Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

Merci Maman ! - mai 2017


DANS LES ARCANES DE


Commissariat général à la famille. Journées des mères. Dimanche 30 mai 1943. Edité par l'office de propagande générale, 37 rue de Lille, Paris (4-1943). Pierre Grach dit PHILI - Ville de Toulouse, Archives municipales, 82Fi n.c. (détail).

Bonne fête maman !


mai 2017
 

Je ne vous raconterai pas l'histoire de la fête des mères. Je vous éviterai également les citations qui célèbrent nos chères mamans. Je ne vous offrirai pas non plus de poèmes de mon cru.
Je vous invite à une lecture de billets éclectiques émis par les rédacteurs d'Arcanes, qui comme d'habitude, s'en sont donné à cœur joie pour vous régaler de leurs chroniques toulousaines. On y parle du gavage des oies (si si !), d'enfant abandonné et de filles-mères, de proposition d'offrande, de médaille d'honneur, d'associations féministes...
Et en prime, je vous offre, en avant première, une petite sélection d'affiches qui viennent tout juste d'être récupérées chez un particulier, collectionneur acharné. Elles ne sont pas encore saisies dans notre base de données et vous pouvez savourer ces dessins de 1943 à 1951 avant tout le monde. C'est cadeau !

ZOOM SUR


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Fermière gavant une oie. Labouche frères, carte postale N&B, 14 x 9 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi478.

Mère Oie


mai 2017

Ou « ouahhh ! », tout dépend de l'intention. Le gavage des oies, entre muguet, urnes et fête des mères, n'est pourtant pas vraiment de saison. C'est qu'en tant que nullipare, les mots « merci maman » résonnent chez moi d'une particulière façon. Me reviennent à l'esprit les gentils dessins, colliers de pâtes, bonbons, gâteaux et autres douceurs confectionnées avec candeur, puis apportés, avec une bonne dose d'excitation débordante en sautant sur le lit pour réveiller l'auteure de mes jours. En vraie mère poule, elle me gratifiait alors d'un sourire aussi large que ses bras ouverts, malgré la rencontre fortuite entre le café et la couette, l'équilibre du bol n'ayant pas résisté à ma délicatesse légendaire. Elle prenait ensuite le livre que j'avais apporté, sans doute Les contes de ma mère l'Oye, et me faisait trembler de fausse peur et d'impatience. Blottie contre elle, je me sentais prête à affronter tous les fléaux de la terre.

Ce qu'elle pensait, je n'en sais rien. Et elle ne dira jamais si je la gavais avec mes nouilles. Peut-être qu'elle aurait préféré que j'apprenne une chanson, que la maîtresse aurait inventée, et dont les paroles auraient pu être quelque chose comme « j'vous ai apporté du foie gras, parc'que les fleurs, c'est périssable... ». Nous aurions ensuite passé l'après-midi au museum, et je serais restée des heures à contempler cette vitrine approuvant de son sceau institutionnel l'entrée du gavage volatile dans le patrimoine méridional.
Le plus fascinant dans l'affaire, est sans doute la souplesse du cou de la bête, à moins que ce ne soit la tendre dextérité de mains expertes, celles-là mêmes qui tournaient les pages du livre alors que je digressais...
Ne poussons pas mère-grand dans les orties, ni même ailleurs, et plongeons-nous dans « le 9Fi » ou le fonds des cartes postales qui, comme nous vous le disions dans ce reportage, comprend près de 8000 pièces, consultables en ligne !

DANS LES FONDS DE


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Porte de la Commutation au jardin des Plantes, le long de l'avenue Frédéric-Mistral. Fin 19e siècle. Vue de la porte prise depuis le jardin ; au premier plan, une femme avec une ombrelle, tenant un enfant par la main. Photographie N&B, 9 x 12 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi5337 (détail).

