L'image du moi(s)


Chaque mois, petit billet d'humeur et d'humour à partir d'images conservées aux Archives. Forcément décalé !

Image du moi(s) - année 2022


Calendrier publicitaire 1909 pour le papier à cigarettes Gos, lithographie, 48 x 37 cm, Photochrom (Lyon) / Sirven (Toulouse) – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 20Fi1279

novembre 2022


Du neuf en novembre

Le 25 novembre 1582, le parlement de Toulouse publiait la réforme du calendrier julien qui allait prendre le nom du pape de l’époque, Grégoire XIII, et devenir ainsi grégorien. Notons au passage que ce pontife, qui aimait la bonne compagnie, eut un fils – ce n’était pas choquant en ces temps – qui ne s’est pas appelé Ugo XIII mais bien Ugo Boncompagni.

Par ailleurs, novembre conserve étymologiquement la trace d’un calendrier antérieur, dit romain, où il était le neuvième mois d’une année qui en comptait dix, et accessoirement 304 jours. On le retrouve fréquemment, dans les textes anciens sous l’abréviation 9bre avec ses demi-frères latino-numériques : 7bre, 8bre et Xbre.

Novembre se déploie donc sous le signe du chiffre 9 qui, si l’on en croit les exégètes en numérologie, annonce la fin d’un cycle et le commencement d’un nouveau. Pour le coup lesdits experts ne se sont pas trop fatigués à l’instar des parents qui nommaient leurs enfants dans les temps reculés. Pourquoi s’embêter à leur chercher un prénom alors qu’il suffisait seulement de les numéroter ? Ainsi ont fleuri les Tertius, Septimus et autres Decimus ; plus proche de nous on trouve encore de nombreux Quentin et Octave.

Bien que l’on en trouve moins, il existe des Nono célèbres. Certains ont  marqué notre mémoire enfantine, tel le petit robot de la série Ulysse 31 dont la voix machinique résonnait dans les cours de récréation du début des années 1980. D’autres ont marqué l’histoire, tel le très traditionnaliste pape Pie IX, alias Pio Nono, dont le nom est associé à la proclamation des dogmes de l’infaillibilité pontificale et de l’Immaculée Conception, mais aussi - et c’est plus étonnant - à une pâtisserie, le pionono, très populaire en Espagne et en Amérique du Sud.

Souvenir de l’indien D’Jelmako, le roi des tireurs aériens, vers 1910, carte postale N&B, 14 × 9 cm. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4951

octobre 2022


Lettré indien

Le 12 octobre 1492, Christophe Colomb débarquait sur l’île de Guanahani, qu’il s’empressa de baptiser San Salvador, dans l’archipel des Bahamas. Cet événement, célébré dans plusieurs pays  sur des registres allant de la glorification à la franche condamnation, fut l’occasion d’un triple malentendu.
Tout d’abord, il est aujourd’hui prouvé que des Européens, des Vikings pour ne pas les nommer, avaient déjà « découvert » l’Amérique, depuis le Groenland, cinq siècles plus tôt. Ensuite, il est de notoriété commune que le navigateur génois pensait avoir découvert une nouvelle voie maritime vers les Indes et qu’il nomma ainsi, de façon totalement erronée, les natifs de cette contrée « Indiens ». Ça me rappelle un jour où j’ai voulu prendre un raccourci pour aller en Espagne, et où je me suis retrouvé dans un village roumain : je pensais avoir trouvé une nouvelle route pour traverser l’Europe, mais en fait j’étais juste en Ariège.
Mais revenons à notre explorateur, dont le prénom dérive du grec ancien Khristophoros qui signifie littéralement « qui porte le Christ », et qui le portait tellement en lui-même, sa psyché étant toute imprégnée des textes bibliques, qu’il crût voir, dans la jungle luxuriante et les natifs en tenue d’Adam, le véritable jardin d’Eden que d’aucuns situaient encore sur Terre. Il participa ainsi à la création du mythe du « bon sauvage », celui d’une humanité pure, vierge de tous péchés, qui enflamma les imaginations et fit couler beaucoup d’encre.
Il déchanta assez rapidement en constatant que lesdits indigènes n’étaient finalement ni meilleurs ni pires que ses contemporains d’Europe, et qu’on pouvait, comme ces derniers, les massacrer, voire plus encore. Pourtant, l’idée d’un homme naturellement bon a fait florès dans la littérature et la philosophie occidentale, de Montaigne à Rousseau, en passant par Diderot, jusqu’aux auteurs les plus actuels. Il faut croire que ces beaux esprits n’ont pas dû croiser la route de Monsieur F…, instituteur, dont les légendaires décollages d’oreille et matraquages à coup de règle instillaient de sévères doutes sur l’innée gentillesse du genre humain dans l’esprit de ses jeunes élèves.

