ARCANES, la lettre

Dans les fonds de


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archive ou de ressources en ligne. Retrouvez ici une petite compilation des articles de la rubrique "Dans les fonds de", dédiée à la présentation de documents issus de nos fonds.

DANS LES FONDS DE


[Cupidon et le tonneau illuminé] douzième planche des Emblèmes d'Amour en quatre langues, gravés par Jan Van Vianen : Cupidon tient un tonneau, posé sur une bougie pour en dissimuler la flamme, un rayon de lumière jaillit du tonneau et traverse la fenêtre ouverte, signifiant que l'amour ne peut être caché. c. 1682. Rijksmuseum Amsterdam, inv. n° RP-P-1908-3589.

Et la lumière fut


janvier 2026

Il est normal d’imaginer qu’au siècle des Lumières des esprits éclairés aient tâtonné, expérimenté en tous sens – quelquefois en dépit du bon sens –, non seulement en matière philosophique, mais aussi dans les applications pratiques. 

C’est ainsi que le sieur Roux de Montbel, abbé de son état, joue au petit chimiste à Toulouse autour de 1713. 

Par commodité, il loge à l’auberge du Bon Pasteur, rue des Couteliers, la meilleure adresse alors à Toulouse. Il occupe la chambre dite de la Monge, puis celle de la Cloche, au 3e étage, les deux avec vue sur la Garonne. Pratique lorsque l’on est absorbé jour et nuit à surveiller ses expériences (sur le feu). Car, au Bon Pasteur, le blanchisseur lui apporte ses vêtements propres, le cuisinier de l’auberge lui mitonne ses plats préférés et Jacquette et Guillemette, les servantes de la maison lui font son lit et… passent derrière lui pour nettoyer ses bêtises ! La dernière en date : cette bouteille de mercure laissée au bain-marie depuis quelques mois et qui se retrouve cassée et renversée sur le sol. 

Depuis cet incident, plus personne ne peut entrer dans sa chambre, hormis Labarthe, son fidèle domestique et assistant (qui perd au change, car c’est lui qui, désormais, va devoir faire le lit de son maître). C’est que notre apprenti savant est désormais passé à autre chose qui relève de l’expérimentation secrète : une installation avec deux cuviers posés l’un sur l’autre (celui du haut sans fond), couverts d’un tapis. Nul ne sait ce qui se passe là-dedans, mais un trou sur le côté laisse apercevoir une lumière qui, aux dires de ceux qui ont pu la voir (en secret), ne cesse de briller jour et nuit. 

Allez savoir si l’abbé n’avait inventé la lanterne magique ou bien une source d’énergie novatrice produisant une lumière éternelle. 

Allez savoir, car le dimanche 29 janvier 1713, à 17h30, une épaisse fumée vient mettre un voile opaque sur l’auberge, elle provient de la chambre de l’abbé. On y accourt mais, comme l’on sait qu’il n’y a pas de fumée sans feu, c’est pour découvrir que les flammes ont entièrement embrasé la chambre et se communiquent déjà à l’étage entier. 

C’est tout un quartier, toute une ville en alarme qui se porte sur les lieux ; depuis Guillemette (la servante) avec sa pauvre cruche d’eau, Guillaume (aubergiste concurrent et voisin) avec une marmite d’eau – qui ne fait d’ailleurs « qu’irriter davantage » le feu, jusqu’aux charpentiers (au nombre de 30) et à la compagnie du guet (35 soldats du guet s’y rendent), sans oublier les communautés religieuses qui font des processions pour implorer la miséricorde du Ciel. Maîtrisé avant de se communiquer aux autres maisons du quartier, le feu repart tout de même vers minuit, mais on parvient à l’éteindre, et pour de bon cette fois. 

Quant à l’abbé de Montbel, on ne sait s’il a par la suite persévéré dans ses recherches, ni brillé par ses découvertes, mais il ne lui a manqué qu’une étincelle pour entrer avec fracas dans l’Histoire en réussissant à illuminer toute une auberge, une rue, que dis-je, tout un quartier, une ville. 

Portrait en buste du prestidigitateur Jean Lambert dit "Pickman", spécialisé dans les spectacles d'hypnose et de télépathie, Au dos : "Peinture et photographie d'art. A. Provost. 22 rue d'Alsace-Lorraine, 22. Toulouse", années 1890. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi9105.

