SABLE


octobre 2021

DANS LES ARCANES DE


Tas de sables et embarcations de pêcheurs de sable au port Viguerie (années 1900). Henri Laffont – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 18Fi173 (recadrée).

A la pêche au… sable


octobre 2021

Et si nous partions pour un petit tour en barque ? Naviguer sur les eaux de la Garonne et faire escale au port de la Daurade ou au port Viguerie, ça vous tente ? L’époque à laquelle nous ferions cette excursion ne comptait pas de kayakistes et déjà le trafic fluvial de grande ampleur avait été dévié vers le canal du Midi. Nous croiserons donc surtout des bateaux lavoirs, des bateaux de pêche ou d’autres équipages comme le nôtre.

L’embarcation sur laquelle je vous propose de prendre place est une petite barque à fond plat, très effilée. Si votre forme physique laisse à désirer, mieux faut que vous mainteniez le bateau car l’activité qu’on y mène nécessite grande force. Nous ramènerons de notre expédition dans le passé plusieurs mètres cubes de sable, dragués du fond du lit de la Garonne. Ici, pas de pelle mécanique. Nous ne procéderons qu’à la force des bras. Il ne s’agit pas en effet d’une « promenade » ou d’une « joyeuse équipée » mais bien d’une activité harassante, encore pratiquée sur certains fleuves du monde.

Si vous observez bien autour de vous, ce sable est encore présent dans les rues de Toulouse. Pas à Toulouse plage ou dans les bacs des aires de jeux ! Mélangé à de la chaux ou du ciment, il a été utilisé pour la construction des bâtiments.

Certains ont sublimé ce sable en le photographiant, d’autres jouent avec ou encore le taille une fois transformé. Et même si aux Archives nous aimons jouer, vous ne trouverez aucun grain de sable dans nos collections !

ZOOM SUR


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Mettre le prix du sable dans la boîte fixée à la grue. Reportages entre le pont Neuf et le pont Saint-Pierre. Toulouse, années 1960. Jean Dieuzaide – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 84Fi69/202.

Patrimoines


octobre 2021
Si aujourd’hui on en couvre la prairie des Filtres l’été, le sable à Toulouse était surtout au fond de la Garonne, voire sur les péniches du canal du Midi. Témoin insatiable de l’évolution de sa ville, Jean Dieuzaide a photographié les abords des voies d’eaux à de très nombreuses reprises... en plus du reste !
Ce reste, ce sont près de soixante ans de photographie au cours desquels le photographe a marqué de son œil, gravé dans les sels d’argent, les richesses de la France et de l’Europe des Trente Glorieuses, avant de s’engager dans la lutte pour la reconnaissance de la photographie et des photographes. Ce reste, c’est la majeure partie de son fonds photographique, patrimoine toulousain conservé aux Archives municipales, recelant plus de 400 000 pièces, dont la mise en ligne progressive permet déjà de consulter près de 6000 images décrites individuellement.
Vous avez sans doute remarqué, en centre ville, des photographies en grand format sur l’espace public. Relayée sur le portail Urban-hist, cette exposition est l’un des événements que la ville rose consacre à Jean Dieuzaide à l’occasion du centenaire de sa naissance. Une rétrospective sera présentée à partir du mois de décembre au réfectoire des Jacobins, ainsi qu’un catalogue, un cycle de conférences et des projections audiovisuelles. Programme à venir...

DANS LES FONDS DE


Un triple crime sur le sable chaud en été ? Scène de sieste à l'ombre d'une cabane au Cap-Ferret ; villégiature de la famille Pauilhac à Arcachon en 1907. Cliché positif noir & blanc sur plaque de verre - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 69Fi163 - Fonds photographique famille Pauilhac.

Entre l'âge du bac à sable et celui de la déraison


octobre 2021

Aux Archives, lorsqu'il s'agit de remplir notre salle de lecture, nous n'avons pas nécessairement l'habitude d'aller piocher des bambins de l'âge du bac à sable. Or, cette année, nous faisons une entorse à la règle à l'occasion des vacances de Noël. En effet, nous ouvrons exceptionnellement un atelier spécial destiné aux enfants de 7 à 12 ans.
Entre archives, histoire et enquête, « Les petits détectives des capitouls » vont revivre une procédure judiciaire vieille de trois siècles. En déchiffrant les divers documents qui composent cette affaire portée devant la justice des capitouls en janvier 1725, ils se replongeront dans l'atmosphère du marché de la Pierre, retiendront leur souffle lorsque l'épée est dégainée et brandie (en pure perte d’ailleurs), découvriront des invectives désormais bien désuètes, avant d'être en mesure de rejuger l'affaire par eux-mêmes.
 - Les petits détectives des capitouls, ateliers (7-12 ans)
Détails, dates et modalités d'inscription aux ateliers