Vue d’ensemble d’un bâtiment scolaire, années 1950-1960, photographie N&B, 13 x 18 cm. Joseph Saludas – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 2Fi5348

septembre 2022


Par où t’es rentrée ?
Peu de gens le savent, mais nous célébrons en septembre l’anniversaire de la naissance de Prosper Charles Bensoussan, mieux connu sous son nom de scène : Philippe Clair. Né en 1930 au Maroc, il devint, au début des années 1970, l’un des ténors de la comédie populaire « franchouillarde » matinée d’humour pied-noir. D’aucuns affirment même que son premier film Déclic et des claques (1964) a largement inspiré les auteurs de La Vérité si je mens ! (1997). Ses productions, mettant en scène la fine fleur des seconds couteaux du cinéma français tels Michel Galabru, Marthe Villalonga, Aldo Maccione, Francis Blanche, Sim, Jacques Dufihlo, etc., portent des titres devenus légendaires : Tais-toi quand tu parles (1981), Si t’a besoin de rien… fais-moi signe (1986), Plus beau que moi, tu meurs (1982), Par où t’es rentré ? On t’a pas vu sortir (1984) ou encore Rodriguez au pays des merguez (1979).

La première scène de ce dernier opus se déroule dans une classe du quartier de Bab-el-Oued où un instituteur essaie désespérément de faire réciter Le Cid à des élèves très dissipés. C’est d’ailleurs l’un deux qui prend la parole, avec force accent et expressions imagées, pour narrer la version « piednoirdisée » de la pièce de Corneille qui est la trame du film. Je ne sais pas si les enfants, qui rentrent à l’école en ce début de mois, apprennent toujours des textes par cœur, mais une chose est sûre : j’ai quasiment oublié toutes les poésies étudiées dans le cadre scolaire ; en revanche, je me souviens parfaitement des paroles des chansons populaires de mes jeunes années, voire celles des slogans publicitaires de l’époque. On peut trouver cela amusant… ou affligeant.
Cette différence d’appréciation me rappelle une conversation avec un ami. Il me racontait qu’étant jeune, à l’approche du mois de septembre, il faisait toujours le même cauchemar. Sa mère l’amenait à l’école pour la rentrée et il s’apercevait progressivement qu’il n’y avait personne dans le bâtiment, ni professeurs, ni élèves. Il arpentait désespérément les couloirs vides, dans une angoisse que seul son réveil finissait par interrompre. De mon côté, trouver les lieux déserts le jour du grand retour en classe faisait figure de doux rêve. Pensez-vous ! Avant même d’avoir commencée, l’école était finie ! Mais oui, mais oui.

Essai de signalisation réfléchissante, octobre 1949, négatif N&B, 6 x 4,5 cm. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 30Fi172

août 2022


Black août
Alors que de plus en plus de communes pratiquent l’extinction prématurée de l’éclairage public pour éviter la pollution lumineuse, que l’on nous recommande régulièrement la parcimonie énergétique pour éviter le black-out total, on en viendrait presque à oublier que la panne d’électricité généralisée et le couvre-feu sont le quotidien de centaine de milliers d’Ukrainiens touchés par guerre qui fait rage dans leur pays depuis le mois de février.