Tous à poils !


décembre 2025

Au milieu du 19e siècle, de nombreux ateliers photographiques voient le jour dans Toulouse. Adolphe Trantoul crée la première maison photographique de la ville en 1848. Il va tenir son atelier au 15 rue Lafayette durant vingt-cinq ans avant de s’associer avec son fils, Amédée, qui lui succède en 1865. L’atelier propose, selon une publicité parue dans le Journal de Toulouse, le 30 novembre 1849, des « portraits photographiques colorisés ou non, sans miroitage… ». 

Tout au long des années 1850, ce sont des dizaines d’autres studios qui s’établissent, dont celui de Jacques Joseph Provost qui s’installe également rue Lafayette au numéro 23. Sa renommée perdure jusqu’au milieu du 20e siècle. A la fin du siècle, la grande mode est aux portraits au format carte de visite inventé par Eugène Disderi qui permet à la bourgeoisie de se faire tirer le portrait à un coût modique. De nombreuses personnes viennent dans ces ateliers pour avoir, à leur tour, leur portrait de poche.

Nos fonds renferment ainsi des portraits d’hommes et de femmes sous leurs plus beaux apparats. On y remarque des hommes portant une barbe ou une moustache à la mode du 19e siècle. Symboles d’une certaine virilité, la barbe ou la moustache sont des marqueurs sociaux importants. Ce sont plutôt les hommes occupant des postes importants qui les portent. Par exemple, il est interdit aux hommes travaillant dans les métiers du service ou aux domestiques de la porter, c’est pour cela qu’ils sont surnommés des « garçons ». Néanmoins, la pilosité faciale doit être entretenue pour montrer que l’on dompte son « animalité ». Les barbes sont sculptées, et prennent diverses formes. Ainsi l'on peut opter pour :
collier de barbe,
barbe à l’impériale,
barbe à la Souvarov,
et bien d'autres encore.

Ce mois-ci le thème des publications de notre page Facebook est « pilosité » : vous pourrez y retrouver plusieurs photos de ces variétés de barbes et de moustaches ainsi que les belles coiffures des femmes de cette époque. 

"De algemeene drukkery" [Le besoin général], détail d'une vignette sur une planche de quinze, gravée chez Dirk van Lubeek à Rotterdam (vers 1800-1816). Rijksmuseum Amsterdam, RP-P-1936-522.

De la sellette à la selle, il n'y a qu'un pas


novembre 2025

Lorsqu'un accusé est interrogé par les capitouls sur la sellette, c'est un peu comme si son sort était déjà scellé ; en effet, ce dernier interrogatoire annonce généralement que l'individu est passible, au mieux d'une peine infamante, sinon d'une peine afflictive – qui va le toucher dans son corps. 

Cela dit, notre accusé, bientôt condamné, ne sait pas encore ce qui l'attend. Il ne sera même pas présent lors du prononcé de sa peine ; pour cela, il lui faut attendre, bien au chaud dans les geôles de l'hôtel de ville, qu'un greffier vienne lui lire la sentence. Ce temps d'attente dans les prisons n'est guère une invitation à la rêverie, et certains vont mettre à profit les dernières heures avant le fouet, la marque au fer rouge ou la corde, pour tenter de se faire la belle : c'est maintenant ou jamais. 

Là, deux solutions s'offrent à eux : soit percer un trou dans le mur, soit prendre la voie souterraine par les latrines. La deuxième option est certainement la plus périlleuse puisque Pierre Barthès, dans ses chroniques, relate un échec cuisant arrivé en 1742 : « La nuit du 4 au 5 de ce mois, troix prisonniers du Sénéchal [...] ayant formé le dessein de s'en aller, tentèrent leur évasion par les lieux communs de cette même prison, où, étant descendus l'un après l'autre, ils s'étouffèrent dans la matière contenue dans ce lieu, d'où on les sortit le lendemain dans l'état qu'on peut s'imaginer. On les lava et on les exposa pendant le jour, tout nuds à la veue du public dans la cour du Sénéchal, et la nuit suivante on les mit tous les troix dans un trou au cimetière du Taur »1. Bref, voie sans issue. 