Mamma mia !


mai 2017

Je dois vous arrêter tout de suite : nous ne parlerons ni de comédie musicale, ni de variétés suédoises, ni même de cuisine italienne… Il faut dire que pour tous ces domaines, bien qu'intéressants, je n'ai guère de ressources à vous proposer dans la bibliothèque des Archives. Désolée, mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.
En revanche, si vous cherchez quoi offrir à votre maman pour sa fête prochaine, je peux vous faire quelques suggestions… : un beau livre sur les Archives (et pourquoi pas ?), un ouvrage retraçant l'œuvre et la carrière de la plus grande femme photographe toulousaine du 20e siècle, un petit manuel de recettes (réservé tout de même aux initiés) ou bien encore, pour les It-Mums, un guide pointu sur la mode (à travers les siècles). De quoi sortir un peu des sentiers battus… même si, personnellement, un joli bouquet de fleurs reste une valeur sûre.
Mais au fait, et moi, quel sera mon cadeau ?

Couverture du programme de la cérémonie de remise des Médailles de la Famille Française au Théâtre du Capitole (sans date). Ville de Toulouse, Archives municipales, 95W243 (détail).

Une Maman en Or !


mai 2017

Il fut un temps où le mérite des mamans toulousaines était récompensé comme il se doit. Pas avec des colliers de nouilles ou la dernière centrale vapeur, non ! Dans les années 1940-1970, la municipalité célébrait cette fête nationale en grande pompe. Les mères de familles nombreuses recevaient un carton d'invitation pour une représentation spéciale du Théâtre du Capitole, suivie d'une cérémonie de remise de médaille de la Famille Française et d'un goûter pour les enfants.

Comme en témoignent les listes des médaillées, les critères de sélection sont clairs : médaille de bronze, cinq enfants minimum ; médaille d'argent, entre huit et neuf ; médaille d'or, pas moins de dix bouts de chou (certaines familles comptant jusqu'à douze enfants). On en conviendra, cela valait bien une médaille.

DANS MA RUE


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Élévation antérieure du n°19 rue des Couteliers. Photo Christian Soula, Région Occitanie – Inventaire général, 1976, IVR73_76310001V_P.

La Maison des femmes au 19 rue des Couteliers (1976-1982)


mai 2017

En cette période d'élection, il est bon de rappeler les combats qui ont été menés par nos mères, nos grands-mères, voire nos arrières-grands-mères, dans les différents mouvements d'émancipation des femmes qui ont émaillé le 20e siècle. Luttes politiques (droits de vote et d'éligibilité obtenus en 1944), droit à disposer de son corps (création du planning familial en 1956, lois sur la contraception en 1967 et sur l'avortement en 1975) ont permis aux femmes de se libérer du « genre », construction sociale arbitraire résidant dans une domination masculine symbolique fondée sur la différence entre les sexes.

A Toulouse, différents mouvements féministes se créent dans les années 1970, notamment la Maison des femmes, association basée de 1976 à 1982 au n° 19 de la rue des Couteliers. Ce  lieu de rencontres et d'échanges autour des revendications sur les droits des femmes était installé dans une maison à pan de bois. Les baies étaient pourvues d'un appui aux moulures caractéristiques du 16e siècle. Elle était entourée d'autres maisons, datant du 18e siècle ou du 19e siècle, dans le même état de décrépitude avancée. Une nuit de décembre1983, le n° 15 s'effondre, heureusement sans faire de victimes. Un permis de construire, accordé en mai de la même année sur les n° 15 à 21, fait disparaître les autres immeubles, que nous connaissons grâce aux photographies prises par l'inventaire. Un grand immeuble de 92 logements est alors construit à la place de ces édifices.
En 2016, deux associations féministes toulousaines ont créé un parcours thématique à l'occasion des journées du patrimoine (rebaptisées pour l'occasion « matrimoine ») présentant les lieux et les personnalités emblématiques du féminisme toulousain, l'occasion de prendre conscience de l'importance de ces mouvements à Toulouse.

SOUS LES PAVÉS


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Boîte aux lettres pour bébés de l'Hôtel-Dieu de Toulouse... Cliché numérique. Marc Comelongue - Service de l'Inventaire patrimonial et de l'Archéologie de Toulouse Métropole, 2017.

