Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

CHAMP / CHANT


juillet-août 2022

DANS LES ARCANES DE


Concours départemental de labour à Villemur (31), 18 septembre 1961. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi5031.

Drôle d'air


juillet-août 2022

C’est la tête encore pleine de la musique du festival Faites de l’image que j’entame ce numéro champêtre et musical. Quelles soirées ! Vous êtes venus nombreux profiter des événements proposés aux Archives et alentours. Le quartier paraissait une île dans la ville, vers laquelle le monde convergeait. Un havre d’ambiance bon enfant.

Mais revenons sur-le-champ au thème qui nous occupe ce mois-ci. Enfin… sur-le-champ ou sur le chant ? C’est bien Oiseau ornant la lettrine du premier moulon de la matrice cadastrale du capitoulat du Pont-Vieux, 1680-1795. Mairie de Toulouse, Archives municipales, CC92 (détail).cette même question que les habitants de la rue du Chant du Merle ont dû se poser voici 150 ans. En effet, Jean Coppolani raconte que le nom de cette rue provient de la déformation de « champ de Merle », à savoir un champ qui aurait appartenu à un dénommé M. Merle au 18e siècle. Ce chemin apparaît bien sur le plan de 1808, non loin de la Baraquette. Son nom semble relever de l’usage pendant de nombreuses années : « chemin dit Champ du Merle » en 1867, « chemin dit Chant du Merle » en 1870, « rue Cant del Merlé » en 1872, « del Camp del Merlé » en 1876. Bref, un remix de sonorités proches qui change à tout bout de champ !

Le nom de cette rue n’en reste pas moins mélodieux. Et, nul doute que cette douce chanson vous accompagnera tout au long de ce numéro. Qu’il s’agisse de chant ou de champ, ils vous donneront une envie folle de chanter, de fredonner ou de prendre la clé des champs !

ZOOM SUR


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Les ménagères pillent un magasin d’alimentation, Toulouse, 15 septembre 1945, Jean Dieuzaide Mairie de Toulouse, Archives municipales, 84Fi2/772.

Hors-champ


juillet-août 2022
Aujourd’hui, parlons photographie, parlons cadrage. Tout bon photographe vous le dira, la manière de cadrer et de composer son image est quelque chose de particulièrement primordial quand on tente de s’adonner à cette pratique artistique. Et si, pour une fois, nous regardions non pas ce qui se passe à l’image, mais à l’inverse, ce qui en est absent, ce qui se trouve au-delà des quatre marges du cliché ? Mais comment, me diriez-vous ? Et c’est justement là toute la complexité de ce qu'on appelle le hors-champ. Si par définition, il représente ce qui échappe au champ de la capture, il n’en reste pas moins une part importante de la narration et de la composition. Particulièrement utilisé au cinéma, il séduit aussi les photographes. Il peut résulter d’un hasard, d’une maladresse, ou de manquement technique, mais aussi d’une réelle volonté esthétique, artistique, voire documentaire. Si on est attentif, une photographie peut être ponctuée d’indices permettant de nous éclairer davantage sur son contexte. Mais, parfois, au contraire, la volonté de l’artiste peut être tout autre : celle d’interroger, d’intriguer, de captiver, et de susciter l’imagination de son public.
Sur ce cliché pris par Jean Dieuzaide, rapidement on se questionne. Mais que peuvent-ils bien regarder, ces badauds rassemblés sur nos trottoirs toulousains ? et pourquoi se tiennent-ils donc les mains croisés derrière leur dos ? Alors, en tant que spectateur assidu, on s’attelle d’abord à regarder tous les moindres détails de l’image : l’état du trottoir, la position des mains, les ombres qui s’impriment sur les façades, les tenues du groupe d’hommes ; tant d’éléments qui nous permettront peut-être de comprendre ce qui peut bien se passer ce samedi-là. Au demeurant, ici, seul le titre « Les ménagères pillent un magasin d’alimentation, Toulouse 15 septembre 1945 », donné par son auteur, nous permet réellement de lever le voile sur le mystère. Entre-temps, les plus inventifs d’entre vous se seront peut-être déjà raconté une tout autre histoire. 
En piochant dans nos fonds, on peut d’ailleurs trouver une tout autre manière d’invoquer le hors champ : des scènes et personnages coupés par le cadre de l’image, des ombres mystérieuses, des reflets multiples dans des vitres, des miroirs, ou même des regards passionnés sur des sujets pourtant invisibles. 
Le mode d’emploi en main, vous avez maintenant le champ libre pour vous livrer, vous aussi, à ce périlleux exercice photographique. Peut-être même que, tout comme Jean Dieuzaide, vous y arriverez, et avec brio bien sûr. En tout cas, de mon côté, j’y vais de ce pas.

