TOI / TOI(T)


juillet-août 2021

DANS LES ARCANES DE


Salon Rouge, Hôtel de Ville du Capitole, Place du Capitole. 7 décembre 1985. Plan taille, vue de face, Dominique Baudis, maire de Toulouse reçoit Coluche (Michel Colucci), humoriste à l'occasion de la création de l'association « Les Restos du cœur ». Francis Alexandre - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 2Fi4500.

« Quand je pense à moi, je pense à toi(t) »


juillet-août 2021
La thématique tombe à point nommé, sous l’effet (et à l'inverse...) de la pluie estivale.
Un toit, ça peut être une œuvre d'art et une source de rêverie. Lisez ce numéro. Si rêver, c'est s'évader, n'en faites pas trop quand même... « La tuile ! » se serait écrié François Burnet, antihéros de haut vol que vous découvrirez ici.

Mais « toi », c'est aussi la solidarité. Si nous n'avons pas la place de rappeler tous les services que rendent les Archives, vous débusquerez, en fin de numéro, les dernières facilités dont nous comblons régulièrement nos lecteurs.

Nos fonds (de solidarité !) abritent aussi quelques souvenirs de figures nationales. Rappelez-vous : « Toi que fais-tu pour les sans-toit ? » / « Sans toi, ils sont sans soit » : en décembre 1985, l'abbé Pierre était reçu au Capitole. Deux jours avant, c'était Coluche qui, lançant les Restos du cœur, recevait les mêmes honneurs : « Quand je pense à moi, je pense à toi ».
Et, sans le savoir, tous deux rendaient ainsi service à ce numéro d'Arcanes !

ZOOM SUR


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Vue prise des toits de la cathédrale Saint-Étienne (circa 1900). Mairie de Toulouse, Archives municipales, 51Fi2459, fonds des Toulousains de Toulouse.

Rêver à Toulouse – Ô toi


juillet-août 2021

Ceci est une déclaration. Une déclaration à Toulouse, ma ville natale, que j’aime tant. 
Quelle vue le photographe nous en donne-t-il là ! Lui qui s’est péniblement hissé à l’aide d’un comparse, avec son appareil et ses plaques de verre, sur le toit de la cathédrale Saint-Étienne. Il a l’air de faire si chaud ce jour-là. Des canotiers les protègent du soleil de plomb. Sous leurs yeux ébahis, la ville comme elle s’offre rarement au regard et sur laquelle semble flotter comme un air de vacances et de dolce vita. Toulouse n’est-t-elle pas d’ailleurs célébrée – depuis Stendhal et Henry James – pour son allure italienne ?

Les silhouettes des Augustins et des Jacobins comme les coupoles du Grand Hôtel ou de La Grave nous ramènent cependant à Toulouse. Et cette image, empreinte de douceur, est une invite à la découvrir autrement. « Si vous voulez flâner à travers Toulouse, conseillait Pierre Cabanne, ne prenez pas de guide, empruntez le lacis de rues caillouteuses et fraîches qui part de la place Saint-Étienne… le long des demeures des parlementaires, des nobles, des parvenus ou des marchands, regardez les façades, levez le nez sur les porches, entrez dans les cours, montez les escaliers… et, si vous le pouvez, grimpez sur les toits et rêvez. C’est la chose la plus agréable du monde que rêver à Toulouse1. » 

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1 Pierre Cabanne, Toulouse (Paris : Éditions du Temps, 1963, coll. « Lieu-dit »).

DANS LES FONDS DE


Dépose des sculptures du toit du Capitole - afin d'en faire des moulages et de les remplacer par des répliques moins sensibles aux intempéries et à la pollution. Travaux effectués par l'Atelier de restauration de la ville de Toulouse. Cliché Atelier municipal de photographie, fin 20e siècle. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi6765.

