ARCANES, la lettre

Zoom sur


Chaque mois, les Archives présentent dans la rubrique "zoom sur" un document issu de ses fonds, nouvellement acquis ou bien un document exceptionnel. Retrouvez ici une petite compilation de tous ces articles.

ZOOM SUR


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Les Jeux Floraux, la Fête des Fleurs (1936). Marius Bergé – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi1084.

Dans les pas du poète


mai 2020

Nous sommes en mai 1936. Et, comme chaque année depuis des siècles, l'Académie des Jeux Floraux célèbre sa « fête des Fleurs ». L'éloge de Clémence Isaure, figure inspiratrice mystérieuse, ayant été prononcé en salle des Illustres, une délégation de membres de la plus ancienne société savante d'Europe se rend à la Daurade. Les fleurs d'orfèvrerie désormais bénites, il n'y a pas de temps à perdre.
C'est à pied et à un rythme soutenu – en témoignent les visages un peu flous saisis au premier plan – que les « mainteneurs », comme il est d'usage de les appeler, quittent la basilique, leurs fleurs de poésie en main. Après une halte à l'hôtel d'Assézat où la société a établi son siège, ils sont attendus au Capitole pour remettre aux lauréats du concours poétique leurs récompenses.
En 1819, c'est à un poète naissant – le jeune Victor Hugo, âgé de 17 ans – que l'Académie décerna, lors de ce même concours qui l'opposait à Lamartine, la plus haute distinction qui soit. Son « Ôde pour le rétablissement de la statue d'Henri IV » déchaîna, paraît-il, l'enthousiasme quand elle fut déclamée dans les salons du Capitole : elle méritait bien un Lys d'or ! Les années passant, Hugo n'oublia pas l'Académie des Jeux Floraux qui, la première, sut reconnaître et encourager son talent. Ces quelques vers extraits de son recueil, Les Feuilles d'automne, se font l'écho de ce passage toulousain : « Toulouse la romaine où dans des jours meilleurs, j'ai cueilli tout enfant la poésie en fleurs ».

Immeuble situé 2 rue de Metz abritant le « Parfait Jardinier », commerce de graines et de fleurs, 1949. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi5452.

Eclore !


avril 2020

Ceci n'est pas une injonction, seulement un titre – choisi avec soin – pour désigner cet article. Et il est de saison ! Que nous donne à voir cette image prise en 1949, peut-être un jour de printemps ? Une devanture de magasin, celle du « Parfait jardinier », institution toulousaine proposant depuis près de 150 ans aujourd'hui, aux numéros 2 puis 16 de la rue de Metz, des graines potagères, fourragères et de fleurs.
Difficile me direz-vous, en cette période de confinement, de se procurer fleurs et semences pour vaquer insouciant à sa passion du jardinage. Détrompez-vous…
Ce temps particulier, pour le moins distendu, n'offre-il pas l'occasion de cultiver d'autres jardins, cette fois intérieurs ? Ne peut-on transcender ce printemps confiné pour faire éclore, en « parfaits jardiniers », une créativité, des dons ou des ressources qui ne cherchent qu'à s'exprimer ? C'est à une éclosion de ce genre que je viens d'assister admirative, dans mon service : plusieurs de mes collègues et néanmoins amis s'étant portés volontaires pour prêter main-forte au personnel des centres médicaux avancés mis en place par la ville. Une action solidaire parmi tant d'autres qui me fait dire qu'en 2020, les qualités humaines font aussi le printemps !

La Défense de Toulouse contre les inondations (1937). Marius Bergé – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi23.

Variations autour des piles du pont... neuf


mars 2020

Cette photographie ancienne sur plaque de verre exerce sur moi un pouvoir mystérieux. Elle capte mon regard, retient mon attention. Pourquoi certaines images nous aimantent-elles autant ? 
Est-ce dû à leur sujet – à un événement, un visage, une attitude qui nous interpellent, à un endroit qui nous est familier ou que l'on affectionne ? Ou cela tient-il à des considérations esthétiques de forme : à une lumière, un contraste, une composition particulièrement léchée ? 
Sur ce cliché, tout y est – ou presque. Une combinaison parfaite de fond et de forme. La forme d'abord : la prise de vue, en plongée, d'un chantier sur la Garonne qu'encadrent élégamment, au premier plan, le muret du Cours Dillon et, à l'arrière, le tablier et les arches du Pont-Neuf. Le sujet ensuite. Nous sommes en été 1937 et, conséquence des récentes crues, d'importants travaux sont engagés pour défendre Toulouse contre les inondations et renforcer les piles du pont. 
En contrebas, des ouvriers s'affairent sur une machine noire aux cheminées fumantes : la sonnette, chargée d'enfoncer les palplanches qui isoleront les piles le temps des travaux. A l'arrière-plan, dissimulés derrière un nuage de fumée, le pont et ses arches revêtent un aspect étrange.
J'aime l'atmosphère qui se dégage de ce cliché. Et peu importent, en définitive, les considérations de fond et de forme, tant que les images continuent ainsi de happer notre regard. 

Bâtiment des Archives municipales de Toulouse (2016), magasin 12. Stéphanie Renard – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 4Num13/46

Récoleurs


février 2020

En ce moment, aux AMT*, il se passe de drôles de choses. L'équipe au quasi grand complet, c'est-à-dire 24 personnes (car il y a tout de même quelques exemptions), s'adonne aux joies du récolement.
- Mais qu'est-ce donc, mon cher ?
- Nous comptons, ma mie !
- Vous comptez, j'en suis fort aise ! (Ainsi donc chez ces gens-là on compte …qui l'eût cru, moi qui pensais qu'on s'y abîmait les yeux sur de vieux parchemins poussiéreux !)
- Absolument. Nous comptons ce que nous avons dans nos fonds. Un mètre ruban dans une main, un ordinateur dans l'autre, nous mesurons les boîtes, nous contrôlons, comme des fourmis, centimètre après centimètre, les près de 18 km de rayonnages (du Capitole à Montastruc en ligne droite). Et croyez-moi, des documents, il y en a tant et tant ! C'est un vertige de cotes, une danse de numéros sur des tableaux, des croix dans des cases, des heures dans un magasin réfrigéré à scander des incantations de lettres insensées, à chanter des successions de phrases sans verbe, une poésie de chiffres à vous faire prendre des lignes de code pour du Rimbaud. Et tout ça pour quoi ? Je vous le donne en mille, ma mie !

 


- Je suis toute ouïe, très cher.
- C'est réglementaire. Oui, c'est obligatoire. Une municipalité se doit de faire le compte de ses collections tous les six ans : ce qui est entré, ce qu'il y a, ce qu'il manque.
- Vous m'en direz tant !
- N'est-ce pas. Alors oui, ces temps-ci, on récole.

*Archives municipales de Toulouse, pour les intimes.

Th. Raynaud, représentant de fabriques. "34, route de Castres, 34. Toulouse". Vers 1910. Personnage en pied tenant un pot de chambre qui porte l'inscription: "En désirez-vous?". Carte postale publicitaire. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi6171.

Curieux


janvier 2020

Si vous avez été éduqués par ma mère ou ma grand-mère, vous connaissez sûrement l'expression « curieux comme un pot de chambre ». Si, comme je le soupçonne, vous avez grandi dans d'autres maisons, peut-être que la sonorité de cette phrase est nouvelle. Dans tous les cas, nous nous accorderons pour qualifier cette image de truculente. Inutile de poursuivre un master en histoire de l'art pour analyser l'iconographie : on comprend bien le propos.


Maintenant, imaginer qu'un homme, sûrement un soir de réveillon, s'est échauffé : « Moi, Môssieur, je peux tout vendre, et je le prouverai ! », puis le lendemain est allé trouver un photographe, lui a exposé son projet, et est revenu tirer les rois, brandissant fièrement sa nouvelle carte postale publicitaire, pourquoi pas ? C'est d'ailleurs forcément ce qui s'est passé. Mais je suis sceptique sur l'efficacité du résultat. Je serais même curieuse de savoir si les clients du sieur Raynaud ont apprécié.

