ARCANES, la lettre

Sous les pavés


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archive ou de ressources en ligne. Retrouvez ici une petite compilation des articles de la rubrique "Sous les pavés", dédiée à l'archéologie.

SOUS LES PAVÉS


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Château de Saint-Michel-du-Touch sur le plan d’assemblage du capitoulat de Saint-Pierre des Cuisines, cadastre de 1680. Mairie de Toulouse, Archives municipales, CC 2909 (extrait).

Château sur le Touch, église sur la touche


juillet-août 2026

La Garonne, sur le territoire de la commune de Toulouse, ne reçoit qu’un affluent naturel, le Touch. Leur confluence a créé un promontoire facile à défendre où on implanta un château au Moyen Âge. C’est à lui que l’on doit le nom de la localité environnante, appelée Castellum dès 1050. Comme une église, dédiée à Saint-Michel, était accolée à la forteresse, ce toponyme se transforma en Saint-Michel-du-Château. Ce coin de l’agglomération toulousaine est maintenant dénommé Saint-Michel-du-Touch, depuis l’abandon du château au 18e siècle. 

Une équipe d’archéologues étudie actuellement ce site, qui a d’ailleurs été occupé depuis l’époque romaine. Parmi les recherches en cours, les illustrations anciennes du château ont été recensées. L’une des plus explicites, une vue dessinée depuis l’est, se trouve en marge d’un plan du cadastre de 1680, conservé aux archives municipales. Sur le côté gauche des bâtiments, c’est-à-dire au sud, on reconnaîtra, pas tout à fait à l’écart mais presque sur la touche, l’église Saint-Michel surmontée d’une croix.

Tombeau de la famille de Palays, Mairie de Toulouse, Musée des Augustins, Photographie Daniel Martin.

Un Palays qui a vu du pays


juin 2026

En matière de palace à Toulouse, le plus ancien devait être, si l’interprétation des archéologues fut la bonne, le palais wisigoth découvert en 1988 sous l’hôpital Larrey. Puis, à la fin du Moyen Âge et à l’époque moderne, il y eut le palais du Parlement, maintenant remplacé par le palais de justice. On trouve aussi palace décliné en nom de famille : les Palays. L’un d’eux avait, au 13e siècle, son tombeau au couvent des Jacobins et son sarcophage est aujourd’hui conservé au musée des Augustins. Magnifiquement décoré, on y voit, à côté d’un chevalier en armure et à cheval, le blason de cette lignée. Comme c’est souvent le cas, on peut le déchiffrer comme un rébus : ses six besants peuvent y être interprétés comme des « palets », homonyme évident de « Palays ». 

Ce monument a vu un peu de pays avant d’intégrer le musée. Ce fut d’abord la cuve qui fut récupérée dans les années 1810, non pas aux Jacobins, mais à l’hospice militaire où elle avait été transportée pour servir de bassin. Hospice qui n’est autre que l’hôpital Larrey évoqué plus haut : le Palays du 13e siècle y avait donc, drôle de hasard, rejoint le palais des wisigoths. Mais c’est surtout le couvercle qui a suivi un étonnant périple. Longtemps considéré comme perdu, il fut retrouvé miraculeusement en 1958 par l’abbé Baccrabère, célèbre archéologue toulousain, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Toulouse. Il gisait alors, on ne sait pourquoi, abandonné avec d’autres éléments sculptés, au milieu du parc du château d’Aigrefeuille. 

Croix de Toulouse sur la Nouvelle carte de la forêt de Fontainebleau, graveur Guillaume Delahaye, 1778.