Dans ce conflit, la mémoire – sélective – est aussi mobilisée pour justifier les actes des belligérants. On a, par exemple, beaucoup entendu parler de dénazification. A cette occasion, il est intéressant de noter qu’en ce mois, nous célébrons l’anniversaire du pacte germano-soviétique, signé le 23 août 1939, entre l’Allemagne nazie et la Russie stalinienne. Outre l’accord de non-agression, les deux puissances s’y partageaient une large partie de l’Europe de l’Est. Il faut croire que d’aucuns voudraient l’oublier.
Là où certains pratiquent l’amnésie, j’aime pour ma part à me souvenir. Notamment, en cette période estivale, de vacances passées dans une maison perdue au milieu des vignes où l’électricité n’avait pas encore fait des étincelles. Les soirées passées à la lumière du feu ou du camping-gaz ont indélébilement marqué ma mémoire ainsi que celle d’amis anglais trouvant cela fort exotique. Quand la fée électrique a finalement atteint cet îlot d’un autre âge, nous avons gagné en confort ce que nous avons perdu en magie...

Ascension du Soum de Granquet (descente), auberge de Gez, 25 juin 1888, tirage albuminé collé dans album photographique, 12 x 17 cm. François Lary – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 16Fi94/12 (détail)

juillet 2022


Montagne de souvenirs

Les mois d’été, et accessoirement de vacances, sont une mine de souvenirs. Quelle meilleure période pour découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles personnes, retrouver des amis, de la famille, se disputer, passer des nuits homériques, prendre des risques inconsidérés, réaliser des exploits… Bref, ressentir des émotions qui nous accompagneront le reste de notre existence.
A Toulouse, nous avons la chance d’avoir à proximité nombre de terrains de jeu propices aux aventures estivales. D’un côté, le littoral atlantique basco-landais, et, de l’autre, les rivages de la méditerranée catalano-languedocienne ; au nord le Massif Central, au sud les Pyrénées, et entre cela des campagnes où il fait bon boire et manger. Que demander de plus ?
Pour ma part, j’ai des souvenirs émus de randonnées d’été en montagne. Le goût des fruits secs que l’on grignote en montant, les dizaines de sauterelles et autres insectes qui s’envolent à chaque pas que vous faites dans l’herbe en altitude et qui viennent frôler vos mollets, le sifflement des marmottes, la silhouette d’un isard sautillant sur une paroi à pic, un repas partagé, à base de chorizo fumé de la région de Vigo, avec des alpinistes espagnols et bien sûr les premiers buissons de myrtilles. Lorsqu’on me pose la question, je ne me souviens quasiment jamais du but de ces pérégrinations, mais seulement de leurs péripéties, confirmant ainsi l’adage "stevensonien" : « L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage ».     

Pin parasol au domaine de la Flambelle, 16 juillet 1964, négatif N&B. André Cros – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi4714

juin 2022


Juin les pins

Il y a des fragrances qui vous révulsent, d’autres qui vous transportent. Pour ma part, lorsque l’été pointe son nez et que la température monte, j’aime à sentir l’odeur des pins chauffés par le soleil. A peine réfugié dans l’ombre salvatrice de leur feuillage, je suis immédiatement envahi par cette senteur fraiche aux relents de térébenthine. Elle agit sur moi comme une madeleine, me ramenant sur les sentiers de mes jeunes années.  
En ces temps, je passais, pour paraphraser un grand écrivain français, Des journées entières dans les arbres. Mon voisinage arboricole était principalement fait de résineux : pins, sapins, sequoias et cèdres. Ces derniers étaient d’ailleurs les plus faciles à escalader car leurs branches descendaient assez bas. Le seul souci était la résine qui s’incrustait partout sur mes mains, bras, jambes et habits. Je me souviens même d’une séance épique de coiffure où l’on dût me couper plusieurs mèches qui, sous l’effet de cette sève, étaient devenues plus compactes que des dreadlocks.


Je me souviens surtout d’avoir entrepris l’ascension du cèdre de mes voisins, pour une raison qui me semblait sûrement importante à l’époque. L’arbre faisait plus de vingt mètres de haut, et plus je montais, plus je sentais une sorte d’ivresse me gagner. Arrivé au sommet, je toisais le quartier lorsqu’un coup de vent fit osciller le tronc assez fortement. L’espace d’un instant l’ivresse se transforma en vertige qui me paralysa. C’est probablement le souvenir de ce délicieux frisson qui m’assaille lorsque je pénètre dans la pénombre bleue-verte d’un pin sous le soleil estival.