 

Antoinette et Annette, années 1900. Pierre Henri Désiré Laffont – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 18Fi49.

Là !


décembre 2019
Mais à quoi ou à qui peut bien songer Toinette ainsi assise dans sa salle à manger, au coin de la cheminée dans laquelle un feu semble crépiter ? Le regard dans le vague et le poing droit (étrangement) fermé, elle est perdue dans ses pensées alors que sa petite fille, épuisée de fatigue ou de fièvre, s'est assoupie sur ses genoux. Une image de lassitude.

S'inquiète-t-elle de la santé de la jeune Annette, souffrante ? En a-t-elle assez de prendre la pose pour son photographe de mari, Pierre Henri Désiré, qui occupe un poste de rédacteur breveté à la direction des Postes et Télégraphes et qu'elle a épousé il y a quelques années ? Ou est-elle seulement lasse à l'approche des fêtes de fin d'année et de leur éternel retour ? S'interroge-t-elle – elle aussi – sur la composition du menu de Noël, sur le nombre d'invités ou même sur le plan de table ? Las… !

La vie est une fête, Toinette, et les événements festifs à venir dans la prochaine quinzaine ne pourront que le démontrer. Là !
Départ de la course rue du Moulin du Château. Toulouse 1910. Vue d'ensemble des concurrents avant le départ d'une course cycliste donné depuis la rue du Moulin-du-Château. L'un des concurrents s'appelle Jacques Leufroy. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi48.

Je mets les bouts


novembre 2019

J'enfourche, relève avec énergie la pédale avec le bout de mon pied droit puis pose sa pointe sur la petite plateforme mobile. J'aime la sensation que ce geste produit, il me galvanise. Je suis prête. J'attends de faire enfin tourner la transmission, de me balancer de tout mon poids sur une jambe puis sur l'autre. J'emmagasine l'adrénaline ; dès le coup de feu, je me jetterai avec elle et avec puissance sur mon guidon, le dos plat, le buste au-dessus de la roue avant. La vision en tunnel, je fixe déjà mon point de fuite, droit devant. Au bout de la première ligne droite, quand les autres prendront le virage, je prendrai la poudre d'escampette, et à moi la liberté ! Finie la course, vive les vacances, un bout de saucisson par ci, un grand bol d'air par là, je me poserai sur un bout de gazon et compterai fleurette aux coccinelles en regardant les nuages, les oreilles bercées par les grillons et chatouillées par les bourdons butinant leur trèfle.


Pas sûr que ces fiers cyclistes aient eu de telles pensées, ils ont l'air plutôt ravi, prêts à lancer leurs jambes droites par-dessus leurs selles comme dans un ballet classique, à virevolter de part et d'autre de leurs montures en poussant leurs corps au-devant des gravillons, un sourire à bouffer du moustique en travers de leurs gueules d'anges. Mais au bout du compte, pour eux comme pour moi, l'important est de prendre du bon temps et de revenir contents.

[13-14 juillet] 1949. Cyclisme. Jour de repos Tour de France. Boulodrome à Toulouse. Vue de quatre hommes verre à la main ; de gauche à droite : les cyclistes René Vietto, Apo (Jean-Apôtre dit) Lazarides et Lucien Teisseire lors d'une partie de pétanque. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi6552.

Triplette


octobre 2019

Si d'aucuns trouvent du patrimoine sous les sabots d'un cheval, ici, aux archives, nous pouvons dire que nous sommes assis sur une mine. Quand, de surcroît, les fonds photographiques se recoupent et qu'on y on trouve des pépites, l'iconographe atteint la quête ultime, l'absolu, et porte un toast au travail des photographes qui nourrissent chaque jour son cerveau d'hirondelle et lui permettent de tricoter entre les cotes.
L'album « sport » du fonds Dieuzaide dispose, dans la catégorie « cyclisme », de quatre contacts qui n'ont, à première vue, rien à voir avec la petite reine. Sous les pavés, le boulodrome… Les quatre hommes en train de rejouer la partie ne sont pas boulistes, mais cyclistes en plein Tour de France, et précisément en plein jour de repos avant d'attaquer les étapes de montagne le lendemain. C'est André Cros qui documente le moment, lequel a repris possession de ses négatifs et en a fait don aux Archives municipales de Toulouse. Pendant ce temps, Jean Dieuzaide était au bord d'une autre piste, celle du Grand Prix d'Albi où Fangio prenait le départ…
Le fonds Cros est entièrement numérisé et en ligne. Le fonds Dieuzaide, qui est en cours de traitement et de numérisation, est consultable sur place et sur rendez-vous.

Les compagnons du ciel. "Toulouse 1960. Championnat du Monde". Portrait de groupe de la troupe d'acrobates "Les Compagnons du Ciel" ; deux femmes assises en premier plan, deux hommes debout derrière, ils sont en costume de scène. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi2091

Ange


septembre 2019

20 h 30. Les spectateurs massés dans le ventre du chapiteau retiennent leur souffle, les yeux écarquillés, levés vers la plateforme où deux femmes en paillettes aiguisent leurs jambes et poudrent leurs mains. Les trapèzes se balancent déjà, prennent de la vitesse et décrivent des arcs de cercle sur la voûte étoilée. Deux genoux se plient, les mollets se bandent, l'impulsion se propage des métatarses aux épaules, un corps se propulse hors du temps. Des mâchoires serrées se relâchent, des bouches béent, des mains se tendent, des doigts puissants se serrent sur des poignets attentifs et le balancier s'accélère jusqu'à provoquer une inspiration collective et sonore lors du triple salto final, précédant de peu les applaudissements déchaînés du public exalté.

Si les « Compagnons du ciel » effectuèrent leurs sauts aussi périlleux que millimétrés sous les yeux incrédules d'un public sans aucun doute très nombreux, il ne nous reste qu'une image de cette troupe de voltige au complet. L'histoire ne dit pas si la bande comptait l'homme à la dentition de fer parmi ses membres, mais elle raconte que Francine Parry, l'une de ses membres (la jeune femme sur la gauche), battit le record du monde de durée sur fil sous le regard attentif de Jean Dieuzaide. C'était en 1957, trois ans avant l'image illustrant cet article, et c'est consultable sur rendez-vous aux Archives municipales.

Jardin du Grand Rond (1885). Mentions manuscrites sur étiquettes de papier collées : N°22. Toulouse (1885). Grand Rond ». Gardien en uniforme avec médailles et alignement de chaises. Cliché de projection avec double protection de verre scellée par du papier. Gorges Ancely – Ville de Toulouse, 51Fi1476.

Cinq


juillet 2019
Oui, la chaleur est assommante, la langueur des journées chargées de soleil nous gagne, le cortex ramollit, et la rédaction du centième « Zoom sur » en pâtit. Je vous sers un billet décongelé sur la sensorialité. Quelque chose de frais et léger, à feuilleter sur la plage, pas trop compliqué, avec un diaporama, sorte de filmette surannée, de court-métrage paresseux.
Cinq scènes de genre du Toulouse du 19e, tranches de vie prises par Georges Ancely, mort en 1919.
Vous verrez des gens vivre, des qui vendent des fleurs ou des fruits, un qui cire au rythme de l'accordéon, d'autres qui se mettent à l'ombre et arborent des faux culs, et puis, au milieu de ce remue-ménage, au son des voitures à cheval, du bruit des roues et des sabots sur le pavé poussiéreux, un qui se fait voir. En plein silence. À l'heure de la sieste peut-être ?
 

 

Costes et Le Brix à Toulouse (1928). Marius Bergé – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi161.