Quand Louis XV plantait la croix (loin) de Toulouse


mai 2026

La croix de Toulouse, on s’attend à la voir au centre de la place du Capitole comme aujourd’hui. Mais quand Louis XV décida d’édifier une croix de Toulouse en 1725, il a choisi la forêt de Fontainebleau à 600 kilomètres de notre ville ! En fait, cette forêt était le domaine de chasse favori du jeune roi et son mentor en la matière était le demi-frère de son grand-père, Louis-Alexandre de Bourbon, fils de Louis XIV et de la marquise de Montespan. C’est en hommage à ce personnage, qui avait le titre honorifique de comte de Toulouse réinventé pour lui en 1681, que la croix a été érigée. Ce monument, représenté sur les cartes du 18e siècle comme le montre notre illustration, fut détruit à la Révolution et a été remplacé par un obélisque qui perpétue son souvenir par une inscription. 

Pour les amateurs de croix « de Toulouse loin de Toulouse », il faut noter qu’il en existe une autre à Briançon, élevée par les Cordeliers de cette ville en l’honneur d’Antoine Tholozan, fondateur de leur couvent. 

Un bijou (de famille) de la Préhistoire : les bisons affrontés de la grotte du Portel, photographie Xavier Leclercq, 1975, archives de l’association des Amis de Vals.

Bijoux de famille (et de la Préhistoire)


avril 2026

Dans la première moitié du 20e siècle, Henri Bégouën et Joseph Vézian se croisent au sein de la Société archéologique du Midi de la France et contribuent, chacun à sa manière, à la promotion de la Préhistoire à Toulouse. Le premier en donnant des cours à la faculté et en valorisant les collections préhistoriques du Muséum d’histoire naturelle dont il est conservateur. Le second par des prospections de terrain qui l’amènent à découvrir un site paléolithique sur le coteau de Pech-David. Ces chercheurs ont aussi en commun d’avoir fondé deux dynasties d’archéologues car leurs fils et petits-fils sont devenus, à leur suite, des préhistoriens émérites. 

Mais mieux encore, par des destins étonnamment parallèles, ces deux familles partagent les mêmes bijoux. Ayant toutes les deux une attache dans le département voisin de l’Ariège, chacune de leur propriété recèle un joyau de la Préhistoire, c’est-à-dire une grotte ornée. Pour la famille Vézian, c’est la grotte du Portel et pour la famille Bégouën, il s’agit du triptyque des cavernes du Volp : Enlène, Trois-Frères et Tuc d’Audoubert. Comme le montre la photographie que nous présentons, on peut admirer sur ces deux sites de magnifiques représentations de bisons, entre autres œuvres d’art majeures que l’on peut retrouver sur papier dans leurs monographies respectives, publiées récemment. 

Carnet de prospection de la section archéologique du Cercle toulousain de numismatique et d’archéologie, 1975-1976, archives Gérard Villeval.

Archéonyme


mars 2026

Dans le domaine de l’archéologie, l’acronyme le plus connu est probablement SRA, désignant le Service régional de l’archéologie basé à la DRAC, Direction régionale des Affaires culturelles. Tous les archéologues se doivent d’être en rapport avec ce service de l’État chargé de contrôler toute activité de fouille en France. L’INRAP, Institut national de recherches archéologiques préventives, a su aussi se faire une abréviation en tant que principal acteur de cette discipline. Cette structure est l’héritière de l’AFAN, Association pour les fouilles archéologiques nationales. Les archéologues travaillant pour Toulouse Métropole attendent, quant à eux, pour fixer leur acronyme, qu’on sache qui passera définitivement à la postérité, entre Service archéologique ou Cellule archéologique. 

Certains sigles ont hanté la recherche toulousaine comme le TCF, Touring-Club de France, qui animait un groupe d’archéologie antique dans les années 1960. Puis, une décennie plus tard, apparut le CTNA, Cercle toulousain de numismatique et d’archéologie. Sa section archéologique fit quelques prospections de terrain comme le montre le carnet que nous présentons. On y voit le compte-rendu de leur première sortie à Fourquevaux, le 20 décembre 1975. Ce jour-là, sous la direction du regretté Gérard Villeval, fut levé le plan d’un souterrain médiéval qu’un effondrement avait mis au jour quelques mois plus tôt. 

Astrolabe aménagé sur la voûte d’une galerie, extrait de Perspectiva horaria sive de horographia gnomonica, tum theoretica, tum practica, libri quatuor, Emmanuel Maignan, 1648.

