un de cette époque. Les textes en langue arabe qui y sont gravés nous apprennent qu'il a été fabriqué au Maroc par Abu Bekr ibn Yusuf, l'an 613 de l'hégire, c'est-à-dire en 1216-1217 de l'ère chrétienne. L'état parfait de cet instrument en cuivre indique qu'il n'a certainement pas été retrouvé lors d'une fouille archéologique, mais qu'il est passé de main en main, d'astronomes ou d'astrologues, au fil des siècles. Son plus ancien propriétaire connu est l'abbé Vidalat Tornier, qui habitait à Mirepoix, dans l'Ariège. En 1834, il donna cet astrolabe à la Société archéologique du Midi de la France, qui elle-même le vendit au musée de Toulouse en 1893. Comme Vidalat Tornier connaissait bien l'astronome Jacques Vidal, lui aussi originaire de Mirepoix, où il décéda en 1819, certains ont avancé que l'instrument aurait appartenu auparavant à ce dernier (alors que Vidalat Tornier ne le dit jamais dans ses échanges avec la Société archéologique). Hypothèse qui devint vérité à force d'être répétée. Tout comme la supposition qu'il avait appartenu plus tôt aux dominicains de Toulouse…
Sur la photographie que nous présentons, publiée en 1939, l'astrolabe médiéval est en haut à droite. L'autre astrolabe, beaucoup plus grand, qui se trouve à gauche, est plus récent (1579) mais a le même pedigree : propriété de l'abbé Vidalat Tornier, don à la Société archéologique du Midi, puis vente au musée de Toulouse. Il paraît aussi qu'il aurait appartenu à l'astronome Vidal. Il paraît… En revanche, il fut bien la propriété du couvent des dominicains de Toulouse. Leur marque de propriété est bien gravée dessus.

EN LIGNE


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Nuages dans le ciel toulousain. Décembre 1947. Photographie N&B, 6 × 9 cm. Henry Delgay - Ville de Toulouse, Archives municipales, 36Fi61 (détail).

Septième


avril 2019
… article de votre lettre d'information, ce petit billet n'a pour objectif que de vous proposer quelques ressources en ligne potentiellement dignes d'intérêt. Et avec un sujet aussi vaste, les possibilités qui s'offrent à nous le sont tout autant : astronomie, météorologie, aéronautique, aéropostale, espace ou objectif spirituel. Il faut dire que Toulouse est résolument tournée vers le ciel, et que nos collections s'en ressentent.

Saviez-vous que nous conservons en dépôt le fonds de la Société d'astronomie populaire ? Ou bien un reportage d'André Cros sur le Centre national d'études spatiales ? Connaissiez-vous le nom de l'avion qui emporta Mermoz vers les plages lointaines du Brésil ? Ou celui du saint qui donna son nom à une célèbre basilique ? Soupçonniez-vous que la NASA utiliserait une image du même André Cros pour illustrer une publication sur le Concorde ?

Peut-être pas avant… mais, désormais, vous voilà prêts à prendre votre envol et à éblouir les foules de votre savoir cosmique… ou bien à attendre patiemment l'envoi du prochain numéro d'Arcanes.