Escale toulousaine


Juin 2019

L'accueil réservé le matin à nos deux aviateurs à leur entrée en gare Matabiau avait été chaleureux. À la hauteur de leurs exploits. Il faut dire qu'à bord de leur bréguet 19, le Nungesser et Coli, Dieudonné Costes et Joseph Le Brix avaient accompli, du 10 octobre 1927 au 14 avril 1928, un tour du monde. Et réalisé pour cette occasion la première traversée de l'Atlantique Sud sans escale, ralliant après 20 heures de vol Saint-Louis-du-Sénégal à Natal (Brésil). Depuis leur retour, ils étaient reçus en héros dans les grandes villes de France. 
À peine arrivés à Toulouse étaient-ils attendus au Capitole : le maire, Étienne Billières, souhaitait leur remettre le diplôme de citoyens honoraires de la ville. Alors qu'ils sont conviés au Grand-Hôtel à un banquet organisé à grands frais en leur honneur, c'est au stade Ernest-Wallon qu'on les retrouve sur cette image. Car à Toulouse, dimanche 6 mai 1928, journée faste, se jouait une finale de rugby. Avant un tour de piste triomphal resté dans les mémoires – si original, relate un journaliste, que le speaker en oublia de présenter les équipes (!) – nos deux aviateurs, leur chapeau à la main, rendent hommage aux joueurs du Stade Toulousain morts pour la France. 
Ils ont le bel âge. Tout leur sourit. Dieudonné Costes, une gerbe de fleurs dans les bras, arbore un sourire insolent. Joseph Le Brix a ce regard si particulier qui, selon Saint-Exupéry, éclairait et ennoblissait tout ce qu'il touchait. 
Trois ans plus tard, lors d'un raid aérien devant le mener de Paris à Tokyo, Joseph Le Brix disparaîtra au-dessus des monts Oural. En vol.

Reportage sur les canaux à Toulouse, pont-canal des Herbettes. Stéphanie Renard – Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num14/63.

Roulis


mai 2019

Si 2019 est l'année de la teuf, l'ivresse et ses tournis coulent à flot sur les ponts depuis bientôt 35 ans. Les bateaux ne passent plus dessous mais bien dessus*, leur tangage nous donne des hallucinations. Liquéfiés dans le flux des véhicules qui roulent, eux, non sous la table, mais sous le tablier, les automobilistes restent au sec et s'interrogent sur la couleur de l'ouvrage : vert ou rouge (nous serions tentés de dire « un verre de rouge », mais la bienséance nous l'interdit je crois) ? Pont ou canal ? Soyons fous, prenons les deux et allons faire un tour sur la fiche UrbanHist du pont-canal des Herbettes.

* En cliquant sur ce lien vous arrivez sur la première photo de l'album de reportage sur les canaux à Toulouse. Pour voir l'image dont il est question dans l'article, il faut chercher la 63e.

Cortège funèbre du père Marie-Antoine. 10 février 1907. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi7190.

Au Ciel !


Avril 2019

"Toulouse sut toujours honorer ses morts. De mémoire de Toulousain, jamais elle ne donna le spectacle grandiose des triomphales obsèques qu'elle vient de faire au religieux qu'elle se plaît à appeler son saint1."
"Le saint est mort !" Vendredi 8 février 1907, à 5 h du matin, la ville était encore assoupie quand se propagea la nouvelle : le père Marie-Antoine, dit "le saint de Toulouse", s'était éteint à l'âge de 82 ans dans le couvent qu'il avait fondé. Deux jours durant, 4 000 personnes défilèrent devant son corps exposé au pied du maître-autel de la chapelle des Capucins : certains déposant des lettres à ses pieds, d'autres emportant à la hâte un morceau de sa robe ou un poil de sa barbe en guise de reliques. 
Dimanche 10 février, en début d'après-midi, le cortège funèbre quitte le couvent de la Côte-Pavée et se met en marche vers la cathédrale Saint-Étienne où les obsèques vont être célébrées. Tout au long du parcours, la même foule noire, compacte, venue lui rendre hommage. "À combien peut-on évaluer cette foule ? À quarante, cinquante mille personnes ?" s'interroge un journaliste de l'époque avant de conclure, philosophe : "Il y a des foules qui ne se dénombrent pas 2. Cette photo a été prise peu après la cérémonie, alors que l'imposant cortège s'engage rue Riguepels, en direction de Terre-Cabade, où l'inhumation est prévue. Au premier rang, les représentants du clergé diocésain et des congrégations religieuses. Puis le cercueil, porté par un groupe de fidèles, recouvert de l'étole du père et de la chasuble revêtue lors de sa dernière messe. 
Or, à y regarder de plus près, ce n'est pas tant la foule qui attire notre attention, mais le cercueil dont se dégage comme une lumière étrange, quasi... surnaturelle. Rien de surprenant venant du père Marie-Antoine, qui se voulait un saint depuis l'enfance, et qu'on louait pour ses miracles ! N'avait-il pas d'ailleurs interpellé à Lourdes l'écrivain naturaliste Émile Zola en ces termes ? "Eh bien, Monsieur Zola, ici le réel n'est pas le réalisme. Le réel est divin3 !"

Notes
1. L'Express du Midi, 11 février 1907.
2. Id.
3. Le saint de Toulouse. Vie du P. Marie-Antoine des FF. MM. Capucins, Père Ernest-Marie de Beaulieu, Toulouse, L. Sistac, 1908, p. 448

Boulevard Marengo et allées Jean-Jaurès anciennement Louis-Napoléon. Entre 1856 et 1857. Vue perspective des deux voies prise depuis le quartier Marengo ; au premier plan construction du pont Georges-Pompidou sur la voie ferrée. Ville de Toulouse, Archives municipales, 25Fi128.

Mange


mars 2019

Du jeune, du neuf, du frais : ce mois-ci, la naissance d'un pont. Oui, si vous regardez parmi les articles de la rubrique zoom, vous constaterez que je suis assez friande de ponts. C'est fascinant un pont, poser un tablier sur des piliers pour enjamber une voie ferrée, un fleuve, une route, une flaque de boue, une vallée, pour aller de la Terre à la Lune ou conférer un caractère ludique à une assiette de petits pois en tentant de faire tenir les carottes debout pour les couvrir de la feuille de salade cuite en déshérence, rien de tel qu'un pont.

Ici en l'occurrence il s'agissait de relier l'école vétérinaire au reste du monde de la ville. Après une passerelle en bois dont nous n'avons pas de photographie, une première structure en dur est mise en place (avouez que dans une fulgurance, vous avez regardé les tas de cailloux et d'IPN au premier plan comme s'ils étaient sortis d'une assiette de la cantine... et la statue de Riquet, fraîchement installée elle aussi, comme un bouquet de brocoli dressé sur sa base).

Pour la suite de l'histoire en images, du moins celle du pont, je vous invite à consulter notre base en ligne avec les mots-clés @pont@ et @vétérinaire@. Vous tomberez notamment sur ceci, et cela, ou encore .

Notre-Dame de Grasse. Groupe sculpté représentant une Vierge à l'Enfant, réalisée à Toulouse dans la seconde moitié du XVe siècle et conservée au musée des Augustins dans la salle capitulaire (RA 788) ; sur son socle figure l'inscription "Nostre Dame de Grasse". Plaque de verre 13 x 18 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 6Fi149 (détail).

Corps gras


février 2019

Mais pourquoi diable le fils fuit-il ainsi sa mère ? Est-il attiré par une assiette de crêpes, posée non loin de lui, et diffusant son alléchant parfum de fleur d'oranger, de vanille, et autres garnitures sucrées ? Ou bien, la voyant absorbée dans des pensées funestes, il prend ses responsabilités et tente d'éteindre un début d'incendie que des projections d'huile auront provoqué ? Ou encore, a-t-il été figé par le sculpteur alors qu'il tentait d'échapper à son costume de pierre, pour ne pas risquer d'être tripoté par des centaines de doigts, pleins de confiture ou non, qui ne manqueraient pas de le caresser au fil des siècles ? Je ne pense pas qu'il puisse s'agir d'un obscur quidam graissant la patte du minot à coups de galettes ou de jus de raisin en vue d'obtenir des miracles de sa part.