Du céleste sur la voûte


février 2026

Avant l’installation, dès le 18e siècle, d’un observatoire astronomique à Toulouse, quelques initiatives avaient déjà été prises pour faire parler les cieux. En dehors des simples cadrans solaires ou des astrolabes portatifs, deux réalisations sont particulièrement spectaculaires. La plus ancienne, encore en place et que nous avions déjà présentée dans un précédent numéro d’Arcanes, est une carte du ciel dessinée au 13e siècle dans une galerie de la basilique Saint-Sernin.  

La seconde était un astrolabe « catoptrico-gnomonique », maintenant disparu, réalisé par l’un des plus célèbres savants toulousains, le Père Emmanuel Maignan, dans le couvent des Minimes. Il aménagea aussi un autre exemplaire de cette céleste fantaisie au monastère de la Trinité des Monts lors de son séjour à Rome entre 1636 et 1650, où l’on peut encore l’admirer. Il écrivit même un ouvrage sur ce sujet, d’où est tirée l’illustration que nous présentons. Le principe était de capter un rayon de soleil à travers la fenêtre d’une galerie, et de le réfléchir sur les parois et la voûte où était dessiné un réseau complexe de lignes et de repères. Par l’interprétation de ces abaques, on pouvait déduire, entre autres, l’heure dans différentes parties du monde ou la saison de l’année. Décrite en 1638 par Léon Godefroy, cette œuvre perdue est très probablement la même que celle que l’astronome Antoine Darquier de Pellepoix disait avoir vue au monastère des Minimes en 1777 et qu’il dénomma « méridienne ».

Récipient, antique et énigmatique, découvert rue Tripière à Toulouse en 2023, photographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole.

Lanterne en suspens


janvier 2026

Lors d’une intervention archéologique réalisée à Toulouse en 2023, au n°10 de la rue Tripière, un étrange artefact a été découvert dans une couche datée du 4e siècle de notre ère par une monnaie. Comme vous pouvez le voir sur notre illustration, il s’agit d’un récipient globulaire en céramique grise, percé d’une ouverture circulaire à bord plat. Un peu perplexes quant à sa fonction, et après avoir écarté l‘hypothèse que ce soit le Saint Graal, on a fini par suggérer que cela pouvait ressembler au réservoir d’une lampe. Sauf que les lampes à huile romaines sont généralement plus petites et pourvues d’un bec, d’un pied et d’un tenon de préhension. 

Pour notre objet, la mèche allumée, en l’absence de bec, peut reposer sur le large rebord. Et sans pied, on pourrait imaginer que l’on pouvait le pendre. En effet, on connaît de nombreux exemples de lampes suspendues dans l’Antiquité et au Moyen Âge, souvent en métal ou en verre d’ailleurs. Deux chaînettes entrecroisées, ou soutenant un cerclage, pourraient avoir maintenu notre réservoir en l’air. Néanmoins, en attendant de trouver un exemplaire identique dans la littérature archéologique, nous laisserons notre hypothèse de lanterne suspendue un peu en suspens. 

Statue d’Henri IV dans la cour du Capitole, 30 octobre 2024, photographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole.