Mais, quarante ans plus tard, ayant probablement su tirer des leçons de l'expérimentation malheureuse de leurs prédécesseurs, les nommés Coustele, Montagut, Bouquiès, Marie-Anne Rousse et Martine retentent l'expérience dans les prisons de l'hôtel de ville. Les hommes commencent par percer un mur qui les sépare des prisons des femmes, rejoignent celles-ci, puis se rendent incontinent dans les lieux communs à elles destinés. Là, unissant leurs efforts, la petite équipe de quatre déplace « la pierre formant les sièges pour lesdites latrines, qui est de six pams quatre pouces de longueur sur deux pams deux pousses de largeur et sept pouces d'épaisseur »2, enlève une « des barres de fer qui traversoit le trou du milieu de lad[i]te pierre où s'échapent les matières fécales ». Ils touchent presque au but, finissent d'agrandir le trou, se retrouvent dans une courette sans issue qui sert de poulailler3 et, par miracle, une échelle à bras s'offre à eux. Le reste est un jeu d'enfant : il suffit de grimper les barreaux, de pousser la fenêtre du logis des demoiselles Lozes, épouse et fille du bedeau des capitouls, de traverser leur appartement – devant des Lozes stupéfaites – et de là passer à la rue. Voilà, c'est fait : nos comparses doivent pousser un grand soupir de soulagement, ils sont libres4

Pour en savoir plus sur ces deux thématiques qui a priori n'ont rien en commun, n'hésitez pas à vous plonger dans la lecture des dossiers des Bas-Fonds : Le grand soulagement (n° 24, de décembre 2017), et La grande évasion (n°33, de septembre 2018).

_____________________________

1- Bibliothèque municipale de Toulouse, Ms. 699, p. 101, entrée du 5 septembre 1742.
2- FF 826/7, procédure # 151, du 24 décembre 1782.
3- Oui, un poulailler au cœur de l'hôtel de ville !
4- Sauf que la seule Martine n'en profitera guère, elle sera reprise peu après.

Coupe d’une glacière-modèle, planche dans le texte de “L'art d'employer les fruits, et de composer à peu de frais toutes sortes de confitures et de liqueurs. Pour faire suite à la Cuisinière de la campagne”, page 117. Paris, Audot libraire, 1818.

Au-dessous de zéro


octobre 2025

Au risque de chambouler le long cours de l’Histoire, des études sur le climat, on pourrait affirmer que le petit âge glaciaire aurait pu être ressenti à Toulouse dès 1619 ; mais finalement non. Une nouvelle avancée des glaces semble poindre en 1647, mais il faut en fait attendre 1660 pour que la glace s’impose de manière durable dans la ville. 

Là, une précision s’impose : nous parlons d’une nouvelle « mode » qui gagne non seulement Toulouse, mais encore tout le royaume : celle des glacières.

Ces lieux permettaient de conserver la glace afin de pouvoir en disposer tout au long de l’année. Il s’agit généralement de puits coiffés d’un édicule en permettant l'accès. 

Le 27 août 1619, les capitouls font part aux membres du conseil de ville de l'offre du sieur La-Crambe, marchand, qui expose la nécessité et les avantages de boire frais durant tout l'été ; il propose ainsi d'assurer la fourniture exclusive de la ville en neige et en glace. Les capitouls sont certainement séduits et lui permettent l'établissement de son négoce, sans pour autant lui en donner l'exclusivité (BB 26, f° 47-48, conseil de ville du 27 août 1619, 2e point). L’aventure semble sans lendemain, tout comme la nouvelle proposition faite aux capitouls en 1647 (BB 34, f° 78-78v, conseil de bourgeoisie du 20 août 1647, 3e point (omis en son rang dans le registre et seulement inscrit en décembre).), certainement retardée, puis avortée pour cause de peste. 

C’est donc en 1660 que s’engagent les tractations qui amènent à la construction d’une première glacière proche du ravelin du Bazacle, un bail à fief entre la ville et Noël Martel est passé le 25 octobre 1660 (DD 62, f° 61v-63). Dès 1680, le nouveau cadastre indique cette glacière (qui disparaîtra probablement au cours du 18e siècle lors du percement du canal de Brienne), tout comme une autre, au-dessus du canal à Guillemery. Cette dernière va perdurer et même se multiplier puisqu’une expertise de 1746 y fait désormais état non plus d’une, mais bien de quatre glacières côte-à-côte : trois de forme ronde et une autre ovale (Relation de l'état des glacières de la ville, faite du 31 janvier au 5 février 1746. A.M.T., DD 96, liasse non foliotée). Les glacières de Guillemery sont encore en activité au 19e siècle. Ironiquement, le lieu est actuellement occupé par une grande enseigne de produit surgelés. Le compte ne serait pas complet si l’on ne mentionnait pas un troisième lieu : la glacière du port Garaud. Inutile de chercher à la localiser sur les cartes et les plans anciens, puisqu’elle se trouve... en sous-sol d’une maison ! 