Que les vêtements de Notre-Dame de Grasse, qui est svelte, et de son Fils, à peine replet, fussent peints avec des pigments jaunes et oranges liés par un corps gras ne justifie pas une telle attitude. En revanche, il est bien plus envisageable que le groupe, présenté hors de son contexte, fût conçu pour être entouré d'autres personnages. Qui ? Pourquoi ? Quand ? Il reste encore de quoi discuter le bout de gras sur cette question.

[Deux bouchers prenant l'apéritif]. Vue d'ensemble de deux bouchers en tenue de travail prenant l'apéritif en devanture d'un bâtiment. Ils sont debout, l'un tient une bouteille, l'autre un verre, le second verre est posé sur une table en fer à trois pieds. Au dos tampon : « P. Parigol. Photographie Nouvelle. Toulouse-Pamiers. Rue des Filatiers, 38 ». P. Parigol, Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi1642.

Triste


janvier 2019
Ces deux garçons bouchers (tablier relevé, cravate, chemise retroussée) sont tristes. Pensez ! Ils viennent de se rendre compte qu'en plus du fait qu'ils ne doivent pas faire l'apologie publique des boissons à sucre fermenté, et que donc ils feignent la scène avec une bouteille bouchée, il leur faut, encore une fois, s'adonner à la formule consacrée en ce début d'année, sourire aux lèvres et vide au fond des yeux, souhaitant le meilleur d'on-ne-sait-quoi à n'importe qui. Viendront sans doute aussi les souhaits que l'on se fait à soi-même, toujours aussi mensongers, criant sur tous les toits que cette fois c'est sûr « j'arrête de boire les inepties télévisées et réticulaires (un dictionnaire est un ami), je me mets au sport et je mange sainement ».
Donc non, cette année je ne résous rien, je vous souhaite ce que vous voulez et je vais au comptoir voir le bizarre. Parce que « vous avez beau dire, y a pas seul'ment que d'la pomme... y'a aut'chose ! »
Rue Eugène-Sue. Années 1950. Vue perspective ascendante de la rue Eugène-Sue au niveau du n°11. Cliché réalisé après les travaux de voirie. Henriette et Robert Patez. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi632.

Rev(êt)u


décembre 2018

Vois-tu, lectrice ou lecteur, ces voies ouvertes et avenantes, couvertes d'un goudron lisse et prometteur ? Vois-tu comme ton véhicule glissera aisément et en silence sur une route désormais neuve et propre ? Vois-tu comme tes mignons souliers ne seront désormais plus souillés par la boue des rues terreuses ?
Nous sommes au début des années 1950 et une commande, dont nous ignorons tout, a conduit Henriette et Robert Patez, photographes installés rue Saint-Rome sous l'enseigne de Super-photo, à documenter l'état de quelques rues de Toulouse avant, puis après les travaux du bitumage de la voirie. Or, ce que nous n'ignorons pas du tout, vois-tu, c'est qu'une délibération du 10 décembre 1948 précise qu'un marché est conclu avec 3 sociétés différentes pour la fourniture de 1400 tonnes de matériaux enrobés destinés au Service de la voirie, pour une somme globale de 20 millions de francs prélevée sur les crédits de l'année 1949.


Quelques rues disais-je... nous avons ébauché une carte des voies (plus d'une centaine) photographiées par le couple (merci à notre sigiste, au passage). Nous laissons ton regard ébahi contempler l'ampleur des travaux. Automobiliste d'aujourd'hui, transporté en commun, cycliste, piéton, pousseur de poussette, au masculin comme au féminin, avoue que tu es ravi d'avoir échappé à cet enfer.
Si ces près de 700 images te semblent rébarbatives à consulter, admire ces trois aspects : d'un, l'angle de prise de vues, qui ne laisse aucun doute sur le fait que le sujet de la photographie est bien la voie, et non la rue, nuance ; de deux, le témoignage sur l'état d'urbanisation de la ville au mitan du siècle dernier ; et de trois, le repos visuel généré par la quasi-absence de l'automobile !

Boulangerie de l'Ancien Bureau de bienfaisance, 15 rue Traversière-Saint-Georges (actuelle rue Louis Deffès). 1938-1940. Scène de cuisson du pain à la boulangerie du Bureau de bienfaisance : deux boulangers se tiennent devant le four où plusieurs miches sont prêtes à être défournées à l'aide d'une pelle ; cliché réalisé dans le cadre d'un reportage sur les services et les œuvres du Bureau de bienfaisance de la Ville. Marius Bergé, Ville de Toulouse, Archives municipales, 85Fi681

Quotidien


octobre 2018

Oui, j'ose aborder le pain de ce jour, pardonnez-moi cette offense, mais la tentation est trop forte. C'est un mal pour un bien. 
Nous avons, voyez-vous, engrangé un certain nombre de documents photographiques ces derniers temps, dont un fonds du musée des Augustins composé de plaques de verre, en cours de traitement et accessibles en ligne. Elles sont pour une bonne partie l'œuvre de Marius Bergé, homme de presse qui fonda Le Cri de Toulouse et La Gazette de Toulouse, et illustrèrent le Bulletin municipal, notamment les articles concernant l'action sociale de la ville. Je me devais de vous en faire part, d'autant que les Archives municipales utilisent à leur tour plusieurs photographies de ce fonds à l'occasion de l'exposition sur la fin de la Première Guerre mondiale qui se tiendra du 24 octobre au 18 novembre dans la salle des ventes du Crédit municipal, rue Urbain Vitry.

 

 

 

Ainsi, le Bureau de Bienfaisance est doté à partir de 1869 de sa propre boulangerie, rue Traversière-Saint-Georges, dans l'ancien quartier éponyme. Les images de ces miches alléchantes font rêver, on en devine le parfum et la chaleur, en penchant l'oreille on entendrait même les clapotis de la mie encore en expansion sous l'épaisse croûte craquante. Et si les horaires décalés, la chaleur du four, la rudesse de l'effort, la sueur perlant sur le front et creusant sont lit vers le foulard à travers la peau couverte d'une fine couche de farine ont raison de certaines velléités de reconversion, elles n'entament pas la motivation d'une chargée d'inventaire prête à tout pour se consacrer à la noblesse de la tâche. 

18e Régiment d'Artillerie Toulouse, mai 1897. Cour de la caserne Caffarelli, boulevard Lascrosse, en mai 1897. Portrait de la 5e batterie du 18e régiment d'artillerie. Sept rangs de militaires dont les noms sont reportés un à un au dos du document. De Jongh Frères - Ville de Toulouse, Archives municipales, 3Fi1224.

Verso


septembre 2018

Une humeur prétendument badine me pousse à aborder le thème galvaudé de « ce qui se cache derrière les images ». Le public aime voir des dessous en général, être invité à pénétrer des chambres secrètes, faire partie d'une élite qui aurait accès à des informations confidentielles, être considéré comme unique et se hisser hors du troupeau anonyme et homogène. Oui moi aussi, je l'avoue, j'aime qu'on me susurre à l'oreille de folles révélations. Voyons donc. Penchons-nous sur les collections iconographiques, dont nous écartons d'emblée les supports transparents (plaques de verre et diapositives), pour nous intéresser, une fois n'est pas coutume, aux versos. 
Contrairement aux « faces B » des 45 tours, ils tendent à donner de la profondeur aux rectos. Souvent manuscrites (mais pas toujours), les notes apportent un supplément d'humanité. À mi-chemin entre l'impression et l'humain, nous avons le tampon. Sorte de mention apposée en série, il donne un cadre administratif ou documentaire avec notamment les noms des auteurs, des propriétaires successifs, parfois des dates d'intervention ou des droits d'utilisation. Enfin, il se peut que le verso soit un recto, ou vice-versa, selon ce que l'on considère comme étant la « face A ». Au moins deux types de documents se trouvent dans cette catégorie. Les cartes postales, dont l'image présente un intérêt documentaire, mais où la partie épistolaire est parfois fort intéressante ; et ce que je me risquerai à appeler les « écrits d'urgence » : les témoignages déposés par la population sur la place du Capitole aux lendemains des attentats de 2015.