Fausse barbe


décembre 2025
Quand on admire la statue du roi Henri IV qui orne la cour centrale du Capitole, l’hôtel de ville toulousain, on peut s’interroger sur sa présence. Installée là en 1607, elle aurait dû être détruite à la Révolution, comme toutes les autres effigies royales. D’autant plus que les historiens nous apprennent qu’elle a bien disparu à cette époque pour être remplacée par une sculpture représentant la Liberté.
Disparue certes, mais pas détruite. Reléguée on ne sait où, on décida de la remettre à sa place en 1808. On n’avait donc pas osé se débarrasser définitivement du « Bon Roi Henri ».
Pas détruite certes, mais peut-être pas si bien conservée que ça. En effet, avant de pouvoir l’exposer à nouveau, la municipalité fut obligée de faire appel à un sculpteur de renom, François Lucas, pour la restaurer.
Pourquoi ? Pour masquer quelques ébréchures occasionnées accidentellement lors de sa dépose ? Ou pour réparer des dégâts beaucoup plus importants, peut-être volontaires d’ailleurs, comme une mutilation de la face ? Cette question s’est posée en 1926 quand on a eu l’idée, un peu risquée, de faire nettoyer la statue par les pompiers à grand coup de jets d’eau. L’opération s’arrêta immédiatement car la figure du roi, dit-on, commença à fondre ! Les journaux rapportèrent alors que cette tête n’était pas l’originale, mais une copie en plâtre.
Nous avons eu l’occasion d’approcher cette statue récemment comme le montre la photographie que nous présentons. Pas vraiment de visage fondu, mais néanmoins un bout de nez disparu. Peut-être le stigmate de la douche de 1926 ? Une étude technique de ce monument qui permettrait de démêler l’authentique du rafistolage, et enfin élucider cette rumeur de fausse barbe, serait assurément passionnante.
Fragment de pot de chambre en faïence découvert en 1998 à l’hôtel Saint-Jean de Toulouse, photographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole.

Mort en selles


novembre 2025

Les archéologues découvrent parfois les vestiges d’une cave plus petite que d’habitude. Puis on s’aperçoit qu’elle est remplie d’un sédiment plus fin que d’habitude. On réalise alors qu’il s’agit d’une fosse de latrines et que sa fouille, à moins d’être spécialiste des parasites intestinaux, va être quelque peu fastidieuse. Heureusement, on y déniche parfois quelques objets. En général des monnaies qui, à force de baisser son pantalon, ont fini par glisser de sa poche et tomber dans le trou. En dehors de ces structures particulières, on retrouve aussi souvent, dans des milieux du 18e siècle ou postérieurs, des latrines portatives, c’est-à-dire des pots de chambre. Le fragment qui illustre cette note a été recueilli lors d’une intervention menée dans l’hôtel Saint-Jean de Toulouse en 1998. Il se caractérise par une base très large pour limiter le risque de renversement. Et il s’agit d’une faïence stannifère, c’est-à-dire d’une poterie recouverte d’un vernis opaque à base d’étain offrant de nombreux avantages : épais, il empêchait la pâte de s’imprégner de mauvaises odeurs ; clair, il permettait de cartographier aisément les zones bombardées ; lisse, il assurait un nettoyage aisé. 

Si l’on s’intéresse plus au geste qu’à ses conséquences, certaines sculptures ou peintures montrent, dès le Moyen Âge, des personnages cul nu. Pourtant il est souvent difficile de savoir s’il s’agit d’une simple posture de provocation, d’un dégagement gazeux en cours ou d’une livraison imminente d’un colis. Mais une découverte exceptionnelle attend les archéologues de notre région : celle du squelette d’un individu « mort en selles », pour ainsi dire. Un registre conservé dans nos archives municipales, contient une chronique de faits mémorables advenus aux 16e et 17e siècles. On y apprend qu’en 1597, un soldat participant au pillage d’une église en Espagne s’accroupit et fit ses besoins sur une image de la Vierge qu’il avait jetée à terre1. Mais il ne put jamais se relever, instantanément et définitivement figé dans cette position délicate par la vengeance divine. Il réussit néanmoins à revenir, sûrement très péniblement, en France mais décéda peu après, probablement de honte.

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1- Livre des criées de Mathieu Micheau, BB 153, f° 82-82v.

Blasons capitulaires de 1600-1601 sur l’ancienne école de médecine démolie en 1898, photographie Jules Chalande, Mairie de Toulouse, Archives municipales, 2R40.