DANS LES FONDS DE


Vue de l'avion Bréguet 941 stationné dans un champ en bordure de forêt de Bouconne, un troupeau de moutons paissant à côté de l'appareil. Photographie André Cros, 24 mai 1965, mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi2251.

Champs troubles / Toulouse aux champs


juillet-août 2022

Voilà, vous avez lu les deux titres ci-dessus ; il vous suffit donc de bien les mémoriser, et vous pouvez ensuite retourner à vos moutons, activités, fourneaux ou, pour les plus chanceux qui se sont acquittés d'une longue carrière, de partir en croisière sur le canal ou les mers australes.
Pendant que vous vaquerez/voguerez, nous allons divaguer et courir la campagne toulousaine afin qu'à votre retour à la rentrée, vous puissiez découvrir deux nouvelles couches thématiques d'UrbanHist, où l'aspect rural de la ville sera mis à l'honneur.
Celle de Champs troubles sera consacrée à revisiter les anciens faubourgs et le gardiage de la ville entre 1670 et 1790. Elle proposera de nous arrêter dans de grands domaines, des métairies ou de simples carrés de vigne à la faveur d'un crime ou d'un délit : vol de choux ou de poules, bétail qui saccage les cultures, querelle autour d'un abricotier, jusqu'à ces parties fines qui semblent se tenir régulièrement dans le très chic domaine du B…, dont nous tairons le nom pour le moment. Bref, il suffit d'un lieu champêtre, d'une affaire criminelle soigneusement sélectionnée et résumée de façon plaisante, et le tour est joué : voilà Champs Troubles.
Quant à Toulouse aux champs, il s'agit d'un travail de plus longue haleine qui vise à reconstituer l'histoire de ces lieux sur un temps long, et à inciter les chercheurs à se pencher sur la ville hors la ville. De notre plus ancien cadastre (1478) jusqu'au 20e siècle pour les endroits les mieux documentés, c'est ainsi que seront présentés en ligne au travers de fiches détaillées les domaines, demeures, maisons aux champs, châteaux, avec une attention particulière portée à leur évolution au cours des âges (et morcellement jusqu'à entière disparition bien souvent)1, leurs propriétaires successifs, leurs divers édifices2, les types de cultures qui s'y faisaient ou des troupeaux qu'on y élevait et des volailles qui y caquetaient.

Voilà, ce sera peut-être une ville plus verte qui va ressurgir sur vos écrans d'automne, une ville où cet aspect oublié et pourtant essentiel des activités agricoles va retrouver sa place et reprendre le devant de la scène, ne serait-ce que virtuellement.

Avant de vous libérer et de vous laisser prendre la clef des champs, sachez que Champs troubles a aussi été conçu pour pouvoir se décliner sous forme d'ateliers participatifs… Pour cela, nous vous donnons aussi rendez-vous lors des Samedis des Archives, à l'automne encore !

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1 - Quoique les toponymes perdurent généralement et aient laissé leurs noms à des quartiers, à des rues ou à des cités en béton.
2 - Avec des renvois sur les fiches de l'Inventaire du patrimoine.

LES COULISSES


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Haut-parleur dans un des magasins des Archives municipales, 2022. Delphine Rezé - Mairie de Toulouse, Archives municipales, non coté.

Let’s all chant


juillet-août 2022

Sa disparition est arrivée en début d’année, mais le thème de ce mois-ci fait remonter des souvenirs d’un témoin du passé : notre micro de salle de lecture !