À examiner les supports utilisés à cette occasion, on a une idée du contenu des poches d'un quidam du début du 21e siècle, et qu'il est prêt à abandonner pour s'exprimer : ticket de métro, prospectus, sujet d'examen, ou notes de cours. Le document, pour si rudimentaire qu'il apparaisse, est riche d'informations sur son contexte de production.

Lorsque les dos des images présentent de telles informations, ils sont numérisés et mis en ligne. Pour les voir, il suffit de cliquer sur les flèches, tout en bas, sous l'image principale, comme ici par exemple.

Chapiteau de la mort de saint Jean-Baptiste : Hérode et Salomé. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi2482.

Tête d'affiche


juillet - août 2018

Effectivement en lisant ce qui va suivre vous pourrez penser qu'on travaille du chapeau aux Archives. Mais c'est de rigueur. Normal en ces temps de rigueur. Les rigidités systémiques nous font perdre la raison comme d'autres perdent la tête à cause d'un coup de tête lors d'un banquet : la coupe se remplit, un jour elle est pleine et on finit par trancher dans le vif. Inutile de se prendre la tête et revenons au sujet : « la décollation pendant la collation », iconographie appréciée de tous temps et guest star des cloîtres romans.

Les deux chapiteaux représentant la mort de Jean-Baptiste conservés au musée des Augustins ont eux aussi été bringuebalés au fil du temps. Déjà ils ont perdu leurs corps, tout comme JB, mais leur présentation a aussi été l'objet de fantaisies diverses : le tailloir sous lequel est placé aujourd'hui le chef-d'œuvre de Gilabertus n'a pas toujours été le même, comme le prouve cette plaque de verre tout droit sortie du 51Fi (fonds des Toulousains de Toulouse, que vous connaissez depuis le temps que je vous le sers à chaque occasion). Sorte de couvre-chef de chapiteau, le tailloir est rarement absent de l'équation, sauf sur cette carte postale où l'on voit très bien la place que s'est octroyée l'artiste sur le bloc de pierre, couvrant totalement la corbeille, débordant même sur la partie structurelle inférieure en faisant reposer les pieds des protagonistes sur l'astragale. Il suffit de comparer avec cet autre chapiteau de la décollation du Baptiste, où la sculpture est contenue à la place qui lui était allouée en ce début de 12e siècle.

Je vous laisse apprécier la finesse d'exécution, l'élégance des postures, la souplesse des cheveux et des mains et la richesse des costumes.

[Dépôt de balances]. Années 1920-1930. Vue d'ensemble d'un tas de balances hors service, rangées au fond d'une pièce. Joseph Saludas - Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi5570.

En juin on fait moins les malins


juin 2018

Le filon toulousain du trafic de balances aurait été démantelé récemment. C'est plutôt une bonne nouvelle pour les enragés des régimes printaniers : inutile donc cette année de chercher à perdre quelques grammes en prévision d'une exposition de marchandise sur un étal ensablé, il sera impossible de peser les colis. De toutes façons il manque l'élément indispensable au hâlage des chairs, le soleil a décidé de prendre une année sabbatique, le veinard. L'occasion est trop belle pour être manquée, ne pesons plus rien si ce n'est le pour et le contre, et goinfrons-nous de balades à vélo en bikini sans la moindre vergogne et adieu les obsessions.

 

Maintenant que les complexes vous ont quittés, si par chance, vous, derrière l'écran de votre appareil téléphonique portatif et intelligent, ou même celui de votre terminal informatique, vous aviez le sourire en coin en train de pointer le bout de son nez parce que vous connaîtriez le où-quand-quoi-pourquoi-et-comment (dans cet ordre) de ces appareils de mesure sur cette photographie de Joseph Saludas prise dans les années 1920-1930, virgule et respiration, alors vous nous procureriez un plaisir immense en voulant bien nous faire parvenir ces précieuses explications. Voilà plusieurs années que cette énigme m'empêche de dormir, il est certain que l'interrogation commence à me peser.

 

Violettes à Toulouse (1953). Avenue de Fronton, n° 269. 1953. Plan rapproché sur une femme âgée sentant un bouquet ; bâtiments. Jean Ribière - Ville de Toulouse, Archives municipales, 41Fi61. Reproduction sur autorisation.

Purple rain


mai 2018

Ces derniers temps c'est plutôt gris sur la ville rose. Malgré les rouge et or qui se déplacent chez les rouge et noir. Malgré les violets courant sur la pelouse du Stadium, malgré la coulée verte du canal, malgré le pastel – sa fleur jaune n'a rien à voir dans la transformation de la feuille -, malgré la brique, les marbres, les tuiles, malgré le noir des pavés de la rue Alsace. Même les cerises passent inaperçues, sauf à quelques pigeons si gros qu'ils pourraient passer pour des colverts. Revenons à nos couleurs et savourons des photographies en noir et blanc.
A cette période, je suis censée commencer à vous apporter un peu de fraîcheur, « mais c'est de chaleur dont nous avons besoin » me crierez-vous sans l'ombre d'un doute. Alors fermez les yeux et plongez-vous dans un jardin au printemps. Plongez sur la pelouse, au ras des pâquerettes, tout près des violettes. Plus près encore, leur parfum sucré se hume le nez dessus, exactement comme le pratique la dame sur la photo qui plonge son nez dans un bouquet.
Travaillant dans l'une des exploitations toulousaines des années 1950, cette dame est peut-être devenue violetholique, comme l'est ma grand-mère : elle a développé une addiction sévère au parfum de la fleur, qui a fini par coloniser l'ensemble de sa peau, ce qui a pour effet que mon aïeule est précédée (et suivie) d'une odeur de bonbon au sucre partout où elle se rend. Il y a pire, c'est vrai.
La violette cristallisée sévit dans la capitale languedocienne depuis le milieu du 19e. Elle s'invite partout : sur les cartes et dans les coffrets souvenirs, elle trône sur les pâtisseries, elle tente même de supplanter la crème de cassis dans certaine boisson alcoolisée.
Promenez-vous donc dans le fonds Jean Ribière et vous y trouverez le reportage complet sur la culture et la transformation de la fleur en confiserie.

Parc Municipal des Sports. Piscine Nakache, île du Ramier. Années 1940. Vue de la piscine et de la brasserie attenante, avec de nombreux nageurs ainsi que des hommes et des femmes assis sur des chaises en enfilade. Présence de parasols publicitaires pour l'apéritif Dauré. Joseph Saludas, Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi1601.

La mer


avril 2018

- Quelle chance de vivre à Toulouse, vous avez la mer n'est-ce pas ?

Voici un exemple de remarque désobligeante servie généralement par nos congénères vivant au nord de la Loire, de ceux qui ne savent pas les noms des viennoiseries, et qui vous placent allègrement sur une carte la ville rose près de Palavas-les-Flots. Donc non, il n'y a pas la mer à Toulouse. En revanche, nous avons la piscine Nakache sur l'île du Ramier : Toulouse-plages avant l'heure. Un rayon de soleil et nous voilà rêvassant mollement au prochain apéritif siroté crânement sous un parasol, les yeux plissés en regardant les enfants se baigner et les jeunes premiers exhiber leurs corps sculptés.