Premiers zéros


octobre 2025
Introduits en Occident dès l’époque médiévale, les chiffres dits arabes (en fait inventés en Inde) s’y diffuseront ensuite par le biais de l’imprimerie, ou des décorations monumentales comme celle représentée sur notre illustration. On y voit les blasons des Capitouls toulousains de l’exercice 1600-1601, millésimes que l’on retrouve gravés de part et d’autre de cette sculpture. Elle commémorait la date de reconstruction de l’ancienne école de médecine, et cette photographie, prise par l’historien Jules Chalande, la montre encore en place sur ce bâtiment disparu qui se trouvait dans la rue des Lois, avant d’être démoli en 1898. Ces armoiries furent heureusement récupérées et, après un bref passage dans une collection privée, remontées dans les locaux de la faculté de médecine des allées Jules-Guesde. Inconnus des chiffres romains et nouveauté de la numérotation arabe, on peut donc y voir de nos jours, peut-être pas les premiers zéros jamais inscrits sur un monument toulousain, mais probablement les plus anciens encore conservés.
En M, un bouche-troubles alias l’ancienne porte murée de Villeneuve, Plan de la ville de Toulouse dédié et présenté à Monsieur Frère du Roi le 21 juin 1777, Joseph Marie de Saget dessinateur et Pierre Gabriel Berthault graveur, Mairie de Toulouse, Archives municipales, II686 (extrait).

Bouche-troubles


septembre 2025
Les troubles, c’est le sujet de l’un des premiers livres imprimés à Toulouse : Histoire de M. G. Bosquet sur les troubles advenus en la ville de Tolose l’an 1562 . Cette année-là, pendant quelques jours du mois de mai, huguenots et catholiques s’affrontèrent au prix de plusieurs centaines de morts. Apparemment, ce furent les protestants qui lancèrent les hostilités, lassés d’être constamment brimés dans l’exercice de leur nouvelle religion. Et ce sont eux qui perdirent finalement la partie. Le 17 mai, ils furent tous expulsés par l’une des sorties orientales de la ville, la porte de Villeneuve, qui fut aussitôt murée. Toulouse venait ainsi d’inventer le concept de bouche-troubles. Pour quelle raison ? Probablement symbolique, mais aussi hygiénique, puisque les Annales de la ville indiquèrent que la porte était dorénavant « contamynée ». Avant d’être finalement démolie vers 1780, elle fut aussi surnommée « porte du Ministre », en référence aux pasteurs protestants, ou « de Notre-Dame » car une statue de la Vierge y avait été installée, probablement en guise de décontaminant. Les plans anciens, tels que celui que nous présentons, permettent de la localiser à l’emplacement de la cour de l’actuel hôtel Capoul, au n°13 de la place du Président-Thomas-Woodrow-Wilson.
Emplacement de la maison de Pierre Rat et de la ruelle disparue qui y menait, infographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole, fond de plan UrbanHist.

Rat apothicaire, Rue hypothétique


juillet - août 2025
On trouve dans le village de Pouvourville, au sud de l’agglomération toulousaine, un chemin du Rat. C’est un peu effrayant. D’autant plus qu’au début du 20e siècle, il s’appelait chemin des Rats. Ils ont donc probablement presque disparu et il n’en resterait plus qu’un. Dans la ville même de Toulouse, des rats, il y en avait aussi. C’est prouvé par les archives, car le cadastre de 1571 recense bien un Rat, qui se prénommait Pierre et qui était apothicaire. Il résidait dans une ruelle sans nom, qui menait de l’église des Jacobins à la Capelle Redonde, c’est-à-dire l’actuelle place de la Daurade. Mais cette voie a disparu au début du 17e siècle, absorbée par les propriétés qui la bordaient, notamment le Noviciat fondé par les Jésuites. Et aucun plan de la ville n’est assez ancien pour la représenter. Si on observe attentivement le plan cadastral de 1680, on s’aperçoit néanmoins que l’arpenteur semble avoir pris des mesures le long de certaines portions de cette rue dont on pouvait probablement encore déceler la trace. De plus, en s’aidant d’indices que l’on peut récolter dans les cadastres de 1571 et 1550, qui n’ont pas de plans mais seulement des matrices décrivant les propriétés, on peut essayer de reconstituer son cheminement. Ce tracé hypothétique vous est proposé dans l’illustration ci-contre sur un fond de carte Urban Hist. On y indique aussi l’emplacement de la maison de notre pharmacien qui, avec un tel patronyme dont nous reproduisons la graphie d’époque, devait certainement vendre des médicaments contre la peste. 
Plaques commémoratives encore en place au moment de la démolition des moulins du Château Narbonnais, cliché Direction des Travaux Publics, 5 mai 1942, Mairie de Toulouse, Archives municipales, 16Fi1_2.