   


 

 

 

Manifestation des étudiants place du Capitole, 24 mai 1968, négatif N&B. André Cros – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi3256

mai 2022


Joli, mais…

En général, j’aime bien mai. Le printemps y prend ses aises, nous donnant un avant-goût d’été. Les terrasses des cafés s’animent et la rue aussi. La traditionnelle manifestation du 1er mai nous régale de slogans, banderoles et s’achève généralement en sympathique grillade de saucisses. Pour couronner le tout, et non sans lien avec ce évoqué précédemment, il y a plein de vacances et jours chômés.

Mais cette année, le cœur n’y est pas. Déjà, les jours fériés tombent un dimanche. C’est un signe. En plus, certains ont allumé des barbecues lors des défilés, mais visiblement pas pour faire griller des merguez. Notez qu’à Toulouse, le mois de mai ne fait pas bon ménage avec le feu. En 1463, un incendie ravagea une grande partie de la ville. Attisé par un fort vent d’autan, il détruisit plus de mille maisons et dura presque quinze jours. Espérons que cela nous sera épargné.

Mais, à bien y réfléchir, la fête du travail ne célèbre pas forcément des événements folichons, qu’il s’agisse du massacre de Haymark Square à Chicago en 1886, ou de la fusillade de Fourmies dans le département du Nord en 1891. Dans la catégorie « bain de sang », notre ville a fait d’ailleurs assez fort durant le même mois de 1562. Les guerres de religion s’invitèrent alors dans les rues toulousaines, où le combat fit rage entre protestants et catholiques. Ces derniers remportèrent la partie et, beaux joueurs, délivrèrent un sauf-conduit aux quatre mille vaincus pour sortir de la cité. Lesdits (pas si) beaux joueurs les attendaient néanmoins aux portes de Toulouse pour les massacrer hors les murs. Pas joli, joli, le mois de mai.       


   


 

 

 

Jean-Pierre Mocky et Fernandel sur le tournage de La Bourse et la Vie dans le quartier Saint-Sernin, 2 novembre 1965, photographie N&B. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi2465

avril 2022


La Bourse et l’Avril

En avril 1966, sortait sur les écrans hexagonaux La Bourse et la Vie, un film de Jean-Pierre Mocky. Tourné quelques mois plus tôt, en partie, dans la Ville Rose, il mettait en scène Fernandel, Heinz Rühmann et Jean Poiret, entourés d’une pléiade d’acteurs pittoresques : Jean Carmet, Darry Cowl, Michel Galabru, Michael Lonsdale, Claude Piéplu, Gabriello, Andrex, etc. En voici l’intrigue : mêlés à un détournement de fonds frauduleux par leur supérieur, deux employés, l’un marseillais et l’autre alsacien, vont relier Toulouse à Paris en train, non sans provoquer méprises et quiproquos. Mais de toute façon, relier le Capitole à la Capitale en chemin de fer n’a jamais été une chose ni facile ni reposante.   

D’ailleurs la vie de Jean-Pierre Mocky ne l’a jamais été non plus. Successivement et parfois simultanément scénariste, acteur, réalisateur et producteur, le franc-tireur du septième art gaulois a dirigé une soixantaine de longs-métrages. Plus qu’un film, La Bourse et la Vie pourrait être l’épitaphe à inscrire sur la tombe du fougueux réalisateur décédé en 2019. Elle a un côté voyou et provocateur, qui lui correspond assez bien. En outre, elle met en lumière la farouche indépendance de l’homme qui fit l’acquisition d’une salle de cinéma – le Brady – pour diffuser ses propres productions et pouvoir mener ainsi une vraie vie de cinéma.

 

Comète Finsler, 6 août 1937, photographie N&B. Fonds de l’Observatoire Midi-Pyrénées - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 72Fi non coté

mars 2022


Mars attaque !