Les goûts se suivent et ne se ressemblent plus, car si les amers furent en vogue jusqu'aux années 1970 (soyons sérieux, nos souvenirs de Suze-cassis remontent bien à l'époque des cols de chemise en pelle à tarte), ils déclinèrent au profit, entre autres, des vins cuits, plus sucrés, que nous leur préférons aujourd'hui. Et, loi Evin oblige, c'en est terminé des placards vantant les mérites des Campari, Bitter, Suze et autres élixirs de gentiane. Heureusement, il nous reste les archives photographiques pour apprécier un affichage à faire se retourner n'importe quelle vésicule biliaire.


 

Caille sur canapé (1937). Menu du restaurant "Calypso" (allée de Barcelone) composé pour l'association des " Randonneurs toulousains". Ville de Toulouse, Archives municipales, 45Fi218.

Genre


mars 2018

Quel humour mes amis, quel humour. En vérité je vous le dis, les temps ont bien changé. Il fut une époque où l'on pouvait peindre une caille sur canapé au propre et au figuré sans être inquiété. Repris quelques années plus tard par une autre équipe de publicitaires, le procédé fut réprouvé lorsqu'il s'est agi de crème fraîche. Les gender studies sont passées par là : on ne prend déjà plus les vessies pour des lanternes, pourquoi faudrait-il prendre les humains pour des volatiles ? Quoi que, si l'on retourne le document (vous pouvez le faire de chez vous en consultant la vue n° 2 depuis le bouton situé tout en bas à gauche de cette page) la question devient légitime. En effet, la lecture du menu servi à une association de randonneurs en 1937 pourrait bien faire passer l'homme pour un canard gras. Espérons que la présence d'une pintade sur la liste des mets était aussi fortuite que le fait que ce billet soit rédigé le 8 mars.

Hôtel Mansencal. 1 rue Espinasse. Vers 1920, vue d'ensemble. Ville de Toulouse, Archives municipales, 51Fi2180.

Aïe


février 2018

Il vous faut des explications, tout de suite. D'abord la couleur jaune, puis une indication de souffrance, et enfin cette photographie : tout ceci vu depuis votre côté de l'écran peut paraître décousu, mais en réalité c'est lié. Une photo, avec ses strates chimiques, est un objet vivant qui évolue dans le temps. Et selon le chemin que prend son existence, les traumatismes qu'elle subit, les choix opérés par les personnes qui l'ont constituée puis transformée et conservée, son intégrité est parfois menacée. Vous avez déjà vu des tirages jaunis par le temps, affaiblis, presque illisibles. Il s'agit bien souvent du résultat de l'oxydation des grains d'argent contenus dans l'émulsion, qui peuvent produire, entre autres, du sulfure ou de l'argent colloïdal. Les deux combinés donnent naissance à cet intéressant voile jaunâtre aux reflets métalliques*. Sur un support transparent comme une pellicule ou une plaque de verre, l'image observée sur un fond clair apparaît en négatif, sur un fond sombre on la voit en positif. Revenez sur l'article d'avril 2016 , il était déjà question de cette particularité.

 

Le temps accomplit donc son travail de sape, inexorablement, le fourbe. Si on ne peut le stopper, un ralentissement du déclin est envisageable, en conservant ces documents très sensibles en atmosphère fraîche et sèche (moins de 14°C et de 40 % d'humidité). Cependant, nous ne maîtrisons pas l'état des documents lorsqu'ils arrivent chez nous : ils sont parfois mal en point.

Vous apprécierez donc l'abnégation de cette plaque de verre qui souffre en silence, altérée par l'oxydation de son émulsion. Notez bien que la numérisation est étonnamment précise, aucune retouche n'étant apportée. Quant à la couleur rouge, il s'agit probablement d'un vernis de masquage qui s'est dégradé. On en trouve aussi du jaune, parfois appliqué de part et d'autre de la plaque de verre, pour être bien sûr que la lumière ne passera pas au moment de réaliser le tirage.

Pour des informations complètes sur l'hôtel Mansencal de la rue Espinasse, rendez-vous sur UrbanHist !

 

 

*Source Bertrand Lavédrine, Les collections photographiques. Guide de conservation préventive, Arsag, Paris, 2000.

Année 1920-1930. Vue d'ensemble d'une valise d'ustensiles de cuisine. Joseph Saludas, Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi5332.

Ustenlise


janvier 2018

Ne cherchez pas, c'est un mot-valise. Un de ces mots à tiroir dans lesquels on fourre ce que l'on veut, en l'occurrence ici à la fois le contenant et le contenu, la valise et l'ustensile. Et quelle valise ! Avec ça vous passez soit incognito, soit pour un sniper, c'est au choix.

Ce tirage photographique est le fruit du travail de Joseph Saludas, dont vous trouverez près de 450 clichés dans nos fonds en faisant une recherche par auteur. Il a documenté foires et vitrines de commerces, groupes de sportifs et d'écoliers. Vous reconnaîtrez au moins une image déjà proposée ici, issue d'une série sur les cuisines collectives.

Mais pour en apprendre plus sur ce photographe qui œuvra pendant près de quarante ans à Toulouse et dans la région, consultez donc le tome 2 de l'Encyclopédie historique de la photographie à Toulouse, de François Bordes, paru en décembre 2017. On en parle ici, et comme il est bien entendu dans nos rayons, vous pourrez le « loeilleter » en salle de lecture, et l' « exapouiller » pour vos recherches sur la photographie toulousaine entre 1914 et 1974.

Et en passant, « excellonne » année à vous !

Pont des Catalans. Entre 1913 et 1916. Vue perspective de la voie sur le pont où l'on constate les désordres de voirie liés au pavage de bois. Brouillard. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi5630.

Bu


décembre 2017
Le soleil ne perce pas, enfermé derrière la muraille de brume qui recouvre Toulouse. Le froid est mordant autant qu'humide, respirer devient un exercice pénible. Les bruits habituels du matin paraissent s'étouffer. Seule une voiture s'enfonce lentement dans les ténèbres blanches, emportant avec elle le claquement sourd des sabots sur les pavés. Est-ce que le cocher s'est aperçu de l'éventrement de la chaussée ? Le voyageur a-t-il compris les cahots subits alors que le franchissement du pont est habituellement paisible ? Peut-être que l'équipage a traversé ces buttes étranges comme un passe-muraille, ou bien celles-ci se sont formées après son passage comme une traînée d'écume suit un bateau, formant de charmantes bulles qui tôt éclatent.
Pourtant il n'y a pas de mystère. Ouvert à la circulation en 1913 avec des pavés de bois, l'humidité a rapidement fait gonfler le revêtement. Le bois buvait trop, trois ans plus tard il fut remplacé par du granit.
Portrait D'enfant. Portrait en studio dans la première moitié du XXe siècle d'une fillette costumée en mariée, avec long voile et gants blancs, se tenant debout près d'un fauteuil canné au piétement en X et devant un fond peint représentant un intérieur à larges fenêtres, boiseries et colonnes. René Gril - Ville de Toulouse, Archives municipales, 34Fi198.

Canné


novembre 2017

Naturellement, il ne s'agit pas de l'enfant, resplendissante de bonheur dans sa tenue de princesse épousée, maquillage et voile immaculé à l'appui. Non, il faut regarder le fauteuil. Pour une fois intéressons-nous un instant aux accessoires, nous reviendrons à la petite fille plus tard. Avez-vous remarqué qu'il est canné ? Peut-être le voit-on mieux sur l'image agrandie et non recadrée. Parce que la canne, c'est surtout cette grande tige fine et droite qui pousse près de l'eau, dont on tire les cannes (à pêcher ou à marcher), et auxquelles on fait allusion pour désigner les guibolles, car oui, n'a pas de cannes de serin qui veut. Notre fauteuil, donc, tissé de lanières de jonc, est canné.

