Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

Capital(e)


juillet - août 2018

DANS LES ARCANES DE


Vue aérienne oblique de la place du Capitole et des rues aux alentours en 1957. Roger Henrard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 32Fi14.

Dans la place


juillet - août 2018
 

Quand la chaleur vous assaille, il est essentiel de ne pas perdre la tête. Ce ne sont pas les rédacteurs d'Arcanes qui vous diront le contraire. Les couvre-chefs peuvent vous protéger des rayons du soleil mais ne garantiront pas l'intégrité de votre caboche. Il faut garder le cap.
Et si vous alliez au Capitole pour profiter des derniers jours du festival Science in the city, (re)découvrir UrbanHist, ainsi que les autres activités et jeux scientifiques proposés dans le village, qui se tient sur la place jusqu'au dimanche 15 juillet ?
Profitons-en pour se balader dans le passé de ce site et observer l'évolution d'une rue devenue la place la plus emblématique de la ville au cours du temps.

ZOOM SUR


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Chapiteau de la mort de saint Jean-Baptiste : Hérode et Salomé. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi2482.

Tête d'affiche


juillet - août 2018

Effectivement en lisant ce qui va suivre vous pourrez penser qu'on travaille du chapeau aux Archives. Mais c'est de rigueur. Normal en ces temps de rigueur. Les rigidités systémiques nous font perdre la raison comme d'autres perdent la tête à cause d'un coup de tête lors d'un banquet : la coupe se remplit, un jour elle est pleine et on finit par trancher dans le vif. Inutile de se prendre la tête et revenons au sujet : « la décollation pendant la collation », iconographie appréciée de tous temps et guest star des cloîtres romans.

Les deux chapiteaux représentant la mort de Jean-Baptiste conservés au musée des Augustins ont eux aussi été bringuebalés au fil du temps. Déjà ils ont perdu leurs corps, tout comme JB, mais leur présentation a aussi été l'objet de fantaisies diverses : le tailloir sous lequel est placé aujourd'hui le chef-d'œuvre de Gilabertus n'a pas toujours été le même, comme le prouve cette plaque de verre tout droit sortie du 51Fi (fonds des Toulousains de Toulouse, que vous connaissez depuis le temps que je vous le sers à chaque occasion). Sorte de couvre-chef de chapiteau, le tailloir est rarement absent de l'équation, sauf sur cette carte postale où l'on voit très bien la place que s'est octroyée l'artiste sur le bloc de pierre, couvrant totalement la corbeille, débordant même sur la partie structurelle inférieure en faisant reposer les pieds des protagonistes sur l'astragale. Il suffit de comparer avec cet autre chapiteau de la décollation du Baptiste, où la sculpture est contenue à la place qui lui était allouée en ce début de 12e siècle.

Je vous laisse apprécier la finesse d'exécution, l'élégance des postures, la souplesse des cheveux et des mains et la richesse des costumes.

DANS LES FONDS DE


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L'Alouette, la meilleure lieuse du monde. Fabriquée par les usines Amouroux Frères, Toulouse. Pont-Neuf et place Saint-Étienne. Vers 1900. Carte postale illustrée, 14 × 9 cm. B. Sirven, imprimeur-éditeur - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4096.

Et la tête, alouette !


juillet - août 2018

Alors, voilà : ne sachant pas par où commencer la rédaction de cet article, j'ai décidé de revenir aux fondamentaux. Étymologie, quand tu nous tiens...

Caput, itis, n. : tête ; personne entière ; vie, existence ; personnage principal ; chef ; partie principale, capitale.

Merci Félix ! Grâce à toi, nos lecteurs ont ainsi l'occasion de découvrir notre magnifique collection de dictionnaires latin-français, ô combien capitale dans notre catalogue, et je sais qu'ils apprécieront...
On aurait pu aussi évoquer la bibliothécaire, la personne entière responsable des collections bibliographiques, mais je crois qu'il vaut mieux s'abstenir et garder une part de mystère… Avec un tel personnage principal, la saga de l'été risquerait de vous faire opiner du chef plus que de raison...

Nous reste donc la tête. Pensante ou chercheuse, de mort ou d'affiche, la perdre n'est jamais bon signe, si tant est qu'on tienne à la vie… Mais arrêtons-là avec ces pensées négatives : tâchons de passer un bel été (pourquoi pas à Toulouse ou dans un champ de blé ?) et forgeons-nous de beaux souvenirs, à conserver précieusement dans un coin de notre tête...