Une nouvelle définition en archéologie du bâti : le « Merci Maman » ?


mai 2017

C'est en tout cas le nom que l'on pourrait donner à une structure architecturale dont Toulouse montre un bel exemple. En haut du grand escalier de l'Hôtel-Dieu, à droite de l'entrée principale, on peut voir une niche traversant le mur. Il s'agit d'un guichet un peu spécial, aménagé à l'époque moderne, qui servait à déposer les enfants que l'on voulait abandonner à l'institution hospitalière (vous y verrez même une poupée emmaillotée qui y a été placée pour reconstituer sa fonction).

En fait, il est dénommé « tour » à cause du plateau en bois, pivotant sur un axe, disposé en son milieu. Il permettait de déposer anonymement le bébé par l'extérieur et de le mettre rapidement à l'abri en tournant le plateau vers l'intérieur. Ensuite, l'avenir des bambins délaissés semble avoir été assuré.

Quand, en 2015, le Service archéologique de Toulouse Métropole a fouillé le cimetière de l'hôpital, situé sous l'actuel port Viguerie, seuls des ossements d'adultes ont été mis au jour...

EN LIGNE


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Billet d'envoi de nouveau-né à l'Hôtel-Dieu, formulaire pré-imprimé, resté vierge (remploi du billet servant de couverture à une pièce de procédure faite contre des bouchers - juin 1771). Ville de Toulouse, Archives municipales, FF815/7, procédure #121 (détail).

Merci qui ?


mai 2017

Inutile d'essayer de vous parler d'une quelconque fête des mères sous l'Ancien Régime, je n'en vois pas.
Il n'est peut-être pas nécessaire ni de bon ton de reparler aujourd'hui des mères maquerelles (si, si, je veux dire de ces mères qui prostituaient leurs propres filles), non plus, nous y avons déjà consacré deux dossiers des Bas-Fonds : Le temps des maquerelles (n° 9, septembre 216) et Haro sur la maquerelle (n° 10, octobre 2016). Pourtant un jour, il faudra que je vous raconte en détail l'affaire de « la Cochère », Élisabeth Pourcelle, et de sa fille, Françoise Duffau. Mais ce sera pour plus tard.

Alors, penchons nous rapidement sur les mères que le 19e siècle appellera « les filles-mères », ces filles séduites sous promesse de mariage, et qui une fois enceintes se retrouvent abandonnées, sans travail (on renvoie généralement une servante lorsqu'elle est enceinte ; pas de ça chez nous !) ni ressource.

Leur seul espoir : des couches rapides et sans complication afin de rapidement pouvoir rechercher un travail.

Mais que faire alors du nourrisson ? Inutile de trop compter sur un réseau d'entraide, de voisines car nous sommes en ville et ces jeunes femmes viennent souvent des campagnes et des montagnes, et n'ont donc que peu d'attaches et connaissances à Toulouse. Mais le fait d'être dans une grande ville comporte aussi des avantages : des institutions de charité (bien ordonnées) capables de recevoir ces nouveaux-nés sur un simple ordre des capitouls. Ceux-ci, lorsqu'ils estiment que la future mère est effectivement de bonne foi et qu'elle a été abandonnée par le galant (qui généralement aura quitté la ville afin d'éviter la charge d'un enfant – et d'une femme) vont lui délivrer ce précieux sésame.
Échappant ainsi à la noyade (qui reste promise aux chatons), quelques-uns de ces enfants pas toujours désirés auront peut-être pu grandir à l'ombre de l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques.

Quant à revoir un jour leur mère, encore eût-il fallu qu'ils sachent son nom car les registres paroissiaux imposaient alors la mention : né(e) de père et mère inconnus. Seuls les généalogistes des temps modernes arriveront, en compulsant les procédures de dénonces de grossesses, à réunir ces enfants à leurs mères. Pour ce faire, il leur suffira de faire leur sélection à partir des inventaires de justice déjà publiés.