En revanche, en découvrant cette photographie, j'ai bien failli canner. Car vêtir une petite fille en mariée, c'est une sorte d'endoctrinement, un mode de pensée inculqué très tôt, non ? Gageons que les parents se sont amusés pour un carnaval à transformer leurs petits en adultes. Parce que oui, vous avez le garçonnet affublé d'un très beau costume trois pièces avec haut de forme et souliers vernis, et dans la même série, comble du mignonesque, l'image de l'union, forcément factice. Ah, je canne, j'expire !

Faculté de médecine de Toulouse. 3e année. 23 novembre 1906. Etudiants posant avec un squelette sur le perron de la faculté. Marque et mention signalant Auguste Labéda et Étienne Roques. C. Lencout-Bent - Ville de Toulouse, Archives municipales, 3Fi36 (détail).

Deux de tension


octobre 2017

Au moment où les ténèbres rattrapent la lumière, quand les nuits deviennent aussi longues que les jours, à l'équinoxe d'automne, on peut se sentir un peu fatigué, vidé. Une faible pression artérielle provoque des chutes de tension, laissant inertes les sujets affectés. Difficile alors de porter attention aux tâches délicates, ce qui peut, dans des situations extrêmes, s'avérer dangereux. Imaginez un chirurgien épuisé, entre les mains duquel vous laisseriez votre vie. Il pourrait, par une bête seconde d'inattention, attenter à vos jours. Il faudrait alors vous brancher, si possible sur haute tension, pour tenter de remettre un peu de jus dans la machine. Les hommes et les femmes de l'art marchent donc sur un fil, celui de la vie, à maintenir tendu.

Prenant l'expression au pied de la lettre, des étudiants en médecine du début du siècle dernier l'ont appliquée dans leur photo de groupe. Cette dernière, charmante, présente avec l'humour que nous leur connaissons une classe de la faculté de médecine de 1906, présentée il y a moins d'un an sur le compte Flickr des Archives municipales.

Mais il en est d'autres moins répandues. L'une montre une classe de dissection, avec le même esprit potache mais un peu plus douteux. Que d'hommes, direz-vous ! Et fiers d'exhiber leur quotidien de travail, quitte à heurter les sensibilités. L'image est fascinante. L'autre l'est encore plus, à plusieurs titres, mais attention ! Je ne saurais trop recommander aux personnes sensibles de ne surtout pas cliquer sur ce lien. D'abord, il faut comprendre à quel point il est encore rare de confier des corps aux femmes au début du 20e siècle. Quant à les photographier avec un sujet d'anatomie disséqué, vous n'y pensez pas. Ensuite, il émane de la femme en blouse, instruments en main, le regard sûr, un calme presque reposant, loin de toute tension. Enfin, le corps, ou ce qu'il en reste, déposé devant elle sur la table d'analyse présente une texture étrange. En y regardant de plus près, on constate des traces de rayures, ou plutôt de grattages, manifestement présentes sur le négatif. Aurait-on par le passé souhaité soustraire à la vue des chairs peu ragoutantes ? Quelle charmante attention !

Si d'aventure vous accusiez un goût pour les descriptions de corps altérés, précipitez-vous sur le dernier dossier des bas-fonds, en ligne ici.

Années 1920-1930. Vue d'ensemble d'une cuisine collective, dont un four alimenté au gaz, en situation de fonctionnement, une femme et un homme posant devant le matériel. Au verso de la photo, tampon : J. Saludas, photo, Rue Cazals, Croix-Daurade, Toulouse. Joseph Saludas – Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi5577.

Menu


septembre 2017

Feuilletés aux petits légumes ; aspic de saumon sauvage et crème d'oseille ; cailles rôties, oignons confits et sauce forestière ; gratin dauphinois et fagots de haricots ; fromages de nos régions ; omelette norvégienne ; café, biscuits et liqueurs. À la carte, naturellement.

En cuisine, la chef et son commis s'activent, tout sourire, dans une excitation rare, à l'idée de préparer un tel repas. La table que l'on devine sur la droite sert avantageusement de plan de travail, très commode avec son tiroir à couteaux. Si la caille à découper est un peu trop récalcitrante, une scie à bois est à disposition au-dessus du four. Les sauteuses contiennent sans doute de grandes quantités de sauce ou de ballotins de légumes verts étuvant tranquillement. Les ustensiles, précautionneusement disposés sur une tringle, permettent de plonger dans les marmites pour y chercher la portion adéquate.

Le sol de terre battue présente plusieurs avantages : les graisses qui s'y répandent sont aussitôt absorbées évitant ainsi au personnel l'apprentissage du patinage pour travailler sur les lieux, et dispense du nettoyage à grande eau. Notons également les espadrilles réglementaires, pour se sentir à l'aise en toutes circonstances. À la fin du service, une petite pause pourra être accordée à l'équipe, qui utilisera les deux chaises sans pieds suspendues au mur. Ces dernières ne seront décrochées qu'après avoir dûment rangé les gamelles, juste au-dessous, et en prenant bien garde de ne pas y faire tomber d'éléments de maçonnerie ou d'enduit.

Si la pièce est identifiée comme étant une cuisine collective, nous ne disposons pas des informations de lieu et de date de prise de vues, ni même des conditions précises de production du reportage. Il semble tout de même que la série d'images réalisées (1Fi5574 à 1Fi 5585) montre des équipements de cuisines, matériel de cuisson et dispositifs pour la restauration en collectivité. Il est probable que la commande vienne du fabricant de ces fourneaux et cuisinières.

Gare Matabiau, 64 boulevard Pierre-Sémard. 1904-1905. Vue d'ensemble de l'aile droite de la gare en cours de construction. Au premier plan : tas de pavés, rambarde du Canal du midi ; au fond : les bâtiments en cours de construction et échafaudages. Pierre, Henri, Désiré Laffont - Ville de Toulouse, Archives municipales, 18Fi243. Domaine public.

Gare !


juillet-août 2017

1905 : des échafaudages se dressent contre des murs blancs, neufs. Des pavés se pressent contre une balustrade qui semble clore la scène, comme pour être au plus près, voir ce qu'il va se passer. On les sent aux abois, tendus vers ce chantier impressionnant, incrédules. Oui, un événement incroyable se prépare, on en voit les coulisses. On distingue même un attroupement d'ombrelles venues spécialement se placer aux premières loges. La gare, oui, la vieille gare Matabiau va être très prochainement engloutie. Ou habillée d'une nouvelle parure. On lui a déjà passé la manche droite, bientôt la tête va disparaître, ou plutôt son fronton triangulaire à base interrompue surmontant un édicule bordé de deux pilastres. Ce dernier est flanqué de deux tables où sont inscrits les noms des villes que la ligne de chemin de fer relie : Bordeaux et Sète (qu'on écrivait Cette, avant 1928).

La première gare, inaugurée en 1856, est en travaux car ses dimensions ne suffisent plus à réguler le flot continu des voyageurs qui ne cesse de croître, préfigurant sans doute les ballets de pas chassés et croisés qui fleurissent depuis le milieu des années 1930. Un nouveau bâtiment, manteau vibrant de blancheur et d'opulence, est donc ajouté. Il emmitoufle tant le précédent qu'il finit par le faire disparaître. La gare que nous connaissons est achevée en 1906, elle a complètement digéré la précédente, conservant toutefois un souvenir des grandes arcades sur la façade extérieure du bâtiment des arrivées, ainsi que sur la façade postérieure, donnant sur les voies.

Pour en (sa)voir plus : aux archives, diantre ! Et en ligne s'il vous plaît : vous pouvez y consulter une vue du premier édifice. Et chemin (de fer) faisant, de fil en fibre (optique), vous pouvez vous promener sur Urban-hist, et découvrir d'autres illustrations, ainsi qu'une notice complète sur la gare Matabiau.