Affiche de propagande anti franquiste représentant un poing rouge terrassant un homme vert en costume.Crédit en bas à gauche : "Altavoz el frente. Informacion y propaganda para el pueblo en armas. Servicio de Mundo Obrero [Haut-parleur du front. Information et propagande pour le peuple en armes. Service de Mundo Obrero] - Ville de Toulouse, Archives municipales, 11Fi38.

Toulouse, capitale de l'exil républicain espagnol


juillet - août 2018

Dès 1939 et durant plusieurs décennies, notre ville a joué un rôle fondamental dans la continuation du fonctionnement des institutions politiques et culturelles de l'Espagne, pays ami et voisin, soumis à la dictature.

En janvier 1939, la chute de Barcelone sonne le glas de la république espagnole et l'exil pour des centaines de milliers de républicains. Durant la seconde guerre mondiale, les exilés espagnols s'organisent : propagande, réseau clandestin, résistance, guérilleros. A la fin du conflit, nombre d'entre eux comprennent que l'exil va s'installer dans le temps.

Dès septembre 1944, salle du Sénéchal, se tient le premier congrès en exil du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol). Les organisations politiques et syndicales telles que le PSOE, la UGT (Union Générale des Travailleurs) installent leur siège social à Toulouse et tiennent régulièrement des congrès rue Pargaminières dans le cloître des Jacobins ou rue du Taur, rue de Rémusat. La CNT (confédération nationale du travail) quant à elle, élit domicile rue de Belfort. Les journaux CNT, El Socialista, Ruta, Mondo Obrero sont imprimés à Toulouse. Peu à peu, les espagnols s'intègrent à la communauté toulousaine par le travail et l'éducation tout en maintenant une cohésion identitaire par de nombreux rassemblements culturels avec la création du Casal Catala en 1944, la 1re exposition intitulée « L'art espagnol en exil » en 1947 et l'Ateneo Espanol en 1959.

Aujourd'hui plusieurs associations perpétuent la mémoire de cet exil. De nombreuses manifestations culturelles et festives dont Cinespaña, « Toulouse Espagnole » réunissent les descendants de ces exilés, du temps où Toulouse était capitale de l'exil républicain espagnol. 

DANS MA RUE


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BM-montmorency : "The Capitol of Toulouse ». Estampe de Thomas Allom, dessinateur, Charles-Jean Delille, collaborateur et J. Carter, graveur, Paris : H. Mandeville ; Londres : Fisher, Fils et Cie, vers 1840 - Bibliothèque municipale de Toulouse, A-ALLOM (2-22).

Peine capitale au Capitole


juillet - août 2018

Le 30 octobre 1632, dans la cour Henri IV, se déroule une scène exceptionnelle et d'une grande violence en présence du roi Louis XIII. Henri II de Montmorency, duc, pair et maréchal, accusé de haute trahison est décapité. Grand de France, il obtient comme seule concession du roi de ne pas être exécuté en public, comme cela se déroulait ordinairement et, que la main du bourreau ne le touche pas directement. Pour ce faire, au-dessus du billot aurait été édifiée une structure permettant de faire glisser, entre deux planches, une lame, sorte de guillotine avant l'heure.

Statue d'Henri IV, œuvre de Thomas Heurtematte, 1607. 2016. Stéphanie Renard - Ville de Toulouse, - Archives municipales, 4Num10.Une plaque de marbre rappelant l'exécution est toujours lisible dans la cour Henri IV. Au moment de cet événement, cette dernière est depuis peu la cour d'honneur du Capitole. Les travaux démarrés dès les premières années du 17e siècle ont été réalisés d'après les dessins de l'architecte Pierre Souffron. Sous la direction, dans un premier temps, de Dominique Capmartin, ils sont achevés par le maître maçon Jean Bordes. Les capitouls reçoivent en 1606 l'accord du roi Henri IV pour que son effigie orne la nouvelle cour. La statue, en marbre polychrome du sculpteur Thomas Heurtematte, représente le souverain en pied, vêtu de son armure et coiffé d'une couronne de laurier.

Dans la seconde moitié du 18e siècle, les fenêtres sont modifiées, les meneaux sont alors démolis pour faciliter l'entrée de la lumière et des balconnets en fer forgé portant des blasons capitulaires, dans le même style que ceux de la façade, sont installés. Protégée au titre des monuments historiques dès 1840, la cour est restaurée à la fin du 19e siècle. C'est à cette époque que les baies retrouvent leurs ouvertures à meneaux et traverses sculptés et que de nouvelles armoiries capitulaires sont accrochées sur les façades sans grande considération historique selon l'historien local Jules Chalande (1854-1930).