Vue de la glacière, gravure par François Racine de Monville. 1785.La glace collectée sur Garonne ou bien descendue de la montagne lors des hivers trop doux n’est que stockée dans les glacières, ceux qui veulent en acheter au détail doivent se rendre dans des points de vente appelés bureaux de la glace qui se trouvent en ville. 

Comme il a été évoqué dans l’argumentaire de 1619, cette glace sert à rafraîchir les boissons ; la mode du vin sur la glace commence alors ; elle gagne les élites mais se démocratise certainement puisque l’on trouve qu’un cabaret rural de Pouvourville se fournit en glace (FF 750/2, procédure # 048, procédure du 27 juillet 1706). Puis viendront les eaux glacées, sortes de sorbets, et surtout les formages glacés qui feront fureur au 18e siècle. 

 

 

Pour les passionnés de glace(s), notez déjà la date du samedi 25 janvier 2026, où un atelier Au fil des chroniques des capitouls sera intégralement consacré à la glace et ses usages sous l’Ancien Régime. 

[scène dans un cabaret villageois], huile sur panneau de bois (H. 62 cm x L. 82.6 cm), par Cornelis Saftleven, 1642. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° SK-A-715 (détail).

Vin fleuri, vin trouble


septembre 2025

Tout aurait pu commencer à Toulouse par cette ordonnance du 20 juillet 1340, mais l'on sait bien que les trouble-vins existaient probablement depuis la nuit des temps.
Ce jour-là, après mûre réflexion entre les capitouls, les assesseurs, les médecins et autres prud'hommes, une délibération est prise, et l'on publie cette ordonnance municipale qui interdit aux marchands et taverniers de travailler le vin, d'y mêler de la terre glaise, du sel, du vermillon du Brésil1, de l'alun de roche, du calomel, des crottes de chien, de la chaux et autres matières nuisibles, comme aussi d'importer à Toulouse aucun vin ainsi arrangé2.

Les mélanges du cabaretier
Joseph Chevalier, dit Quic, prétend que les cabaretiers voisins mettent de l'eau dans leur vin. C'est là une accusation des plus courantes, mais ici la calomnie fonctionne puisque ces derniers sont obligés de faire appel à un expert qui, « ayant fait l'épreuve dud. vin » devant témoins, « il reconnut que ledit vin étoit pur et sans aucune mixion »3. En 1733, Jean Caillive commerce dans le vin : il laisse 17 tonneaux chez un cabaretier afin qu'il les vende à pot renversé. Le bruit se répand vite dans le public, que ce vin de Roquemaure est excellent. Mais voilà, le tavernier enivré par le succès va rapidement faire des mélanges avec d'autres fonds de barriques, afin de tirer plus de profit. Ses dons pour l'assemblage sont à l'évidence limités puisque ceux qui le goûtent le trouvent pour le mieux un « vin qui tiroit sur le fort », sinon « trouble » – « très mauvais et louche », jusqu'à « aigre et sentant le pourry » ; les experts appelés confirmeront4
En 1706, depuis Versailles jusqu'à Toulouse, la mode du « vin sur la glace » s'est répandue, jusque dans les auberges rurales, comme ici à Pouvourville. Le cuisinier Vidal, son épouse et son beau-père, profitent d'un beau lundi de juillet pour quitter la ville afin d'aller s'y promener. Après le déjeuner, « ayant fait partie d'aller boire chès le nommé Firmy, hoste audit endroit, ils y seroint allés ensemble. Et ayant fait tirer du vin et mettre à la glace, et après qu'ils en ont eu bu presque la moitié, ayant dit à l'hoste de leur en porter un demy-pégua pour huilier5 l'autre, ledit hoste, au lieu de leur porter du même vin, il auroit au contraire porté du vin farlatté et aygre »6
Le vin n'est pas toujours frelaté à dessein. Il se peut qu'un défaut de surveillance et d'ouillage dans les tonneaux le rendent fleuri. Ainsi, un dimanche de juillet 1745, sortant de la taverne de Françon Clémens, le doreur Joseph Cazalbon, est furieux ; il clame qu'elle « luy avoit donné du vin fleury, ce qui l'avoit obligé de dire à laditte Clémens, que si elle luy en donnoit une autre fois de semblable il vouloit le luy jetter au vizage »7.