Quant aux adultes, eux, on le sait, ne sont plus éligibles au bac à sable ni aux mêmes vacances scolaires. En revanche, les samedis d'octobre et de novembre leur sont exclusivement consacrés afin qu'ils puissent s'adonner à un loisir honnête et respectable, au travers des ateliers « Tu ne tueras point, mais... tu peux toujours essayer ! ». Là, plus de place au rêve : il faut trancher dans le vif en rouvrant des affaires de meurtres ou de morts violentes, reprendre des autopsies, déterminer l'endroit précis du crime ou de la découverte du corps, faire appel à toute une variété de documents issus des archives afin d'éclairer l'événement, ses circonstances et ses acteurs.
- Tu ne tueras point, mais... tu peux toujours essayer !, ateliers (ados-adultes)
Détails, dates et modalités d'inscription aux ateliers.

Comme nous pensons aussi à ceux qui ne pourraient pas se déplacer, le crime vient jusqu'à eux au moyen d'une arme tout à fait étonnante : l'anguille ! Ou, plus exactement, la peau d'une anguille que l’on aura remplie de sable. Lorsqu'on en frappe un adversaire, on dit qu'on le « sable ». Ne souriez pas : l'arme peut se révéler fatale, même entre les mains d'un enfant. C'est là le quatrième volet des Bas-Fonds consacré à l'arme du crime ; il sommeillait depuis 2019 et vient juste d'être achevé, mis en ligne et... antidaté.
"L'arme du crime, acte quatre – l'art de sabler. Malicieuses anguilles des sables, ou simples sacs de sable, terre ou plomb : la redoutable matraque molle à la toulousaine". Dans les Bas-Fonds, n° 41.

LES COULISSES


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Pas sable ...


octobre 2021
 

Et « pas sable », pour un archiviste, c’est déjà très bien ! Non pas que nous manquions d’ambition, mais les grains de sable et les archives, ça ne fait pas bon ménage.

Laisser s’accumuler de la poussière sur un support, qu’elle soit composée de particules minérales ou organiques (suies, pollens, poils, etc.), c’est prendre le risque que le document subisse des dégradations chimiques avec l'acidité, mécaniques par abrasion ou même biologiques avec le développement de moisissures.

Alors, pour éviter dans arriver là, on époussette, on gomme, on aspire, non seulement à l’arrivée des documents dans le service d’Archives, mais encore de façon régulière pour maintenir un environnement sanitaire favorable à la conservation des documents.

La Justice a son garde des Sceaux, les Archives ont leurs marchands de sable… !

DANS MA RUE


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3ème pont Saint-Pierre (1875-1929). Vue d'ensemble prise depuis le port Viguerie à Saint-Cyprien entre 1877 et 1907. Négatif en N&B, 13 x 18 cm. Eugène Trutat - Archives municipales de Toulouse, 51Fi 280.

Le pont Saint-Pierre… ou quand la Ville de Toulouse sable le champagne pour la 5e fois !


octobre 2021
Le 14 novembre 1987, le nouveau pont Saint-Pierre est inauguré avec feux d'artifice et flonflons par le maire, Dominique Baudis. Il s'agit du 5 e ouvrage érigé en ce lieu, pour relier le port Saint-Pierre au quartier Saint-Cyprien.
Pont Saint-Pierre, vue amont depuis la rive droite. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 2013. 
Son histoire débute dans le 1 er quart du 19 e siècle, moment où l’urbanisation du territoire communal se développe peu à peu. Il fait suite à de nombreuses pétitions des habitants des quartiers périphériques désirant un accès facilité au centre-ville par la réalisation de nouveaux franchissements de la Garonne en amont et en aval du Pont-Neuf. En effet, ce dernier, seul pont encore en fonction à cette époque, est perpétuellement engorgé. 
En 1836, la municipalité décide alors la construction de deux nouveaux ouvrages : le pont Saint-Michel est ouvert à la circulation en 1844, et le pont Saint-Pierre est inauguré en 1852. 
Le conseil municipal recherchant avant tout une réalisation dans les plus brefs délais, pour « un accroissement du bien-être » selon la délibération de 1836, fait le choix du pont suspendu. Cette technique, mise au point en France par Marc Seguin, auteur en 1824 Des ponts en fil de fer, offre une exécution rapide et un coût moins élevé que les ouvrages maçonnés traditionnels.
Toutefois, cette décision est prise sans tenir compte de l'inconstance de la Garonne et de la violence soudaine de ses flots. 
Quatre ponts suspendus successifs sont construits en 130 ans : deux sont emportés par les crues en 1855 et 1875, et le 3 e est démoli à cause de sa vétusté en 1929. 
Avec l’augmentation permanente de la circulation dans la 2 e moitié du 20 e siècle, la Ville envisage la démolition du 4 e pont de fer, devenu inadapté. En effet, elle souhaite privilégier un pont permettant un accès routier à double sens entre la rive droite et la rive gauche de la Garonne. Le projet sélectionné après concours est celui d'un ouvrage d'art traditionnel à cinq travées, influencé par l’esthétique du pont Alexandre-III à Paris. Sa construction en 1986 met fin à l'ère des ponts suspendus à Toulouse.

