L'image du moi(s)


Chaque mois, petit billet d'humeur et d'humour à partir d'images conservées aux Archives. Forcément décalé !

Image du moi(s) - année 2020


Façade du Capitole illuminée, vers 1936, photographie N et B, 18 x 24 cm. Louis Albinet – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 47Fi4.

avril 2020


Les lumières de l'avril

Vue depuis sa fenêtre, la ville paraît irréelle. Une sorte de théâtre dans lequel passent quelques silhouettes de figurants. Le spectacle est encore plus saisissant quand vient la nuit. Les effets de lumière ajoutent encore à l’illusion. On croirait, comme sur cette photographie, que les bâtiments ont été peints sur une toile à la façon des anciens décors d’opéra. Ou alors, c’est juste le confinement qui nous tape sur le système.
Néanmoins, qui s’est aventuré dans les rues de Toulouse ces dernières semaines a forcément eu cette étrange sensation, au vu des devantures de commerce fermées et de l’absence de passants, de déambuler à l’intérieur d’un film catastrophe ou de visiter la ville au mois d’août.

Le fléau est réel, nous le savons, mais il vient faire écho aux représentations imaginaires qui constituent notre psyché. On pense à ces fictions post-apocalyptiques telles Le monde, la chair et le diable (1959) où le survivant hagard d’une guerre nucléaire marche dans les rues d’un New York désert.
En conclusion et pour rester sur la Big Apple, je paraphraserai un célèbre groupe de rap parodique des années 1990 : « New York, Los Angeles, Boston ou Toulouse, c’est le même destin. Alors prends-toi en main ! ». Et c’est grâce à ceux qui se prennent en main que nous parvenons à voir la lumière au bout du tunnel et accessoirement au bout du mois d’avril.

Deux jeunes hommes à bicyclette, début 20e siècle, négatif N et B, 9 x 12 cm. Raoul Berthelé – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 49Fi1552

mars 2020


Mars arrière

Lorsque les beaux jours faisaient leur apparition, au mois de mars, nous en profitions tous pour ressortir nos vélos. Il fallait serrer quelques vis, graisser un moyeu, regonfler une chambre à air, et nous étions fin prêts. Prêts à quoi ? A faire probablement les choses les plus stupides envisageables sur deux roues : s'accrocher aux voitures, organiser des tournois de chevaliers cyclistes - où les participants s'escrimaient à faire tomber leurs adversaires à coups de lances de bois, ou encore à se lancer dans des courses à fond dans la descente la plus raide du voisinage qui se terminait, bien sûr, par un magnifique virage. J'y ai frôlé, je crois, plusieurs fois la mort et de nombreuses Renault 5 ou Peugeot 205.
Mais la péripétie cycliste la plus stupide que j'ai pu commettre de ma vie a certainement été d'emprunter le vélo d'un copain allemand. Ces satanées bicyclettes d'Outre-Rhin et leur fameux retropédalage « verboten ». Car sur ce type d'engin, si vous aviez le malheur de faire tourner le pédalier dans le mauvais sens, vous bloquiez instantanément la roue arrière. Quand on a fait ses premières armes sur ces machines, cela va de soi. Mais quand ce n'est pas le cas, c'est plus compliqué.
Effectivement, le cerveau a beau être au courant, le reste du corps demeure parfois aux abonnés absents. Ainsi, vous abordez un tournant à grande vitesse et vous essayez, pour le faire idéalement, de repositionner la pédale d’un cycle teuton par un léger mouvement arrière, et vous vous vautrez lamentablement. Mais le plus difficile, ce n’est pas la chute, le plus difficile c’est de garder sa dignité en traversant le quartier, boitillant, sanguinolent, traînant derrière soi les vestiges d’une bicyclette d’emprunt.

 

Affiche incitant au dépistage de la tuberculose éditée par le Secrétariat d'État à la Santé et le Comité national de défense contre la tuberculose, 1942, lithographie, 60 x 76 cm. Edmond Maurus – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 12Fi2813.

février 2020


Février, c'est viral
A s'en tenir aux célébrations de la chandeleur et de la Saint-Valentin on pourrait croire que février n'est que crêpes et bisous. Comment ne pas souscrire à un tel programme ? Comment ?! Il suffit de jeter un coup d'œil derrière cette belle façade pour apercevoir une réalité moins brillante. Certes, il est agréable de partager galettes et mamours mais, dans un cas comme dans l'autre, ce que l'on échange vraiment ce sont des microbes, virus et autres bactéries. Ciao les suzettes ! Bonjour la suette ! Bye bye les poutous ! Hello le coup de mou !

Ainsi, malgré ses promesses sucrées, février nous apporte essentiellement des tracas morbides. Soit on est malade, et ce n'est pas bien drôle, soit on vit dans l'inquiétude de le devenir, et c'est épuisant. Et comme si cela ne suffisait pas, on est tenus de suivre en direct l'évolution des épidémies saisonnières : la grippe est à Tataouine, la gastro à Trifouillis et la bronchite à peu près partout. Pour « couronner » le tout, de temps en temps, une pandémie apparaît. Non contente de se diffuser dans les populations du monde entier, elle contamine les médias. En quelques jours, tout le monde est sommé de se rendre à l'évidence : la peste noire 2.0 est à nos portes. Viralité, quand tu nous tiens...

 

Soirée de la Saint-Sylvestre 1960, photographie N et B, 12 x 18 cm. Émile Godefroy – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 19Fi7925

janvier 2020


Jours de l'an foireux

À l'instar des jours, il existe des soirées « avec » et des soirées « sans ». Bizarrement, la fête du jour de l'an fait souvent partie de cette seconde catégorie. Non pas qu'elle soit systématiquement ratée, mais généralement, quand tout se passe bien, on ne s'en souvient pas. En revanche, on a tous en mémoire quelques grands ratages qui, rétrospectivement, nous paraissent cocasses, mais qui, sur le moment, ne nous amusent guère. Ainsi l'expression consacrée « plus tard on en rira » est modérément appréciée par le fêtard malade à la recherche d'une pharmacie de garde dans la ville déserte.
Autre cas de figure, vous décidez avec votre bande d'amis, de faire la tournée des bars pour ladite soirée et de passer minuit place du Capitole. Mais malheureusement vous n'avez pas songé que l'un des comparses, lorsque l'alcool commence à couler, a une fâcheuse tendance à l'embrouille via la distribution de noms d'oiseaux, voire de châtaignes. La nuit se passe donc en infinies négociations  pour éviter la bagarre générale. À défaut d'amusement, vous faites l'apprentissage de la diplomatie en terrain éthylique.
Grand classique de la Saint-Sylvestre encore. On vous propose de célébrer la fin de l'année avec des gens super dans une grande maison, loin de tout, où on pourra faire une fête d'enfer jusqu'à pas d'heure. On peut même vous y emmener. Vous faites l'erreur d'accepter. Une fois sur place vous constatez que si la demeure paraît vaste, c'est qu'elle est quasi vide. Quant au ravitaillement, on a fait dans le basique. Vous vous retrouvez donc coupé du monde avec une demi douzaine d'individus que vous connaissez à peine, du pastis, des chips, et vous vous dites que les heures à venir vont être vraiment longues.