Les toits du Capitole


juillet-août 2021

Moins connus que les oies du Capitole romain, les toits du Capitole toulousain valent certainement, sinon le détour, tout au moins que l'on si penche un peu.
Mais, à trop s'y pencher, attention à la chute ; celle du jeune Bournet sera fatale.
Reprenons. Nous sommes en 1766. La fièvre de l'évasion gagne les prisonniers enfermés dans les geôles de l'hôtel de ville et, le 12 mai, dix-sept d'entre eux décident de jouer les filles de l'air au cri de « Allons, il faut périr aujourd'huy ou s'en aller ! »1. Après avoir ménagé plusieurs brèches dans les murs et les planchers, ils gagnent les toits du Capitole et s'éparpillent. Hélas, le guet est vite alerté et tire quelques coups de fusil en leur direction. François Bournet, l'un des évadés qui galopait encore sur le toit, tombe dans le vide et va finir par s'écraser dans une des cours de l'hôtel de ville. On ne saura jamais si son décès a été causé par le coup de feu ou par sa réception brutale au sol (comme quoi, il est faux de prétendre qu'avoir 18 ans donne des ailes).
Bref, l'ambiance est quelque peu cassée, et le reste des prétendants à la liberté en oublie le cri fièrement lancé plus tôt, se fige instantanément et tente de se fondre, qui derrière une cheminée, qui encore derrière les sculptures monumentales du nouveau frontispice du Capitole en attendant que le guet vienne les cueillir là pour les renfermer de plus belle jusqu'à... leur prochaine tentative. Oui, car en juillet, nos prisonniers (sauf Bournet donc, out) remettront cela et, cette fois, en évitant des toits ; ils verront leur persévérance récompensée et leur évasion couronnée de succès.

Pour en savoir plus sur cette échappée belle par les toits, nous ne saurions que trop recommander la lecture du dossier des Bas-Fonds n° 33, La grande évasion. Et, comme nous avons une pensée pour ceux qui sont sujets au vertige, nous évoquons aussi des évasions plus souterraines dans le dossier n° 24, Le grand soulagement, mais là, les claustrophobes n'y seront guère à la fête, et surtout : gare aux vapeurs méphitiques.

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1 FF 810/4, procédure # 064, du 13 mai 1766.

LES COULISSES


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Le rétablissement du parlement ; fête de la ville organisée sur la place Royale le 21 mars 1775. Huile sur toile (détail), Moretti, 1775. Mairie de Toulouse, Musée Paul-Dupuy.

Toi, toi(t) mon roi


juillet-août 2021

Qui se souvient encore que nos anciens rois, oints du Seigneur, tutoyaient non seulement le firmament, mais encore que leur rayonnement pouvait illuminer les toits du Capitole ? Un couronnement, une naissance princière, une victoire militaire ou simplement le rétablissement de la santé du monarque, donnaient lieu en effet à de véritables bacchanales lumineuses dont les chroniques passées nous éclairent quelquefois.
Prenons par exemple deux événements assez rapprochés : la « reconvalescence » du jeune Louis XV, début août 1721 (après un vilain virus) et le rétablissement du parlement de Toulouse dans ses droits anciens par Louis XVI, en mars 1775. Pour ces deux occasions, les capitouls s'empressent de célébrer en grande pompe ces « miracles royaux » et, pour cela, n'hésitent pas à faire embraser les toits – et les finances  – du Capitole pour que Toulouse y gagne son titre de « ville de lumière » bien avant celui de « ville rose ».

Clash of illuminations
En août 1721, le toit du Capitole est en partie éventré par le recouvreur Jean Faure afin de pouvoir déposer sur sa façade et ses fenêtres des falots et des chandelles1. Ces illuminations célestes sont accompagnées de réjouissances aériennes et terrestres avec des fusées volantes, de la musique et des feux de joie qui embrasent les cœurs dans chaque foyer : « on ne voyoit que feux alumés et des illuminations extraordinnaires, et dans le public, et dans les maisons des particuliers. On y fit feste pendant trois jours »2.
En mars 1775, la folie des illuminations bascule dans l'outrance. Deux mille lampions et vingt-quatre pots à feu sont commandés le 23 mars3. Cette débauche de lumière est installée par le nommé Vigoû, couvreur de son état, sous le regard bénévolent d'une statue en carton-pâte de Louis XVI. Cette dernière, installée au centre de la place Royale, trône au sommet du théâtre du feu d'artifice et contemple les toits du Capitole. Ce double inanimé du roi singe son modèle qui, rappelons-le, affectionne particulièrement les promenades, perché sur les toits de Versailles.

Belote et rebelote
Mais une fois la fête terminée, les réparations doivent commencer. Comme faire et défaire est toujours travailler, nous retrouvons Jean Faure qui est commissionné cette fois pour réparer les dégradations causées aux toits lors de l'installation des illuminations ; même tarif pour Vigoû en 1775, tant et si bien que ces festivités engendrent des dépenses qui se montent respectivement à plus de 722 livres en 1721 et 6 270 livres en 1775 !
Et, si jamais quelqu'un se penchait sur les dépenses lors des festivités en l'honneur de Louis XIV, verrait-on les toits du Capitole transformés en véritables féeries lumineuses ? Car, si tous les Louis brillent, le Roi Soleil resplendissait indéniablement de mille feux.