Probablement installé en 1996 lorsque les Archives municipales ont investi le réservoir de Périole, il a accompagné les présidents de salle pendant 26 ans. Il permettait à celui qui restait en salle de transmettre des informations à celui qui était descendu chercher les documents, ou faire appeler un collègue, grâce aux haut-parleurs installés dans les couloirs des magasins et des bureaux. Et puis nous nous sommes modernisés, et le téléphone a fait son apparition dans l’ensemble du bâtiment. Le micro a perdu son rôle, mais il est resté spectateur du va-et-vient de la salle de lecture jusqu’en février 2022. 
C’est au cours d’une réflexion sur la salle de lecture pour mettre à plat nos procédures et repenser l’aménagement que la décision a été prise à l’unanimité : le micro et son équipement volumineux devaient laisser leur place. 

Et c’est aussi à cette date que certains d’entre nous ont découvert que, même s’il n’était jamais utilisé, il fonctionnait encore, et que certains collègues s’étaient bien gardés de le dire aux petits nouveaux ! Vous vous en doutez, un certain nombre d’entre nous ont rêvé de passer une annonce avec lui pour tester l’acoustique, et ont très vite été déçus quand ils n’ont pas entendu le son de leur voix raisonner en salle. Car, en voyant ce micro posé là, on se dit forcément que c’est pour se faire entendre des lecteurs, alors qu’en réalité on vous entend dans tous le bâtiment SAUF de là ou vous vous exprimez (mais ça, vous l’apprenez bien plus tard). 

Combien de « 1, 2, 1, 2… » ou de « la salle de lecture va fermer ses portes dans 5 min » ont été prononcés ? Mystère ! Ce qui est sûr, c’est que certains ont été plus créatifs en poussant la chansonnette un midi où les lecteurs étaient déjà partis. Et si vous leur demandez, je suis certaine que chaque agent des Archives municipales aurait une anecdote à raconter grâce à ce micro ;-) 

Let’s all chant !

DANS MA RUE


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Portrait en pied et de 3/4 d'un jeune homme en train de prendre une photo avec son appareil. Jardin Public, Aix-les-Bains, septembre 1963. Phot. Escalette Jean-Paul. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 42Fi1919.

La clé des champs


juillet-août 2022
Une soudaine envie de battre la campagne a saisi les chargés d’inventaire de Toulouse Métropole. Après de nombreuses années consacrées au centre de Toulouse, avec quelques incursions dans ses faubourgs, l’inventaire du patrimoine s’étend aujourd’hui au territoire métropolitain.
Depuis quelque temps déjà, le service régional Connaissance et Inventaire des Patrimoines d’Occitanie expérimente la méthode des diagnostics patrimoniaux : une étude synthétique retraçant les grandes étapes de l’histoire de chaque commune, présentant ses paysages et dressant un état des lieux de son patrimoine. Cette méthode est aujourd’hui appliquée à la Métropole, en étroite collaboration avec chacune des communes concernées. Ainsi, les chargés d’inventaire, équipés de plans anciens et d’un appareil photo, vont parcourir le pays afin d’identifier sur le terrain les maisons, fermes, pigeonniers, croix de chemin, mais aussi les ouvrages liés à l’eau (ponts, écluses, moulins, etc.) ou encore les édifices industriels présents sur chaque commune. Les plus caractéristiques ou les plus singuliers feront l’objet d’une notice d’inventaire qui pourra être consultée sur UrbanHist, qui s’ouvre lui aussi à la Métropole, grâce au partenariat toujours fructueux entre la direction du Patrimoine et les Archives municipales.
Les diagnostics doivent également permettre d’identifier les « demeures aux champs », ces résidences d’été des notables toulousains, lieux de villégiature et domaines agricoles, qui feront l’objet d’une étude transversale à l’échelle de la Métropole. Ce nouveau terrain d’étude pour l’inventaire sera défriché, labouré et fertilisé grâce à la couche « Toulouse aux champs » de nos collègues des fonds anciens des Archives, dont le chantier est en cours.  
En 2022, ce sont les communes de Lespinasse, Saint-Orens-de-Gameville, Flourens et Cornebarrieu qui s’associent à la direction du Patrimoine de Toulouse Métropole pour faire l’objet d’un diagnostic patrimonial. Si parmi les lecteurs d’Arcanes il s’en trouve qui ont envie de faire connaître aux chargés d’inventaire un élément du patrimoine bâti de ces communes, qu’ils n’hésitent pas ! Une adresse mail de contact est disponible, sur laquelle peuvent être envoyés des photos, des documents anciens ou toute autre information permettant d’identifier un élément du patrimoine de ces communes.