Mars, celui qui apporte la guerre est le titre tragiquement d’actualité du premier mouvement de la symphonie Les Planètes, composé par Gustav Holst entre 1914 et 1917 (un hasard ?), et largement pillé par John Williams. Il n’en demeure pas moins que ce dernier est l’auteur de véritables « hits » de la musique de film, au premier rang desquels figure le thème de la saga La guerre des étoiles imaginée par Georges Lucas.
En ce qui me concerne, j’ai plutôt un faible pour les bandes originales des films de science-fiction américains des années 1950-1960 où apparaissent les premiers sons électroniques, telle celle, mémorable, de Planète Interdite (Fred McLeod Wilcox, 1956) par Louis et Bebe Barron. En ces temps, la planète Mars enflammait les imaginations tant et si bien que les visiteurs de l’hyper-espace finirent par prendre le nom générique de Martiens.
A l’instar de la poule et de l’œuf, on ne sait pas si c’est la vague de films d’anticipation dans l’immédiate après-guerre qui provoqua une recrudescence des expériences « ovniennes », ou bien le contraire. Il semble toutefois qu’à l’origine de ces phénomènes il y avait bien une peur panique de la Russie soviétique qui s’incarnait métonymiquement dans celle des habitants de la planète « rouge ». Mais les Ukrainiens peuvent en témoigner, pas toujours besoin d’être paranoïaque pour voir des Russes partout.

Portrait d'un musicien de la fanfare des Beaux-Arts de Paris à l'occasion de l'élection de la "Belle gaillarde" à Noé (Haute-Garonne), 9 juillet 1961 , négatif N&B, 6 x 6 cm. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi2343

février 2022


Février mes tympans

La perception du bruit est une question de point de vue. Je me souviens d'un appartement dans lequel j'ai vécu quelques années, où l’un des voisins faisait ses lessives la nuit. Il se trouve que sa machine à laver était adossée au mur de ma chambre. J'ai mis du temps à comprendre que cette pratique incongrue était liée aux tarifs « heures creuses » de l'électricité. Ainsi, alors que ce bruit lancinant du programme de lavage troublait mon sommeil et symbolisait pour moi le comble du sans-gêne, il devait probablement bercer les rêves d’économies de mon ladre vis-à-vis.  

Elle diffère aussi en fonction du contexte. Grand amoureux de la pyrotechnie, j’ai toujours aimé les feux d’artifices. Plus l’explosion est forte, plus mon contentement est grand. Cependant, je me souviens avoir été surpris par un violent orage lors d’une randonnée dans une vallée des Pyrénées. Le ciel qui s’obscurcit en quelques minutes, les éclairs stroboscopiques, et le tonnerre qui résonne à fendre pierre. A chaque explosion des cieux, la sensation que la foudre va vous écraser. Si bien que, défiant toute logique, votre corps semble vouloir s’enfoncer sous le sol pour fuir ce cataclysme.

Pour finir, cette perception tient aussi à la mauvaise foi des auditeurs. Nous célébrons, en ce mois, l’anniversaire de l’adoption définitive de La Marseillaise comme hymne national français le 1er février 1879. Comment expliquer un tel délai pour ce chant si beau, si subtil et si galvanisant, composé par Rouget de Lisle sous la Révolution ? En comparaison, les hymnes des autres pays paraissent tellement ridicules, sans parler des paroles incompréhensibles, qu’ils résonnent comme du bruit à nos oreilles...

 

 

 

Le marché aux puces et la basilique Saint-Sernin, négatif N&B, 6 x 6 cm. Jean Dieuzaide – 84Fi nc/T915

janvier 2022


L’avenir dans le rétro

S’il fallait faire un souhait en ce début 2022, ce serait que l’année à venir soit un peu moins pire que la précédente. Et pourtant, il faut être honnête, les auspices ne sont pas bons.
S’il fallait chercher d’autres signes, vous pourriez les trouver dans le film de science-fiction Soleil Vert réalisé par Richard Fleischer en 1974. Il se déroule en… 2022 et nous propose une vision du monde saisissante. Après des siècles d’industrialisation, la nature a quasiment disparu, la planète est surpeuplée et la température globale ne cesse d’augmenter. La population s’entasse et étouffe dans des mégalopoles et de grandes sociétés internationales s’occupent de la nourrir mais aussi d’euthanasier les personnes trop âgées. Effrayant, non ?
S’il fallait se changer un peu les idées, vous pourriez, par exemple, aller voir les photographies de Jean Dieuzaide au couvent des Jacobins. Vous y verriez, certes, les clichés d’un grand artiste qui a créé des images devenues iconiques, mais surtout l’œuvre d’un homme dont la foi en l’être humain se révèle au fil des tirages sur papier baryté. Et il n’y pas à dire : en ces temps incertains, cela fait du bien !
 

 

À DÉCOUVRIR À DÉCOUVRIR