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1 Pièces à l'appui des comptes, 1720-1721. CC 2737, pièces n° 51-52. Ce volume contient encore d'autres documents relatifs aux dépenses de la ville à l'occasion des célébrations organisées lors de la convalescence du roi.
2 Chroniques des Annales manuscrites des capitouls pour l'année 1721. BB 283, chr. 392, p. 134.
3 Pièces à l'appui des comptes, 1775-1776. CC 2809, pièce n° 73. Ce volume contient encore d'autres documents relatifs aux dépenses de la ville à l'occasion des nombreuses célébrations organisées lors du rétablissement du parlement.

DANS MA RUE


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La maison Chamfreau (1967/69), Pierre Debeaux, architecte. Archives départementales de la Haute-Garonne, Fonds Debeaux 189 J 127.

Des toits d’exception !


juillet-août 2021

Dans le quartier de la Côte-Pavée, au milieu des pavillons à l’architecture traditionnelle de la 1ère moitié du 20e siècle, se distingue une réalisation qui surprend par son modernisme. La maison Chanfreau, du nom de son commanditaire, a été bâtie entre 1966 et 1969 selon les plans de l’architecte Pierre Debeaux (1925-2001). Cet homme, passionné par la géométrie, le nombre d’or et autres mathématiques, a mis en œuvre une demeure à la toiture en spirale logarithmique ! Plus précisément, la maison à la toiture plate en béton s’enroule autour d’un patio central. Les pentes douces enherbées du toit offrent également l’espace d’un jardin suspendu. L’architecte développe et perfectionne ce type de toiture s’inscrivant dans un mouvement continu d’enroulement dans la maison Pham Huu Chan à Clermont-le-Fort (1970-1972) puis dans la maison Pradier à Lavaur (1976-1977). Bien dans son temps par l’utilisation massive du béton, il recherche toutefois toutes les possibilités de le tordre, de le compresser, de l’alléger pour lui donner des formes inattendues pour un tel matériau.La caserne Vion, le hall aux véhicules, Pierre Debeaux, architecte. Archives départementales de la Haute-Garonne, Fonds Debeaux 189 J 126.


Une autre œuvre toulousaine illustre parfaitement toute sa réflexion et son inventivité à ce sujet : le grand hall des véhicules de la caserne Vion (1966).

Véritable prouesse technique qui propose un espace de 800 m² entièrement dégagé, sans structure porteuse intermédiaire, grâce à une succession de figures géométriques complexes de type hyperboloïdes et paraboloïdes hyperboliques. 

Avec le matériau austère et lourd qu’est le béton, il créé une œuvre dynamique presque en suspension : sur les quatre piliers d'angles reliés à leur sommet par une large ceinture de béton repose une charpente métallique à trois dimensions auto-tendante amenant lumière et légèreté. Jusqu’à la fin de sa vie, Pierre Debeaux réfléchit sur ces structures non triangulées, les rendant toujours plus flexibles tout en modifiant leur forme à l’infini. Un des exemples de ce travail est la flèche en structure tridimensionnelle constituée de quatre mats reliés par des câbles tendeurs, signalant sur les allées Frédéric-Mistral le monument à la gloire de la Résistance de Toulouse.

Peu connu de son vivant, en dehors d’un cercle de professionnels, Pierre Debeaux voit depuis deux décennies son travail reconnu et mis en valeur auprès du grand public grâce à des publications présentant l’homme et son œuvre, mais aussi grâce à l’attribution du label Architecture contemporaine remarquable à 6 de ses œuvres (maison Chanfreau, caserne Vion, observatoire et bâtiment interministériel pour la RTF du Pic du Midi et château d’eau de l’hôpital Marchant) et à une protection au titre des monuments historiques (maison Pradier à Lavaur).

SOUS LES PAVÉS


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Fragment de tuile décorée d’un blason aux armes des Lévis, découvert sur le site d’un ancien château de la seigneurie de Mirepoix, photographies Marc Comelongue, Service de l’Inventaire Patrimonial et de l’Archéologie de Toulouse Métropole.