SOUS LES PAVÉS


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Outils en quartzite des terrasses de la Garonne taillés par l’homme préhistorique, photographie Marc Comelongue, Service de l’Inventaire Patrimonial et de l’Archéologie de Toulouse Métropole.

Tailleurs de sable


octobre 2021
Notre civilisation est bâtie sur du sable. Ou plutôt avec du sable, celui inclus dans le mortier qui lie les matériaux de nos murs. À Toulouse, on peut en trouver en abondance au fond de la Garonne, et de nombreuses cartes postales du début du 20 e siècle montrent de pittoresques « pêcheurs de sable » naviguant sur des barques, quelquefois dangereusement chargées. Des prospections archéologiques ont été menées le long du fleuve, et une épave a été repérée en 2011 près du pont de l’Embouchure. Ses découvreurs ont supposé qu’il s’agissait des vestiges d’un bateau-lavoir ou d’un ponton. Mais peut-être est-ce l’une de ces « barques à sable » qui aurait coulé à cause d’un grain de trop ?

Il existe une autre civilisation tributaire du sable : celle des hommes préhistoriques qui ont fréquenté notre région. Mais il s’agit d’un sable très, très, très transformé qui s’est métamorphosé en une pierre dure que l’on peut tailler : le quartzite. De nombreux galets de cette matière sont présents sur les terrasses de la Garonne et ont constitué une alternative au silex pour la confection d’outils. Les préhistoriens en ont découvert des quantités considérables depuis un siècle et demi.

EN LIGNE


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[Odette Cheippe allongée sur les dunes]. Royan (Charente-Maritime). 1916-1928. Négatif N&B sur verre, photographie stéréo, 10,5 × 4,5 cm. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 73Fi174 (détail).

La reine du bac à sable


octobre 2021

Il était une fois une petite fille qui aimait l’histoire. En grandissant, elle s’aperçut, à sa grande stupéfaction, que sa passion n’était pas universellement partagée et que l’enseigner ne serait donc pas son métier. Car elle était curieuse et, il faut l’avouer, obstinée, mais elle manquait de patience. Elle décida donc que quand elle serait grande, elle serait archiviste.

Ce qu’elle fit. Elle classa des fonds, elle décrivit des documents, elle les communiqua au public et fit en sorte qu’ils soient protégés le mieux possible. Elle expliqua aussi en quoi consistait son métier à celles et ceux qui le lui demandaient. Et puis un jour, elle bascula du côté obscur…

Ce qui la motivait profondément, c’était de faire le lien entre sa communauté, très spécialisée et parfois méconnue, et ceux pour lesquels cette même communauté œuvrait au quotidien : le public. Et pour ce faire, elle essaya d’améliorer les outils dont elle disposait afin de faciliter la consultation des ressources proposées en ligne, pour tous. C’est ainsi qu’elle se construisit un « bac à sable ».

Ce fut l’espace dans lequel elle testa ses idées (ou celles des autres), fabriqua des prototypes, rencontra quelques échecs mais aussi quelques belles réussites. Cela lui permit d’apprendre beaucoup, sans que ses erreurs impactent le travail de ses collègues. Une salle d’entraînement sur mesure, qui lui garantissait à la fois une grande liberté et un filet de sécurité.

Aujourd’hui encore, elle hante régulièrement ce lieu virtuel, dans lequel elle échafaude des projets toujours plus complexes. S’arrêtera-t-elle un jour ? Nous ne le saurons certainement jamais… mais nous espérons au moins que son travail aura facilité votre navigation.