SOUS LES PAVÉS


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Ardoise gravée de portées vierges découverte lors de la fouille archéologique du Lycée Ozenne à Toulouse en 1997, infographie Marc Comelongue. Direction du Patrimoine, Toulouse Métropole.

Graver chant, chanter grave (ou aigu)


juillet-août 2022
Transmettre la musique en dehors de l’apprentissage direct fut un problème ardu à résoudre. Évidemment, l’écriture pouvait archiver les mots d’un chant depuis l’Antiquité. Mais comment représenter les notes ? L’utilisation de la portée à partir du Moyen Âge a permis de débrouiller cette difficulté. Elle est constituée de lignes horizontales représentant une échelle sur laquelle on s’élève en passant du grave à l’aigu. Ainsi, de nombreux manuscrits médiévaux et modernes nous permettent d’entendre leur époque.
Les ardoises gravées ont aussi été utilisées pour transcrire la musique. Elles sont relativement rares, mais nous avons la chance d’en conserver à Toulouse. Celles-ci ont été découvertes en 1997 lors de la fouille archéologique du lycée Ozenne, dirigée par Jean-Charles Arramond (Association pour les fouilles archéologiques nationales) et sont parfaitement à leur place. En effet, ce site fut à l’époque moderne celui de la maîtrise des chanoines de l’abbaye Saint-Sernin, c’est-à-dire un établissement servant à former les enfants de chœur. Le fait que seules les portées sont représentées montre d’ailleurs bien que nous sommes dans un contexte d’enseignement du chant où les ardoises servaient aux exercices, les notes étant tracées à la craie, puis effacées.

EN LIGNE


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10 octobre 1975. Gros plan, au travers des marches d'un escalier, de la chanteuse soprano, Mady Mesplé. Cliché pris lors d'un récital dans la librairie Pierre Privat. Photographie N&B. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi2759 (détail).

Le chant des sirènes


juillet-août 2022

Aux Archives, chaque premier mercredi du mois, à midi pile ou presque, posés sur notre chaise à défaut d’être attachés au mât de misaine, nous profitons tout comme Ulysse du chant mélodieux de la sirène SAIP (système d’alerte et d’informations aux populations). Il faut dire que non seulement l’acoustique y est très bonne, mais le fait que le dispositif soit directement installé sur le toit du bâtiment ajoute encore à la netteté du signal…

Pour autant, ce n’est pas la seule mélodie que l’on puisse y écouter : saviez-vous par exemple que le maire de Toulouse Louis Bazerque avait enregistré une version de La Toulousaine de Louis Deffès en 1965 ? Que nous en conservions un exemplaire ? Et qu’il avait également « commis » un autre disque, six ans plus tard ? Peut-être pas… car il n’est pas donné à toutes les communes d’avoir des maires radiodiffusés. Et dans ce domaine, notre ville est même allée encore plus loin, avec un maire télégénique...

Enfin bref, il n’y a pas que le chant traditionnel ou le discours politique qui puissent résonner en nos murs : la musique classique et le chant lyrique figurent aussi dans nos fonds, comme ceux de Marguerite Canal ou de Mady Mesplé, parfois même enregistrés pour la postérité.

Et quant à ceux qui préfèrent les Rita Mitsouko (et il y en a), si les documents que nous conservons ne peuvent les aider à assouvir leur passion, ils pourront néanmoins se consoler en se rappelant que, grâce au festival Faites de l’image, Marcia Baïla a enchanté pendant deux jours le quotidien du tranquille Neptune… jusqu’à user la glotte des gentils guides postés tout près.