Toi Lévis ? Toit Lévis !


juillet-août 2021
Les archéologues abordent souvent le concept de toit par le biais de son mode de couverture. Or, quand celle-ci est composée de matériaux périssables (chaume, bardeaux en bois), elle laisse peu de traces. Le constat est différent sur les sites gallo-romains avec l’emploi de la tuile en terre cuite, la tegula. Mais celle-ci semble disparaître aux premiers temps médiévaux, et il faut attendre le bas Moyen Âge pour voir son retour sous une nouvelle forme, la tuile canal. Dans notre région, cette évolution technique est synchrone d’une évolution politique, conséquence de la croisade contre les Albigeois. Ainsi, au XIIIe siècle, se créée, sur la bordure méridionale de l’ancien comté de Toulouse maintenant domaine royal, une nouvelle entité : la terre du Maréchal ou seigneurie de Mirepoix. Maréchal parce qu’elle a été donnée à Guy de Lévis, surnommé maréchal de la foi et principal lieutenant du chef de la croisade, Simon de Montfort. Mirepoix parce que ce territoire est composé autour de cette ville par des dizaines de communautés confisquées à des chevaliers occitans qui avaient soutenu les cathares.

Chacun de ces villages possédait à l’origine un château, mais les Lévis, par souci d’économie, ont choisi d’en abandonner une bonne partie pour ne conserver que quelques places fortes essentielles au contrôle de leur fief. Ainsi, on peut savoir en visitant les ruines de ces anciennes forteresses, selon l’absence ou la présence de tuiles, s’il s’agit d’un lieu abandonné au XIIIe siècle à la suite de la croisade, ou d’un site que les Lévis ont entretenu après cette date. La photographie présentée ici montre une tuile découverte sur l’emplacement de l’un de ces châteaux remaniés par les Lévis. On y aperçoit d’ailleurs un écu à trois chevrons, emblème de cette famille. Outre l’impression que ces seigneurs voulaient marquer leur empreinte au point de blasonner une simple tuile, dotant ainsi leurs citadelles non seulement de ponts-levis, mais aussi de toits Lévis, on remarque que les trois chevrons font partie d’une armoirie plus complexe. C’est très probablement le blason d’une branche cadette de la famille et on peut expliquer sa présence par la coutume dite de Paris, importée dans le Midi par les croisés. Contrairement au droit languedocien antérieur, elle favorisait un partage plus équitable du patrimoine familial entre l’aîné et les cadets et ces derniers devenaient ainsi plus facilement propriétaires d’une partie de la seigneurie.
Comme quoi on peut faire de l’histoire politique et de l’histoire du droit avec une simple tuile sur un toit.

A Toulouse, on peut voir cet écu à trois chevrons sur un magnifique sarcophage conservé au musée des Augustins et provenant de l’hôtel Saint-Jean, ancien siège de l’ordre de Malte à Toulouse. Mais on ignore à qui était destiné ce tombeau, et aucun lien n’a pu être sûrement établi avec les Lévis.

EN LIGNE


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Salle Jean Mermoz, le 20 octobre 1965. Vue du public de la salle Jean Mermoz, lors d'un meeting de François Mitterrand. Négatif N&B, 6 × 6 cm. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi3722 (détail).

Pour toi, public


juillet-août 2021
Alors levons dès maintenant un doute qui ne saurait subsister plus longtemps : même si le titre de mon billet fait référence à un humoriste normand adepte de l’hôtellerie de plein air, il ne sera pas question ici de serviette de bain, de température de l’eau ou de nus-pieds colorés. Non, même à l’approche des « grandes vacances », nous gardons le cap et travaillons toujours à améliorer votre expérience des Archives, sur place mais aussi en ligne.

Dans le premier cas, les choses sont en train de s’améliorer rapidement : la prise de rendez-vous n’est plus nécessaire pour venir consulter les documents en salle de lecture et le nombre de places n’est plus limité. Alors n’hésitez pas à passer nous voir : bien que fermés pour travaux du 15 juillet au 6 août, nous vous accueillerons le reste de l’été avec grand plaisir et serons à votre disposition pour vous aider dans vos recherches.

Dans le second cas, l’évolution est un peu plus lente, il faut en convenir, mais elle se poursuit néanmoins. Nous nous efforçons de faciliter l’accès à nos ressources papier ou numériques, au moyen d’interfaces les plus adaptées possible. Et notre dernière réalisation en date concerne le fonds ancien de notre bibliothèque, la Réserve des livres rares et précieux. Grâce à une fructueuse collaboration avec une catalogueuse spécialisée, que nous saluons chaleureusement au passage, nous sommes désormais en mesure de vous proposer différentes façons de consulter cette collection remarquable, mais trop souvent méconnue de nos lecteurs. Profitez donc de la pause estivale pour la découvrir par vous-même… : vous y trouverez certainement de quoi satisfaire votre curiosité !