SOUS LES PAVÉS


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Musée Saint-Raymond. Inscription de dédicace funéraire : "Cupitus, fils de Tolosanus, à Tolosanus son père, à Cornelia Domestica, sa mère, à Iulia Graphis, sa soeur, à lui-même, au siens et à leur descendants". Ier ou IIe s.après J.-C. Découverte à Toulouse en 1776-1777 et conservée au Musée Saint-Raymond sous le numéro d'inventaire 31013. Jacques Gloriès - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3922.

Toulousain en capitale


juillet - août 2018

En cette année 2018, il serait bon de rappeler que nous pouvons fêter un 1600e anniversaire : celui de la fondation du royaume wisigothique en Europe occidentale dont Toulouse fut la première capitale dès 418. Et ce jusqu'en 508, date où les Francs obligèrent les Wisigoths à se retirer dans la région de Narbonne et en Espagne. Mais il ne nous reste presque rien de cet épisode tolosano-royal.

Nous chercherons donc la capitale dans d'autres témoignages anciens : les inscriptions romaines qui utilisaient cette forme graphique plutôt que la minuscule. Mais ce n'est guère plus facile. Les découvertes d'exemplaires d'épigraphie antique sont étonnamment rares à Toulouse. A croire que le moindre bout de marbre ou de calcaire ancien a finalement été recyclé pour fabriquer de la chaux dans un four tel que celui qui est présenté, après sa mise au jour lors de fouilles archéologiques, dans la cave du musée Saint-Raymond.

Mais ce musée conserve néanmoins un cippe funéraire inscrit, dont nous présentons la photographie, découvert vers 1776-1777 au sud de la ville, aux alentours de la chapelle Saint-Roch. Ce monument avait été élevé par un certain CVPITVS pour honorer sa famille, et notamment son père TOLOSANVS dont on peut très aisément deviner l'origine. Difficile d'être plus explicitement toulousain.

EN LIGNE


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Reste de scellés apposés sur un des objets lié au "suicide involontaire" de Jean Ramondis, dit Torrofabes. Archives municipales de Toulouse, FF814/3, procédure #047, du 13 mars 1770.

Pièces à conviction


juillet - août 2018
L'élément capital dans une affaire criminelle est sans conteste la pièce à conviction ; (il est évident que s'il y a un suspect ou un accusé, ses aveux deviennent tout aussi importants).
Il est difficile de s'imaginer l'amoncellement de pièces à conviction hétéroclites qu'il pouvait y avoir aux 17 et 18e siècles dans les armoires ou coffres du greffe criminel de l'hôtel de ville.
Pourtant, en lisant une à une les procédures, on apprend que untel y apporte son habit souillé par un pot de chambre ; tel autre vient déposer et faire mettre sous scellé une touffe de ses cheveux, arrachée lors d'une empoignade homérique avec un agresseur. On y trouve encore le caillou couvert de sang qui a servi à frapper un homme, le bâton avec lequel a été rossé un autre, les mouchoirs volés trouvés dans les poches de ce vagabond lors de sa fouille, un rossignol laissé sur place par des voleurs après l'effraction d'une maison, une garde d'épée brisée...
D'autres pièces à conviction, plus encombrantes, sont remisées dans la chambre de la géhenne (torture). Il s'agit des corps de victimes de morts violentes ou suspectes. Ils ont préalablement été scellés au front à la cire rouge et n'attendent plus que les experts qui, en fouillant dans les chairs vont « faire parler » ces corps avant que l'on puisse songer à les inhumer.
Enfin, parce qu'elles sont de petit format, des pièces à conviction sont restées conservées parmi les documents des procédures criminelles des capitouls : faux billets pour le théâtre, affichettes diffamatoires, lettres d'amour ou lettres anonymes, chansons scabreuses, échantillons de tissus volés, etc... jusqu'à cette charge de pistolet retirée de la gorge et nuque du malheureux Cailhol en 1786 !
Quelques uns de ces papiers ou petits objets, vestiges des méfaits et des crimes de nos aînés se donnent à voir désormais sur une page des Bas-Fonds des Archives ; après numérisation, d'autres viendront bientôt enrichir cette petite collection.