Portrait d'une femme âgée de 23 ans, 16 juillet 1855, daguerréotype 1/4 plaque, 22,5 x 23 cm. Fançois Gobinet de Villecholle dit Franck, Furioux – Ville de Toulouse, Archives municipales, 17Fi43 (détail).

Le miroir aux alouettes


juin 2017

S'il fallait retenir quelque chose de l'évolution des pratiques photographiques de ces dix dernières années, ce serait sûrement l'avènement du selfie. De mon collégien de neveu au président des États-Unis, tout le monde doit désormais se conformer à ce nouvel usage sous peine de ringardise. Les smartphones sont devenus les miroirs dans lesquels se mire notre époque. Faut-il s'en inquiéter ?

D'aucuns y voient un symptôme du narcissisme ambiant. Certes, mais le selfie existait bien avant le 21e siècle, il s'appelait juste l'autoportrait. Et d'ailleurs, il fut un temps où les photographies étaient de véritables miroirs. Un daguerréotype n'est pas autre chose qu'une plaque de cuivre recouverte d'une couche d'argent polie, sur laquelle est impressionnée une image inversée, comme un reflet.

On remarquera, comme c'est le cas ici, l'air contraint du sujet. Cela s'explique par le temps de pose qui pouvait parfois dépasser trente minutes. Pour éviter tout mouvement durant cette phase, on utilisait des mécanismes de maintien du corps qui pouvaient s'apparenter à de véritables instruments de torture. Mais que ne ferait-on pas pour devenir immortel ? Et, en même temps, si c'est pour avoir une éternelle tête de nœud...

Fermière gavant une oie. Labouche frères, carte postale N&B, 14 x 9 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi478.

Mère Oie


mai 2017

Ou « ouahhh ! », tout dépend de l'intention. Le gavage des oies, entre muguet, urnes et fête des mères, n'est pourtant pas vraiment de saison. C'est qu'en tant que nullipare, les mots « merci maman » résonnent chez moi d'une particulière façon. Me reviennent à l'esprit les gentils dessins, colliers de pâtes, bonbons, gâteaux et autres douceurs confectionnées avec candeur, puis apportés, avec une bonne dose d'excitation débordante en sautant sur le lit pour réveiller l'auteure de mes jours. En vraie mère poule, elle me gratifiait alors d'un sourire aussi large que ses bras ouverts, malgré la rencontre fortuite entre le café et la couette, l'équilibre du bol n'ayant pas résisté à ma délicatesse légendaire. Elle prenait ensuite le livre que j'avais apporté, sans doute Les contes de ma mère l'Oye, et me faisait trembler de fausse peur et d'impatience. Blottie contre elle, je me sentais prête à affronter tous les fléaux de la terre.

Ce qu'elle pensait, je n'en sais rien. Et elle ne dira jamais si je la gavais avec mes nouilles. Peut-être qu'elle aurait préféré que j'apprenne une chanson, que la maîtresse aurait inventée, et dont les paroles auraient pu être quelque chose comme « j'vous ai apporté du foie gras, parc'que les fleurs, c'est périssable... ». Nous aurions ensuite passé l'après-midi au museum, et je serais restée des heures à contempler cette vitrine approuvant de son sceau institutionnel l'entrée du gavage volatile dans le patrimoine méridional.
Le plus fascinant dans l'affaire, est sans doute la souplesse du cou de la bête, à moins que ce ne soit la tendre dextérité de mains expertes, celles-là mêmes qui tournaient les pages du livre alors que je digressais...
Ne poussons pas mère-grand dans les orties, ni même ailleurs, et plongeons-nous dans « le 9Fi » ou le fonds des cartes postales qui, comme nous vous le disions dans ce reportage, comprend près de 8000 pièces, consultables en ligne !

Décors, tableaux et sculptures des salles de l'hôtel de ville dit Capitole : salle du conseil municipal. Les Vendanges, par Henri Bonis. Stéphanie Renard – Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num5/32 (détail).

Non merci, jamais pendant le service, de plus je préfère le rouge.


février 2017
En janvier, après les soldes, c'est le blanc. Avant le nettoyage de printemps, on commence à rafraîchir les atmosphères confinées de nos habitations, où flottent encore parfois quelques relents festifs de dinde, de galettes et bientôt de crêpes. Champagne, mousseux, clairette, citrate de bétaïne ou Alka Seltzer, que de boissons légères aux vertus plus ou moins bienfaisantes et dont le point commun est leur couleur, réelle ou promulguée, blanche.
Notons qu'en matière de boissons, l'art de la litote emploie beaucoup les couleurs, comme si cette celle-ci permettait de couvrir un tabou d'un voile recommandable, pur et innocent comme une tête blonde à l'âge où elle apprend que le mouton est blanc, grise la souris, jaune le lion et vert le crocodile. Étonnons-nous après que la langue française soit réputée difficile, alors qu'elle n'est qu'imagée. Comment expliquer que l'on peut commander un p'tit noir serré, un jaune ou du rouge à un homme vêtu de noir et de blanc, qu'on peut lui demander un verre mais pas un vert, qu'on envoie balader le vendeur de roses, qu'il est troublant de s'y pointer avec des bleus (mais que si ce sont les Bleus, attention, on risque de finir gris), et que finalement, l'emblème de la ville rose, construite couleur brique, est la violette ? C'est à y perdre son latin ou son occitan.
Heureusement il existe un monde où les choses sont simples, il se trouve somewhere over the rainbow, on y fait les vendanges entourés d'enfants joueurs à l'heure où les rayons de soleil ruissellent sur les grappes bleues de vignes vigoureuses. Ce monde enchanté existe bien : je l'ai vu, je l'ai même photographié ! Il se trouve dans la salle du conseil municipal, au Capitole, et est représenté par Henri Bonis, qui y mettait en valeur, au tournant du siècle dernier et de l'avant-dernier les produits toulousains.
Rappelons que le produit de la vigne ne se consomme pas pendant les séances du conseil et que, d'autre part, il est bon d'en user avec modération.
[Pyrénées. Gavarnie. Brèche de Roland] - Mention manuscrite sur la plaque : « 108 ». Vue d'ensemble panoramique.Négatif NB sur plaque de verre, 13 × 27 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 67Fi122.

Roland


octobre 2016

Oui, il y a un olifant au musée Paul-Dupuy, celui-là même qui aurait servi au neveu à prévenir son Charlemagne d'oncle que l'arrière-garde était tombée en embuscade, pour faire court. Mais laissons le cor où il est, et prenons le décor à bras le corps.
La composition étagée de l'image montre des strates minérales, plus ou moins accidentées, qui s'étendent du premier à l'arrière-plan, de gauche à droite, avant de laisser un morceau de ciel, là, tout en haut, respirer. Ouf. À la lisière entre la terre et l'air, une curieuse bande rocheuse en pointillés s'érige, mystérieuse, dans un sourire édenté.
Nous ne sommes pas au Far West, John Wayne ne va pas dévaler la pente sur un cheval fougueux, pas plus que Tornado ne va se cabrer sous un éclair vengeur. Non. En revanche, nous pouvons admirer le résultat de la colère (ou du désespoir) de Roland qui, voulant détruire son épée avant de mourir, la jette contre la montagne... qui ouvre une brèche (oui m'sieurs, dames) ! À moins que ce ne soit son cheval qui frappa du sabot, mu sous les mêmes tourments que le maître. Peu importe la version, pourvu qu'on ait l'ivresse, la féerie de l'imagination, et que, par le bout de la lorgnette montagneuse, l'on puisse voir, de l'autre côté... l'Espagne !

L'abbé Ludovic Gaurier (1875-1931) était un pyrénéiste et limnologue éminent du début du 20e siècle. Il a laissé de nombreuses photos de ses expéditions en montagne, dont les Archives municipales de Toulouse conservent un fonds constitué de plaques de verre. Vous les trouverez dans la sous-série 67Fi.