Monumentales crues, Monument aux crues


juin 2025
On peut souvent voir, dans les villes traversées par des cours d’eau soumis aux crues, des plaques indiquant la date d’un débordement exceptionnel avec un trait marquant la hauteur atteinte par les flots. À Toulouse, plusieurs de ces petits panneaux avaient été rassemblés sur la façade des moulins du Château Narbonnais. Ce n’est pas un hasard : cet édifice, qui avait les pieds dans l’eau, était fréquemment endommagé par les caprices de la Garonne. Comme nous pouvons l’apercevoir sur le cliché ci-contre, d’autres plaques, plus grandes et plus spectaculaires, étaient aussi fixées sur ce mur. Elles portaient de longues inscriptions, en latin ou en français, commémorant des dates de réparation ou de reconstruction des moulins. Nous avions là un espace commémoratif, un monument aux crues en quelque sorte. Nous parlons au passé car ce bâtiment n’existe plus, finalement démoli au début des années 1940 après non pas une inondation mais, cette fois-ci, un incendie. Mais le lieu même a disparu car le terrain qui supportait ces moulins a été évacué pour faire place à la rivière. Il faut donc maintenant imaginer, comme repère de localisation de cet ancien site, un point flottant dans les airs à quelques mètres au-dessus de la chaussée qui barre la Garonne en contrebas du quai de l’avenue Maurice Hauriou. L’une de ces inscriptions, datée de 1714, a été récupérée et est maintenant conservée au musée des Augustins de Toulouse. 
Extrait des procédures criminelles de 1733, Cour de justice des capitouls, Mairie de Toulouse, Archives municipales, FF 777/6, procédure # 168.

Anthique monastique


mai 2025

C’est dans un dossier de procédure criminelle de la justice des Capitouls de l’année 1733 que l’on trouve le document que nous présentons. Il s’agit du signalement d’un vol au couvent de Valbonne, probablement l’abbaye de ce nom située dans l’actuel département des Pyrénées-Orientales. Un jeune homme y avait dérobé « environ 30 médailles anthiques des Romains en argent » ainsi que d’autres monnaies et objets de valeur. Les religieux du 18e siècle étaient donc un peu archéologues, c’est-à-dire antiquaires selon le vocabulaire de l’époque ou plutôt « anthiquaires » dans notre cas. En effet, le goût de l’érudition avait envahi le monde monastique et beaucoup d’entre eux, comme les bénédictins de Saint-Maur, s’étaient lancés dans des études historiques pouvant déborder sur l’archéologie. 

D’ailleurs, plus près de nous dans le Tarn-et-Garonne, l’abbaye mauriste du Mas-Grenier possédait aussi une série de monnaies anciennes. Confisquée à la Révolution, elle fut incorporée aux collections publiques de Toulouse en 1796 où elle était conservée, dans des sacs, à la bibliothèque de la ville. Or un autre médaillier confisqué s’y trouvait aussi : celui de l’Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse qui était enfermé à part dans une armoire scellée. Ces deux ensembles numismatiques auraient dû avoir un destin différent puisque l’Académie fut finalement autorisée à reprendre sa collection. Mais, le 17 mai 1815, ses représentants récupérèrent à la bibliothèque leur armoire… et, par erreur, les sacs de monnaies qui ne leur appartenaient pas. Ils mélangèrent ensuite inextricablement ces deux lots créant ainsi un ensemble au statut hybride et ambigu, mi-bien public de la Ville et mi-propriété privée de l’Académie.