Le public pas en reste
Pour la demoiselle Vey, cabaretière, le problème est différent. Elle tire à l'avance le vin des tonneaux et le stocke dans des pots sous l'escalier. Mais les voisins du dessus font quotidiennement du train dans leur ménage, « ce qui, en faisant tomber la poussière dans les pots où l'on met le vin, l'expose à être entièrement troublé »8. En 1691, Ursule Bayouli, tavernière, baille un péga (3,17 l.) de vin blanc à une domestique pour le dîner de son maître. Celle-ci revient peu de temps après en demandant d'échanger le vin blanc pour du vin rouge. Ursule refuse de reprendre le péga vendu « parce que elle ne pouvoit pas sçavoir si le vin blanq qu'elle avoit baillé étoit le mesme ou s'il avoit esté farlaté »9. Effectivement, une fois le vin tiré, rien n'empêche d'y ajouter quoi que ce soit. Par exemple, le forgeron Cayrol qui, invité à manger des crêpes chez le métayer de Bordenove près Larramet, s'y rend avec sa charrette et un tonneau de vin ; « il y resta en conséquance jusques à sept heures du soir, à laquelle il s'apperçut qu'on luy avoit bu près de huit pégas de vin de sa barrique et qu'on avoit en outre mis dans son gobelet avec le vin, du tabac pendant deux fois de suite, ce qui l'obligea à s'en plaindre »10. Cas extrême, ces buveurs – dont la tavernière pense qu'ils « estoint ivronnés par les marques qu'ils en donnoint » – qui « pissèrent chacun dans leur verre »11, puis vomirent tout, à tel point que « sella santoit si mauvais qu'on ne pouvoit pas rester » dans le cabaret.
On aimerait croire que la diffusion du vin bouché a rendu les choses plus sûres. Ce n'est pas évident : le contrebandier Philippe Huet, en sait quelque chose, en plus de son trafic de tabac de Macouba, il fait aussi dans le vin bouché qu’il achète à bas prix en Espagne, et y colle allègrement des étiquettes imprimées qui ne sont visiblement pas du cru12.

Et, même si le vin n'est pas toujours frelaté, il peut faire naître force troubles et conflits, Trouble-vin vous emmène justement à Lalande, sur le domaine de Lassesquières, du temps où un château se dressait encore là où un lac a maintenant élu domicile. 
Et justement comme le ban des vendanges approche, l'atelier Au fil des chroniques des capitouls du samedi 25 octobre sera entièrement consacré à la vigne et au vin.

______________________________________

1. Certes le Brésil que nous connaissons n’est pas encore connu à cette date, mais le mot existe bien, il désigne généralement un bois rouge couleur braise, importé des Indes.
2. AA5/156. Notons que si l'acte est en latin, on précise bien que l'ordonnance, elle, sera publiée en roman (en occitan si vous préférez) et communiquée à tous les intéressés.
3. FF 824/6, procédure # 103, du 25 juillet 1780.
4. FF 777/7, procédure # 191, du 23 novembre 1733.
5. Entendre « ouiller », même si dans ce cas précis le sens est un peu détourné.
6. FF 750/2, procédure # 048, du 27 juillet 1706. L'affaire se termine par une rixe générale où s'entrechoquent bouteilles, fusils une hallebarde et encore une masse.
7. FF 789/3, procédure # 088, du 20 juillet 1745 – la maladie de la fleur correspond à la formation d'un voile qui apparaît sur le vin dans la cuve ou tonneau au contact de l'air.
8. FF 801/6, procédure # 148, du 8 septembre 1757– elle ne va pas jusqu'à jeter le vin, et le réutilise dans le vinaigre – en le filtrant des poussières on espère.
9. FF 735/1, procédure # 044, du 5 novembre 1691.
10. FF 825/1, procédure # 023, du 8 février 1781.
11. FF 760/2, procédure # 049, du 31 octobre 1716.
12. FF 831/1, procédure # 007, du 10 janvier 1787.